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Edito vs Edito : CultureCie pour Visa pour l’Image
Edito vs Edito : CultureCie pour Visa pour l’Image
Alors que fleurit la polémique ô combien pertinente des « forçats de l'info » (re)lancée par Xavier Ternisien depuis son article paru dans Le Monde en mai dernier, le Festival Visa pour l'Image pointe son nez. Et avec lui notre dossier qui lui est consacré. Un dossier qui annonce des événements en attendant nos reportages. Un dossier que nous avons voulu inaugurer en répondant à Jean-François Leroy, journaliste, photographe, Président de l'Institut des images, Directeur et fondateur de Visa pour l'image.

J’ai décidé de prendre la parole ici à la première personne. A la manière d’un edito j’ai eu  besoin de répondre à Jean-François Leroy. C’est que le propos rejoint l’édito que j’avais écrit au moment du lancement de ce que je conçois comme un journal, électronique certes, mais pourtant un journal. Je crois. J’essaye. Nous essayons. Il serait faux de prétendre ici à la neutralité ou à l’objectivité du « nous » : après des années consacrées à la recherche, à travailler sur les médias, sur les contenus et les contenants, les annonceurs et l’information, le secret et la place publique, les tenants et les aboutissants, l’argent et les recettes, la publicité et les lecteurs, le libéralisme et les médias… l’honnêteté est de dire « je ». En prenant la parole ici, alors que j’ai moi-même créé le média sur lequel je m’exprime, alors que je suis moi-même en proie à la précarisation des journalistes tout en devant faire face aux réalités de l’entreprise que voudrait être CultureCie, je ne voulais pas parler, écrire, de manière désincarnée. C’est un edito si vous voulez, un an après la création de CultureCie, que je refais ici, différemment, en contexte. Je n’est pas totalement un autre. Mais « je » est multiple, car réel.

« Qui peut encore produire ? »

Parce que la photographie, elle aussi, a son lot (et sa dose) de crise professionnelle, la parole est donc donnée à Jean-François Leroy, qui nous dit gentiment : « Tais-toi, et creuse ! »

« Les années 2008 et 2009 resteront sans doute à marquer d’une croix noire dans l’histoire du photojournalisme… Nombreuses sont les agences à pratiquer des forfaits (« vous nous payez une somme forfaitaire, et vous utilisez toutes les photos dont vous avez besoin »), très attirants pour des magazines et quotidiens dirigés par des gens qui n’ont en tête que la rentabilité, à deux chiffres si possible… On devrait aussi parler du tarif unique (« servez-vous, pour une vignette ou une double, c’est le même prix ! »), et de la généralisation de l’usage des photos DR, souvent gracieusement fournies par les services de presse ou de communication. Nous ne mentionnerons même pas ici les services photo des magazines qui se tournent, à la demande des mêmes gestionnaires déjà évoqués, vers les sites de photo amateurs à 1 ou 2 euros l’image.
La presse souffre, comme tout le monde. La généralisation de ces différentes pratiques étrangle non seulement les agences de photo qui refusent d’entrer dans ce système, mais aussi les photographes, dans leur ensemble. Qui peut encore produire ? Par produire, je veux dire produire un vrai sujet, dans la longueur, en prenant le temps de rester, de regarder, de travailler, de comprendre. D’être jour-na-lis-te ! »

A cette question aujourd'hui plus personne ne peut répondre : l'information est devenue gratuite, et souvent mauvaise, et la photographie avec elle. Le photojournalisme souffre, oui. C'est sans doute aussi cliché que pessimiste de dire que nous n’en sommes qu'au début, c’est pourtant la sensation de tous ceux qui ont un pied dans un journal. On voit les pigistes souffrir de plus en plus, les salariés des journaux auxquels on demande de travailler plus (pour gagner la même chose, sinon moins) se lasser et s’inquiéter, et la presse électronique, à l'exception de quelques médias, ne fait qu'empirer le paysage de nos métiers.

Il y a aujourd'hui beaucoup de jeunes qui voudraient être journalistes, beaucoup de trentenaires qui ont lu Albert Londres, beaucoup de futurs journalistes de 20 ans qui n'entendent pas renoncer à leurs rêves de reportages, à l'éthique d'un métier dont on a tout dit après l'avènement de la télévision, à l'éthique d'un métier qui a d'abord besoin de temps pour s'exercer, pour trouver ce juste équilibre entre le témoignage et l'impossible objectivité.
Mais Jean-François Leroy pose la bonne question : qui aujourd'hui peut encore produire ? Qui aujourd'hui peut encore espérer pratiquer le reportage dans le cadre d'un travail, soyons clairs, rémunéré par un média - et non par un mécène !? Maintenant que les moyens ont déserté la presse écrite, maintenant que le web est cette drôle de chose dont on nous dit que c’est l’avenir, en matière de contenu, alors même qu’il est considéré comme un vilain petit canard, un parent pauvre, un média… qui ne sera jamais « noble » ?

