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Au-delà des images : trans-paysages ou le monde d'Isabelle Bonzom
Translation, transport, transformation… « trans-paysage », tel est le vocable sous lequel est réunie l’exposition d’Isabelle Bonzom à la galerie Pierce, à Paris, jusqu’au 23 mai 2009. Le thème ? « Lost in translation » comme dirait une certaine Sofia ! « Zoom » sur les transformations de l’environnement : en filigrane se dessine, peut-être, le peu d’horizon qu’il nous reste.
Alors qu’Odile Ouizeman consacre au même moment une exposition aux « personnages-paysages » d’Anne-Sophie Emard, où photographies et vidéos se chevauchent, se reflètent, se répondent, la peintre Isabelle Bonzom investit la galerie Pierce.
QUAND L'ESPACE DEFINIT LE TEMPS...
Chantiers, vues urbaines, paysages industriels ou agricoles : les espaces façonnés et traversés par l’homme sont à l’honneur. Chantier poétique et presque épuré dans une cité, traversée aux couleurs affolantes d’une gare ou d’un aéroport, toits orange et évocateurs de paysages désuets… depuis des années l’artiste se penche sur l’environnement sans pour autant s’épancher sur des angles déjà vus. Ce qui happe notre regard ? L’intérêt d’une peintre pour des espaces bouillonnants et morts, d’abord. Des espaces brutes ou graphiques qui attirent souvent les photographes, mais qui sont bien rarement représentés à l’aquarelle ou à l’huile. Mais ce qui frappe surtout, c’est l’espace et la place faite à l’imaginaire quand les objets sont en transit, en construction. Etrangement sous le pinceau d’Isabelle Bonzom, un port ou une autoroute a plus en commun avec un arbre tendu vers le ciel qu’avec une gare habitée de passants. Comme si la question de l’artiste n’était pas simplement « où est passée la nature (qui mon dieu s’en va) ? » mais plus profondément : « où est passé l’espace ? »
A travers différents lieux, l’artiste marque bien sûr comme des temps forts d’une fatale évolution urbaine, mais aussi et surtout, dessine en filigrane cette impalpable angoisse, paradoxale (qu’est-ce donc que la ville si ce n’est cet espace plein dans lequel on a peur du vide ?) : une pression croissante qui mange d’emblée le temps en aménageant un espace singulier. Un espace qui laisse la place aux transports plus qu’aux nomades, aux transformations plus qu’aux découvertes. Aux transactions plus qu’à l’horizon, sans doute. Isabelle Bonzom ne fait pas un arrêt sur image : elle fait un arrêt sur le « vers », l’au-delà peut-être : au-delà de l’image, qu’est-ce que l’on peut y voir ?
QUAND LE TEMPS TRADUIT TOUT UN MONDE...
Difficile, c’est vrai, de ne pas penser au « lost in translation » de Sofia Copola : derrière la question « quelle langue on parle » le signifiant se demande dans quel monde on vit… et dans quel monde veut-on vivre ? Dans le travail d’Isabelle Bonzom on lit à peu près l’inverse que ce que le monde nous raconte et nous répète à l’envi : l’espace intermédiaire est essentiel, bourré de sens car encore vide de cette fonction de rentabilisation du temps. Encore vide d’utilisation – pas encore pur moyen. Reste la fin donc, le « telos », le chemin. Le but. On est dans un chantier comme vers un but. Et dans le vide pourtant, laissé au flottement. C'est sans but qu'on atterrit dans un chantier d'ailleurs. Et c’est poétique un chantier.
Dans ces espaces intermédiaires qui nous « parlent », on voit donc tout un monde : l’espace du temps de vivre, d’imaginer, quand l’espace pleinement aménagé ne laisse, lui, plus d’autre alternative que sa propre rentabilité – en vue d’un meilleur rendement du temps. Alors dans le travail d'Isabelle Bonzom, on voit le miroir de nos ports et de nos formations: les oeillères d'un monde pressé - qui oublie les préfixes. Et on se demande : une fois que tout est saturé de construction, où le promeneur solitaire peut-il encore puiser ses rêveries ?
On pense à Lola Lafon, à son père qui lui disait « je travaille » quand il rêvait. On pense à Yasmina Reza*, à cette aube, ce soir ou cette nuit qui laissent le temps d’être tristes quand le temps rempli est, lui, souvent perdu à « gagner » sa vie. Qui donc, aujourd’hui encore, choisit une autre voie que celle des rails « gagnantes » ? Les artistes pardi, d’ailleurs en France c’est écrit sur leurs cartes : ils sont perdants, les intermittents sont des chômeurs ! Gagnez donc votre temps à flâner galerie Peirce ! Car chez Isabelle Bonzom un espace en construction a la magie de ne servir, encore pour quelques temps, à rien.
* Et étrangement c’étaient les transports, chez l’auteur de « Art », qui traçaient ces chemins qui ne mènent nulle part dans « L'Aube le soir ou la nuit » (J'ai lu 2009). Des chemins perdants pour les uns, des chemins gagnants pour les autres : le temps mort du transport est une terrible angoisse pour les uns, une retrouvaille inespérée pour les autres.
A noter...
Exposition Isabelle Bonzom - Trans-Paysage Du 7 mai au 23 mai 2009 Galerie Peirce – sur cour au 4, rue Quentin Bauchart, 75008 Paris Du mardi au samedi de 14h30 à 19h. Nocturnes les jeudis et vendredis jusqu’à 21h. www.galeriepeirce.com et www.isabelle-bonzom.org
Auteur : Axelle Emden pour CultureCie.com


« Hope ! » : une expo de folie à Dinard
En 2009, l'expo « Qui a peur des artistes ? », avec sa sélection d’œuvres de la Fondation François Pinault, a été un vrai succès. La ville de Dinard continue donc sur sa lancée avec « Hope ! » une exposition sur l’Espoir qui réunit un casting hallucinant : les plus grands noms de l'art contemporain, de Giacometti à Hirst en passant par Fontana et Roni Horn... Un truc de fou !






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