


 
Ombres rêvées, ombres réelles : conversation avec Eric Fischl
Parce que les ombres constituent le pivot de l’installation d’Eric Fischl à la galerie Daniel Templon, Isabelle Bonzom a prolongé sa conversation avec l’artiste. Plein phare sur les « shadows » donc : ombres portées, ombres portant ces « Ten Breaths », ombres mêlant inquiétudes et féérie dans cette série puissante à l’ambivalence des sens.
Isabelle Bonzom - Ce que j’ai vraiment expérimenté en visitant l’installation à la galerie Templon, c’est la façon dont tu joues magistralement avec les ombres portées. Je savais que l’ombre était importante dans ton œuvre, mais lorsque j’ai découvert « Ten Breaths », ce fut pour moi une bonne et réelle expérience. Comment conçois-tu ta façon d’utiliser l’ombre?
Eric Fischl - Le titre, “Ten Breaths”, m'est venu en rêve. Quelqu'un m'avait suggéré d’intégrer au titre le mot "ténèbres" ( "tenebrae", en anglais), à cause des ombres. Cette nuit-là, j'ai rêvé que l'oeuvre s'appellerait "Ten Breaths", ce qui est presque un anagramme du mot “tenebrae”. Les ombres sont une partie très importante et nécessaire de "Ten Breaths" en effet. L'ombre est l'animatrice qui fait basculer l'instant dans "l'autre monde des connaissances". Les ombres créent une cacophonie de mouvement et d'urgence. Je pensais à des moments comme les attentats du World Trade Center, les inondations à la Nouvelle Orléans. Je pensais aux attentats à Bagdad ou à Gaza. Tous des tragédies. Je pensais aussi au contraste entre les scènes épouvantables de "Damage", "Samaritan" et "Tumbling woman II" et, en même temps, à la danse de "Congress of Wits". Le contraste est si extrême, comment peut-on célébrer, fêter ou commémorer, lorsque de telles douleurs et destructions ont lieu? J'ai l'impression que ça doit être ce à quoi la fin du monde ressemble, quand rien n'a de sens ou d'importance.
I.B- Dans la première partie de notre conversation publiée par CultureCie, tu parles d’ « illumination » qui est un terme fort. Y a-t-il une charge symbolique ou métaphorique dans ta façon d’utiliser l’ombre, que ce soit dans ta peinture ou dans l’installation de tes sculptures ?
E.F- C'est dans l'obscurité que nos peurs, nos démons, nos destructeurs rôdent. C'est dans les ombres qu'une part importante de notre cerveau et notre intelligence devient active. C'est là où l'imaginaire l'emporte et où nos sentiments de sécurité et nos certitudes laissent place à l'incertitude et à la prière. C'est dans le monde de l'ombre que nous devenons forts car c'est là que nous devons utiliser notre esprit pour survivre. Les ombres sont le monde intermédiaire. Elles sont mémoire et projection. C'est l'ombre qui nous rappelle la mort.
A noter…
Eric Fischl, « Ten Breaths » Du 29 avril au 13 juin 2009 Vernissage : mercredi 29 avril de 12h à 20h Galerie Daniel Templon 30 rue Beaubourg, 75003 Paris (au fond de la cour) Horaires : mardi au samedi de 10h à 19h Site web : www.danieltemplon.com Site officiel d'Eric Fischl : www.ericfischl.com
Publications...
"Eric Fischl", collectif publié chez Kerber Libri, décembre 2007 "Eric Fischl 1970-2000", par A.C. Danto, R. Enright, Martin S, paru chez Monacelli Press en janvier 2001 Les livres consacrés à Eric Fischl sur Fnac.com
Photos © Axelle Emden
Auteur : Isabelle Bonzom pour CultureCie.com

« Hope ! » : une expo de folie à Dinard
En 2009, l'expo « Qui a peur des artistes ? », avec sa sélection d’œuvres de la Fondation François Pinault, a été un vrai succès. La ville de Dinard continue donc sur sa lancée avec « Hope ! » une exposition sur l’Espoir qui réunit un casting hallucinant : les plus grands noms de l'art contemporain, de Giacometti à Hirst en passant par Fontana et Roni Horn... Un truc de fou !






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