« Les forçats de l’info » : rien d’un mythe, une référence-qualité du web

Pour sûr, il ne risque pas de gagner ses lettres de noblesse, le web, à coup de copié/collé. Depuis que Ternisien a (re)lancé le débat sur les « forçats de l’info », on entend des journalistes dire : « mais en presse écrite aussi on dépêche, on relaye, on écrit de la brève ». Oui, bien sûr, nous l’avons tous fait. Mais vous connaissez un journal, vous, qui ne fait que de la dépêche ? Que du copié/collé jamais vérifié ? Moi non, mais sur le web, si : il n’y a presque que cela.

Il y a une raison à cela. La manière dont fonctionne le web ne récompense pas forcément les articles les plus anglés, les plus longs ou les plus pertinents. On ne refera pas ici l’article de Ternisien, ni un cours sur le référencement et la stratégie web, mais on soulignera que le portrait de Ternisien est tout à fait réaliste : il est même surprenant que le débat n’ait pas émergé plus tôt. Au début des années 2000 déjà, je me voyais « forcée » de rédiger des articles de 500 signes maximum, dans un site pur jus, depuis devenu quelque chose qui ressemble davantage à un journal électronique.

Aujourd’hui les témoignages pleuvent. Anaïs, journaliste d’entreprise free-lance, confie avoir été « totalement atterrée par les conditions de travail du web » : « il y a peu, j’ai eu envie de me tourner vers le journalisme web. J’ai passé un entretien pour Pluriel, le site de TF1, c’était bon, j’étais prise. Jusqu’à ce qu’on me parle des tarifs : 90€ par jour pour pondre 10 feuillets. J’ai littéralement halluciné. Dans le journalisme d’entreprise, les tarifs sont à 150€ le feuillet. J’ai dit à mon interlocutrice que c’était hors de question, à ce rythme-là on nous demande de devenir des machines, de rédiger de la merde. Elle a fini par admettre que c’était une réalité peu enviable pour les rédacteurs. » Des témoignages comme celui-ci, tirés de « rédacteurs » de l’express.fr ou d’anciens stagiaires d’evene.fr, nous pourrions en citer des dizaines. Le fait est que ces organes ne sont pas des « journaux » mais des « sites », qu’ils répondent à une logique dictée par le web : « rédacteurs » et « images » remplacent « journalistes » et « photographies », et ce depuis bien des années.

Pourtant le débat dépasse ou précède le web. Du « sous-journalisme », il y en a beaucoup, y compris sur des sites qui portent le nom d’un journal. Y compris dans les journaux d’ailleurs, où l’annonce et la dépêche tendent de plus en plus à remplacer la « critique » : « des experts ? Ouh, les lecteurs risquent de ne pas comprendre ». Ah bon ? Pourtant hier c’était un nom qui faisait la légitimité d’un « papier », une signature qui était garante de « bouteille », doit-on dire à présent le minimum tout en traitant un maximum d’infos, histoire d’être certains que le « lectorat » trouvera bien trois lignes qui l’intéresse ? Ou doit-on, au contraire, se dire que le « lectorat » comprend ce qu’on lui raconte, tend à se reconnaître dans une puis deux puis trois signatures… qu’il se reconnaît dans certaines mais pas dans toutes, qu’il aime à lire un « papier » qui a été écrit, pensé et réfléchi plutôt qu’un amas de lignes relayant de manière transparente (fade !) des événements trouvables dans le Pariscope et certes « relayés » par des mains interchangeables… ? Pourquoi ne pas tirer profit du web en tirant le papier vers le haut : rien à imprimer, une ligne ne vaut pas moins d’argent que deux en terme d’impression, alors pourquoi ne pas profiter de cet espace de liberté que nous offre Internet pour abandonner le « format » ? « Les gens ne lisent pas sur l’écran » paraît-il. Et à cela s’ajoutent d’autres réalités.

