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Voir: Expositions mixtes & installations artistiques
Boltanski fait sa Monumenta
"Personnes", l'installation de Christian Boltanski au Grand Palais ou Monumenta 2010
Pour la troisième année le Ministère de la Culture et de la Communication offre à un artiste contemporain de renommée internationale les clefs de la Nef du Grand Palais. Christian Boltanski, maître français de l’installation, propose du 13 janvier au 21 février 2010, une œuvre visuelle, sonore et émotionnelle inédite : « Personnes ». Pronfondément bouleversant.

Par Anne-Laure Bovéron

Son seul nom évoque un univers de fantômes, des ambiances tamisées, des bandes sonores oscillant entre la douceur d’une mélodie et le trouble d’un rythme étranger. Boltanski, c’est une somme de pièces d’arts polyvalentes : des vidéos désarmantes, des photographies parcellaires, des pages noircies de son écriture. Des archives et de modestes reliques appartenant à un tiers mais intégrées dans une biographie individuelle et soigneusement présentées. C’est le maître du souvenir archivé.

L’artiste tisse ses œuvres des thèmes de l’enfance, de la mort et de la mémoire (collective comme individuelle) et en appelle aux sens, à l’affectif, à la sensibilité individuelle. Au-delà de ses utilisations multiples de matériaux, Boltanski, membre du Narrative Art, se revendique toujours comme un peintre. Un médium dont il s’est détourné à partir de 1967 au profit de l’écriture, de la vidéo et de la photographie.

Premier artiste français à investir le 13 500m2 de la Nef du Grand Palais, Christian Boltanski, s’il ne surprend pas vraiment en restant dans le même registre créatif, renverse. Une fois de plus ! A 66 ans, il n’en finit plus de questionner l’humanité, le destin ou la mort par ses mises en scène. Et continue de dresser son univers artistique dans l’entre-deux de la présence et de l’absence de l’être humain.


L’émotion à l’échelle du spectaculaire

"Personnes", l'installation de Christian Boltanski au Grand PalaisAvec « Personnes », le spectaculaire est de mise. Grâce aux lieux certes, mais pas seulement. Après avoir dépassé un immense mur de boîtes rouillées et numérotées, les visiteurs découvrent un champ de ruines à l’extrémité duquel œuvre une main d’acier peinte en rouge.

Au sol, au premier plan, répartis dans des rectangles égaux délimités par des poteaux corrodés, des vêtements d’hiver, en majorité sombres et de la taille des adultes. Ici ou là, sur les manteaux, le pull ou le gilet vif d’un enfant. Les tissus dénoncent avec plus ou moins de violence le passage du temps sur leurs mailles. Ils sont tous déposés dans le même sens : col vers la nef, dos vers le ciel. Sur trois rangées, d’un bout à l’autre du lieu, des reliques de gisants. D’absents.

Après quelques minutes de déambulation dans cette première partie de l’installation, la sensation d’un manque gagne le spectateur : où sont les propriétaires de ces vêtements ? Baignés dans une ambiance sonore diffusant des battements de cœur et des sons moins organiques, plus complexes à identifier, les visiteurs cèdent à l’angoisse. Puis à l’attraction. Fascination... Sous les verrières du Grand Palais, Christian Boltanski place donc d’emblée les spectateurs face à des émotions profondes. Les siennes, les leurs ? Des émotions qu’il est parfois difficile de verbaliser et qui remontent à la surface dans les allées de cette installation.


De la statique absence au mouvement divin

"Personnes", l'installation de Christian Boltanski au Grand PalaisSeule animation dans l’installation, le ballet millimétré d’une pince géante venant saisir des vêtements (cette fois plus légers et plus colorés) amassés en une immense pyramide. La grue remonte dans le ciel bardé des armatures métalliques de la baroque verrière et relâche son étreinte, déversant ainsi une pluie de tissus sur le sommet de cette improbable pile. Cette chorégraphie interpelle et dans le même temps paraît vaine, comme dictée par des instances supérieures. Encore une fois, l’interrogation est née et laisse place à l’émotion.

Le spectateur tout entier pénètre l’œuvre de Boltanski, en fait la violente expérience.
Comment interpréter cette danse macabre et stérile de la pince s’échinant dans un mouvement répétitif et hasardeux ? Machine dogmatique ? Qu’en est-il des reliques vestimentaires et du mur de boîtes aux allures de funérarium ? Il est évident que, comme les vêtements alignés sur le sol du cimetière accueillant les visiteurs, cette tour d’habits symbolise des Hommes. Rapidement le sentiment que ce travail mécanique va à l’encontre de l’individu, le dénigre et se joue de lui, le réduit à un tas informe et flou avant d’en faire de la poussière, engendre une colère mêlée de tristesse, d’impuissance. Christian Boltanski prend ses spectateurs au dépourvu, les accule aux murs des doutes humains. L’existence réaffirme sans détour sous les projecteurs du plasticien toute sa fragilité, toutes les incertitudes contingentes de la vie, coextensives à la vie. Seule permanence : la finitude, celle de chaque destin humain.


