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Alexandre Nicolas ou l'art de la déconstruction
Il faisait partie de nos coups de coeur Art Elysées 2008 : ses anti-héros revisités, version sans inconvénient d'être nés, nous avaient tout bonnement fait craquer. Alexandre Nicolas expose ses drôles de foetus, « les prédestinés », et de nouvelles oeuvres à la galerie Olivier Waltman, à Paris, jusqu'au 18 juillet 2009.
« Il faudrait commencer par un inventaire hétéroclite pour saisir tous les domaines qu’Alexandre Nicolas aborde : des foetus, des super-héros, des poules de luxe, des coeurs, des crânes, des vanités, des objets, des jetons, de l’argent, une armée de petits soldats…la liste est bien plus longue tant sa curiosité et son regard sur notre époque sont à vif. »
Des anti-hérauts ?
Dans des cubes de plexi Batman, Spiderman et Hulk se disputent la vedette au pays des fœtus. Depuis quelques années publications et expositions sur le thème des antihéros se font jour. Avec Alexandre Nicolas les héros deviennent des bébés pas encore nés : s’agit-il d’enfermer le mythe, de se rire d’une génération adulescente qui donne de longues vies à ces surhommes fantastiques ? Les deux peut-être. Repliés sur eux-mêmes les super-héros flottent dans le liquide imaginaire de la transparence et nous convoquent différemment à la tendresse de l’enfance. Le même artiste exposait un peace and love bestial lors de la Fiac off 2008 : de loin simplement vert comme le Grenelle, de près… on dirait bien des acariens ! Allergie rock au merchandising seventies ? La question reste ouverte.
Reste qu'Alexandre Nicolas récupère et détourne, et se rit ouvertement des récupérations commerciales des uns et des autres. Ironie pop revisitée à la sauce du XXIème, qui n'oublie pas de placer ces oeuvres « au coeur du débat, plus vaste, de la frontière entre l’art et de la technique, rappelle la galerie. Chacun des sujets que l’artiste aborde ou dénonce est à la fois un symbole et un prisonnier observe très justement la galerie Olivier Waltman. Triomphants archétypes de notre époque, les super-héros, réduits à l’état de foetus, n’évoquent-ils pas l’eugénisme présent dans nos sociétés, comme des slogans, des étendards d’une science dominante…choisissez quel héros vous allez mettre au monde ? Lequel vous ressemble ? Est-ce la naïveté d’une armée bien inoffensive de petits soldats ou un virus funeste ? » Questions auxquelles nous ajouterons une touche d'existentialisme désenchanté : devant les oeuvres d'Alexandre Nicolas Cioran ferait presque écho avec son « inconvénient d'être né » : est-ce que nous avons bien fait, de leur donner naissance, à ces héros ? Ne sont-ils pas que mensonges démultipliés, destinés davantage à remplir des caisses déjà pleines de créateurs de héros en boite, qu'à donner un peu de rêve aux petits et aux grands ? Allergie au virus de l'argent auquel on n'a pas trouvé d'autres vaccins que les artistes peut-être, comme pourrait en témoigner son poulet- Castafiore !
« Virus humain ou informatique, les dégâts seront les mêmes… ajoute la galerie Waltman. Le philosophe allemand Walter Benjamin, en forgeant son concept de « l’aura » dans l’art, nous disait que c’est au moment de sa destruction radicale par les techniques de reproduction industrielle que l’aura artistique devient visible à l’oeil moderne. Alexandre Nicolas ne cesse de le rappeler, son travail est aussi une démarche de technicien et au-delà. Son art nait de son rapport ambigu à la production de ses oeuvres qui finit par s’imposer comme une vraie « tekhne » contemporaine. Chez lui, l’art est soumis aux contraintes « industrielles » et la technique est asservie à la fragilité capricieuse des oeuvres d’art…ce dialogue est permanent et angoissant : chaque pièce réussie est une victoire sur la technologie. La mise en danger est donc sans cesse renouvelée. » Déconstruction essentialiste, derridienne... phénoménologique ? Derrière son apparente légèreté Alexandre Nicolas ajoute une note plus grave à l'interrogation post-moderne, le foetus d'Hitler nous rappelant soudain au pire : non pas à la dictature, mais au totalitarisme. Manière de dénoncer un big-brother ? Le totalitarisme consumériste ? L'impératif absolu qui se cache aujourd'hui derrière nos libertés : entrer dans des cases ?
L'essentiel, en art du moins, reste ailleurs : émouvantes amusantes inquiétantes, les oeuvres d'Alexandre Nicolas valent résolument le détour. Il est probablement l'un des artistes qui pousse à son paroxysme le questionnement désenchanté de cette génération pour laquelle les héros ne sont même plus une alternative. Lui qui est né en 70 sait bien de quoi il parle... Un peu de fraîcheur dans un monde de brutes donc, mais une fraîcheur... qui n'est pas dénuée d'intelligence esthétique !
A noter...
Alexandre Nicolas Série « les prédestinés » Exposition du 18 juin au 18 juillet 2009 A l’occasion de cette exposition un catalogue de l'artiste sera édité.
Galerie Olivier Waltman 74 rue Mazarine 75006 Paris Ouverte du mardi au samedi de 10h30 à 19h30 t : + 33 1 43 54 76 14 www.galeriewaltman.com
Photos © Alexandre Nicolas. Courtesy Galerie Olivier Waltman, Paris
Auteur : Axelle Emden pour CultureCie.com

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