L’argent du web

« Los Angeles Times, poursuit Leroy, Chicago Tribune, en faillite… Oui, mais il y a le web ! On ne cesse de nous dire que la publicité et les annonceurs délaissent de plus en plus le support papier pour le web. Soit ! Mais pourquoi l’argent qui rentre dans cet eldorado n’en ressort-il jamais pour les producteurs, qu’ils soient photographes ou journalistes ? Mystère ! »

Non, ce n'est pas un mystère Jean-François, absolument pas : les annonceurs s'y tournent car la publicité est bon marché, point barre. Ajoutez à cela qu’aujourd’hui Internet est considéré comme le média le plus influent pour les annonceurs. Et pour cause : chaque espace est « ciblé » au mieux. Mais les sites web sont rarement riches. Certes les voix se multiplient sur le web, les voix abondent, créant une espèce d'excitation du temps de la radio libre ou de la massification du journal d'opinion, tout ça sans la qualité des radios libres car les voix les plus « libres » sont celles des blogs, qui ne sont pas des médias et encore moins des journaux d’opinion - puisque les blogs n’ont ni l’ambition ni la vocation du journalisme. Disons que ce n’est pas la « libre »-liberté, encadrée dans des règles (éthiques, contractuelles) mais simplement le… « libre »-chaos d’un état de nature. Sans les arbres mais avec les pâquerettes,  sans l’extérieur mais avec le virtuel, et la sauvagerie.
Tout ça s’excite avec la plume, le son et l'image, on rêve donc de trouver le média qui fera bon usage du web. Il y en a. Peu, mais il y en a. Rue89 en est un excellent exemple, ce média en effet « participatif » et en effet « innovant ». Mais Rue89 était doté d’un peu de moyens au départ, et est le fruit du travail de ce que l’on appellera sans doute bientôt le journalisme « ancienne génération ».

Oui, le web change le paysage médiatique. Mais rappelons qu’il y a dix ans déjà, pour ne parler que de la situation française, quand l’ADSL était loin d’être démocratisé comme il l’est aujourd’hui, on parlait déjà de la crise de la presse. Déjà on engageait peu. Déjà la situation n’était pas idyllique pour les pigistes. A une journaliste d'investigation free-lance rencontrée lors d'une conférence de presse il y a exactement 8 ans, je demandais simplement : « comment vous faîtes, est-ce que vous en vivez ? » « Non me répondait-elle, je n'en vis plus depuis longtemps, sans doute vais-je m'orienter vers la communication ou vers le journalisme d'entreprise. Quand je propose un sujet à une chaîne de télévision, une fois sur deux la chaîne préfère le sous-traiter à ses salariés, évidemment. Alors il faut travailler d'abord, et tenter de vendre un sujet après. D'une part, ça n'empêche pas forcément qu'ils fassent faire le boulot par leurs journalistes plutôt que de me l'acheter; d'autre part, pour la plupart des sujets que je traite, j'ai intérêt à avoir un mastodonte derrière moi : si un journaliste de Canal meurt demain d'une balle dans la tête en plein reportage, ça fera du bruit, si moi je cherche des noises journaleuses aux mafieux, je risque de finir plus tôt que prévu. » Aujourd’hui on regarde ces années comme un eldorado. Tournons-nous alors vers les services « froids », mettons-nous à l'abri des scoops et du danger, ou enquêtons avec le temps qu'il nous reste ? Oui, mais pas trop, et gratuitement, ou presque, et sur le web.

Ce qui a changé ? Bien sûr que des choses ont changé. Le web nous fait assister à une double-émergence. D'une part l'uniformisation de l'offre, pointée du doigt depuis des décennies par les spécialistes des médias, mais cette fois elle réapparaît sous une nouvelle forme : ce n'est pas seulement que tout le monde traite des mêmes sujets, c'est que tout le monde les traite de la même manière. Autrement dit à la vavite, en obéissant aux logiques des moteurs de recherches et non plus seulement à la logique des annonceurs (celle des lecteurs est perdue depuis longtemps). Un maximum de titres, donc un gros nombre d'infos en façade : de brèves ! Car il faut être bien « référencé », seule manière d’espérer exister sur la toile. Un site web ne gagne pas d'argent avant d'avoir atteint 150 000 visiteurs, au bas mot, et les ressources publicitaires sont maigres : souvent l'affichage n'est pas rémunéré, ou si peu, les sites comptent donc sur les achats des internautes chez leurs partenaires commerciaux. Ils touchent alors une commission, de 5% le plus souvent, sur un achat qu'aura fait son lecteur chez un partenaire. Autrement ? Autrement vous payez pour qu’un site affiche vos infos : ceci s’appelle un annuaire et souvent ceci ressemble à un journal… A côté de cette réalité, les « pressions des annonceurs » d’hier paraissent maigres, non ? Ajoutons que les « annuaires » sont les mieux référencés de la toile : référençons donc, parlons de tout pour ne parler de rien et le « grand public » nous trouvera – parole de site web. Payez pour être en vitrine et votre entreprise y gagnera – parole de stratège du web.