L’empreinte de la Shoah

Impossible de déambuler ici sans que l’exposition nous évoque la Shoah. Même sans savoir que cette « monumentale » absurdité et les horreurs de la deuxième Guerre Mondiale ont toujours hanté Boltanski, né en1944 dans une famille juive dont les amis ont été décimés, les échos sont tels que l’effroi saisit chaque visiteur.

"Personnes", l'installation de Christian Boltanski au Grand PalaisUne montagne d’habits au Grand Palais, et une montagne d’os dont les photographies de nos livres d’Histoire hantent à jamais, de manière latente ou non. Et dans les camps de concentration, des montagnes de chaussures, dents, lunettes… De la grue s’échappe un son métallique répétitif, qui évoque sans peine le roulis des trains de la mort. Autant de vestiges d’une vie, vestiges doublement niés sous les totalitarismes : dans le déni de l’individualité et dans l’amoncellement d’effets personnels identiques – on ne rappellera jamais assez que « l’égalitarisme » est une caractéristique majeure de ceux qui ont voulu tuer toute différence, tout pluralisme. Des vêtements sans corps, et pourtant autrefois portés par des âmes palpables, s’étendent à l’infini dans l’air glacé et légèrement embrumé de la Nef. Indubitablement, Boltanski exhorte son public à ne pas oublier, tant l’Histoire collective que les histoires personnelles, la vie de proches désormais absents. Proches de tous : humains, vivants, il y a un peu plus de cinquante ans.

Les lieux s’y prêtent, certes, mais Boltanski, en confrontant les visiteurs au caractère éphémère de leur vie, aux souvenirs des disparus, à la peur de l’oubli et à la terreur du souvenir, renvoie l’Homme à sa petitesse, à sa courte destinée, qu’il ne maîtrise même pas. Plus que la visite d’une exposition, « Monumenta » constitue une véritable expérience, et mérite véritablement son appellation d’installation : les spectateurs y participent, et la nourrissent. Mais c’est oppressés que les visiteurs s’extirpent de la Nef. Avec le besoin, avide, de reprendre souffle à l’extérieur, de s’assurer de la tangibilité de leur présent, de leur présence, de leur existence et de leur cœur qui bat dans leur poitrine. Après une expérience artistique extrême, retour à la vie, aussi futile soit-elle.


Les petits plus…

Depuis 2005 Christian Boltanski collecte les battements de cœur. Une cabine d’enregistrement est installée au Grand Palais pour permettre au public de participer d’une part à l’ambiance sonore de « Personnes » et d’autre part au projet « Les Archives du cœur » de l’artiste. En juillet 2010, l’ensemble des mélodies cardiaques enregistrées par Boltanski sera présenté sur l’île de Teshima, au Japon. Une façon pour l’artiste, encore une fois, de perpétuer la mémoire. A noter également : chaque participant peut acheter un enregistrement gravé sur CD de la musique de son cœur (5€ par enregistrement).

A compter du 14 janvier et jusqu’au 28 mars, le MAC/VAL présente « Après », l’exposition de Boltanski qui répond à « Personnes ». Là encore, Christian Boltanski a conçu une installation inédite. « Imaginée comme un film à grand spectacle, elle convie les visiteurs à faire l’expérience d’un monde imaginaire, celui de l’au-delà ». Une cabine d’enregistrement sera aussi installée sur le site.


A noter absolument…

Catherine Grenier, directrice-adjointe du Centre Pompidou, auteur de nombreux ouvrages consacrés à l’art contemporain et commissaire de la manifestation "Monumenta 2010 / Christian Boltanski", retrace et analyse ici plus de 40 ans de création des années soixante à aujourd’hui.MONUMENTA 2010 - Christian Boltanski – « Personnes »
Du 13 janvier au 21 février 2010
Nef du Grand Palais
Avenue Winston Churchill 75008 Paris
www.monumenta.com 
Ouvert tous les jours sauf le mardi, de 10h à 19h le lundi et le mercredi et de 10h à 22h, du jeudi au dimanche. Plein tarif : 4€, réduit : 2€

MAC/VAL - Christian Boltanski – « Après »
Du 14 janvier au 28 mars 2010
Place de la Libération
94 Vitry-sur- Seine
Tous les jours sauf le lundi de 12h à 19h
Tarifs: 5€, réduit : 2,50€

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Le 13-01-10 - 14:59

Auteur : Anne-Laure Bovéron pour CultureCie.com

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