Picasso & Cézanne : confrontation des géants de la peinture, à Aix
Après « Picasso et les maîtres », l’un des plus gros succès artistiques de l’année, Picasso investit Aix en Provence cet été, avec… Cézanne. L’exposition « Picasso Cézanne » s’attache à cerner la subtilité des liens qui unirent ces deux géants de la peinture : influence directe de la force du « père de l’art moderne » sur le jeune artiste arrivant en France en 1900, ou sujet d’une réflexion exprimée dans l’extrême maturité de celui qui se plaisait à rappeler « J’habite chez Cézanne » ?
« Si je connais Cézanne ! Il était mon seul et unique maître ! Vous pensez bien que j’ai regardé ses tableaux… J’ai passé des années à les étudier… » disait Picasso à Brassaï. Si celui que Picasso appelait « Monsieur Cézanne » apparaît de manière évidente à certains moments de sa vie, notamment au cours des dix premières années passées à Paris, à d’autres périodes cette relation n’est que diffuse, bien que restant présente, comme en filigrane. Même si son œuvre n’en témoigne pas directement, Cézanne demeurera un constant sujet de méditation et d’admiration pour Picasso : « Cézanne ! Il était comme notre père à nous tous », s’exclamait le maître.
Après « Cézanne en Provence » (2006), la Communauté du pays d’Aix, le musée Granet et la Réunion des musées nationaux s’associent une nouvelle fois pour coproduire une exposition en terre provençale, au pied de Sainte Victoire. Une figure tutélaire que Cézanne n’approcha sa vie durant que pas à pas, mais que Picasso s’appropria de toute son énergie, il y a juste 50 ans, en acquérant quelque 1.110 hectares de son versant nord, sans jamais la peindre mais en habitant le fameux château de Vauvenargues, dominé par la montagne sacrée. On connaît l’anecdote : « J’ai acheté la Sainte-Victoire de Cézanne » dira en 1958 Picasso à son marchand Kahnweiler, qui répondit « Laquelle ? » pensant qu’il s’agissait d’un tableau… « L’original » répondit le facétieux !
Plus d’une centaine de peintures, dessins, aquarelles, gravures et sculptures, issus de collections internationales, répartis en 4 sections, vont permettre d’approcher au plus près les relations privilégiées qui unissent les deux artistes et simultanément d’évoquer, dans sa grande richesse et complexité, l’ensemble des périodes de l’œuvre de l’Espagnol.
« Monsieur Cézanne » vu, pris, partagé, habité par Pablo…
Allant comme de la lecture à l’écriture, l’exposition décortique et historicise ces rapports complexes entre les peintres. D’abord Picasso regarde Cézanne : cette section analyse les rapports entre l’œuvre de Cézanne et celui de Picasso, de ses premières années parisiennes jusqu’à la fin du cubisme (1900-1917). Picasso scrute Cézanne pour en tirer des solutions techniques et se donner de nouveaux champs d’expérimentations au point que dans les années 1908/1909, le terme de « cubisme cézannien » s’appliquera à ses productions.
Ensuite Picasso collectionne Cézanne. Qu’est-ce que, au fond, un peintre ? C’est un collectionneur qui veut se constituer une collection en faisant lui-même les tableaux qu’il aime chez les autres, disait Picasso à Kahnweiler. Parmi les nombreuses peintures que Picasso posséda dans sa collection, Cézanne tient une place de choix, par le nombre et l’importance des œuvres : Vue de l’Estaque, Baigneuses, Château Noir… N’hésitant pas à prononcer un jugement éclairé sur la qualité et l’authenticité de certaines œuvres de Cézanne, Picasso « jouera » aussi à l’expert.
La troisième partie de l’exposition se penche sur les « Thèmes, objets, formes et traits partagés ». Car les deux artistes ont manifesté en effet un même goût pour certains sujets : compotier de porcelaine blanche, crâne ou pomme et bien entendu baigneurs et baigneuses, hommes accoudés, fumeurs, femmes assises dans un fauteuil, Arlequin…
La dernière enfin se concentre sur Picasso qui se rapproche de Cézanne : il acquiert l’austère château de Vauvenargues et s’y installe de 1959 à 1961. Cette période marque une étape spécifique dans son existence et sa production picturale. Singulière tant dans les couleurs que dans le traitement des formes, elle compte de nombreux chefs-d’œuvre comme la série des portraits de Jacqueline, celle du buffet Henri II ou des natures mortes… Emouvant contrepoint, l’imposant château de Vauvenargues, qu’il n’occupa que quelques années mais où il repose désormais en compagnie de son épouse Jacqueline, sera sous certaines conditions exceptionnellement accessible au public pendant la durée de l’exposition.
A noter…
Picasso / Cézanne
Du 25 mai au 27 septembre 2009
Musée Granet
Place St Jean de Malte 13100 Aix-en-Provence
Tel : +33 (0)4 42 52 88 32
Commissaire général : Bruno Ely, conservateur en chef du patrimoine, directeur du musée Granet
Ouvert tous les jours de 9h à 19h, sauf le jeudi de 12h à 23h. Gratuit pour les moins de 13 ans. Entrée valable 1/2 h, temps de visite libre. Visite guidée de l'exposition tous les jours à 14h30.
De 9 à 16€ - Réservez vos billets & évitez les files d'attente grâce à Fnac Spectacles
Cette exposition est réalisée grâce au soutien de la Fondation Total, et avec le partenariat de BNP Paribas.
Publication…
"Quand Picasso s'invite chez Cézanne"
Catalogue, ouvrage collectif sous la direction de Bruno Ely
Parution : mai 2009
Coédition Communauté du Pays d’Aix / RMN Réunion des musées nationaux. Collection Arts Du 20eme
Environ 280 pages, environ 40€
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Légendes & crédits photos...
1. Picasso regarde une œuvre de Cézanne, entre Douglas Duncan et Jean Planque, Jacqueline Picasso. Fondation Jean et Suzanne Planque, Lausanne
© Fondation Jean et Suzanne Planque, Lausanne. Photographie prise à La Californie par Jacqueline Picasso, le 7 juillet 1960.
2. Arlequin, 1888-1890, Paul Cézanne, National Gallery of Art, Washington
© Washington, National Gallery of Art
© Succession Picasso 2009
Huile sur toile, 101 x 65 cm
Auteur : C.C. pour CultureCie.com