On assiste d'autre part à une diversification de l'offre, mais en façade : de quelle diversification parlons-nous ? De celle des blogs, qui certes créent des possibilités extraordinaires mais qui surtout résultent en un amas de conneries sorties au mieux du café du commerce, et nous ne parlerons pas de l’excellente « ortografe » de ces bavards qui racontent… leurs journées, leurs lectures, leur ciné, leur conversation avec mémé…

C’est très bien, félicitons-nous de cette démocratisation de l’expression, félicitons-nous de ce joyeux bordel qui est parfois fort amusant, qui fait même découvrir (rarement) de jeunes et précieux talents. On se félicite moins, en revanche, d’une autre réalité : publier beaucoup, publier court et publier mal, devient le mot d’ordre de la jingle du web. Référencement oblige : un maximum d’articles en un minimum de temps et les Dieux moteurs de recherche vous récompenseront (amusant tiens, pour Aristote Dieu était le premier « moteur », aucun rapport, mais personne ne pourra empêcher ma remarque inutile donc je profite de cet abus de pouvoir histoire d’ajouter une méta-dimension au sujet). Alors quoi ? Alors précarisation des journalistes, alors maintenant que nous sommes si nombreux à avoir des diplômes ils ne servent plus à rien car pour parler de Sartre mieux vaut parler du Flore que de ses écrits sur Flaubert (« ça n’intéresse personne », « les lecteurs comprennent pas », « les gens sont cons »), on entendait déjà cela parfois au sein des rédactions. Désormais ce n’est plus en question : le dieu moteur est roi, adaptons-nous. Alors après la mort du CD faisons mourir le journalisme : que l’économie meure, que la gratuité s’installe, elle sera la victoire absolue contre le « néo-libéralisme »… ? Trêve de plaisanterie, plus d’argent dans la presse écrite, constate Leroy, mais le problème, Jean-François, c’est que l’argent ne risque pas de sortir du web : le web est gratuit. Et la pub rapporte peu, sans commune mesure avec ce qu’elle rapporte sur les autres supports. Alors payons les « journalistes » 90€ les dix feuillets, sous-exploitons leurs compétences, leurs talents leurs envies. Telle est la réalité. Faire de la qualité sur le web relève aujourd’hui d’un engagement, militant presque ! Bénévole souvent.

L’ironie : le rapport qualité - prix

L’ironie, c’est que nombre de littérateurs des médias ont tenté de nous faire croire que l’argent était une menace : citons Bourdieu, Ramonet, le fil rouge du Monde Diplomatique ou même, aux Etats-Unis, des Chomsky et des McChesney, des universitaires de Berkeley, des doyens de leur école de journalisme, des profs du MIT, nombreux sont ceux qui ne voyaient dans les groupes de presse que des menaces à la démocratie, les causes de l’uniformisation du contenu, la mort du journalisme d’opinion. Des angoisses fin de siècle prenaient corps avec les mots des experts, on assistait, et on assiste encore, à la « foire des illuminés » selon l’expression de Todorov, la foire des fervents croyants – leur dieu : la théorie du complot. Durant mes années universitaires, je m’appliquais à démêler chez ces littérateurs hétéroclites, d’une part les faits réels qu’ils relayaient à travers de très pertinentes enquêtes, et d’autre part leur mauvaise foi patente.

Car oui, en effet, Murdoch a construit un empire médiatique et la Fox est à bannir : cela fait-il pour autant des groupes de presse des ennemis de la démocratie ? Je ne rentrerai pas dans les détails ici, je m’en tiendrais à une anecdote parlante : j’ai commencé mes recherches en croyant à ces théories, je voulais montrer en quoi l’argent de ces gros et méchants médias pervertissaient le journalisme. Ma sincérité m’a fait changer de chemin : en remontant le fil je ne suis tombée que sur des vices propres au « moins pire des régimes », la démocratie, qui est éternellement tendue sur le fil de la liberté et de l’égalité, qui fait confiance, in fine, aux citoyens, autrement dit qui ne le prend pas pour un abruti manipulable mais pour un être, un téléspectateur, un lecteur, un internaute doué de raison. Evidemment je n’inventais pas la roue : Géraldine Muhlmann m’avait devancée, et avant elle Dominique Wolton, pour ne citer qu’eux. Ils font figure d’exception toutefois dans la littérature consacrée aux médias : rares sont les chercheurs qui s’intéressent à ce sujet « grand public » et peu « noble », rares sont aussi les optimistes qui se sont penché sur le sujet – par optimistes entendons ceux qui placent la même confiance dans les médias que dans la démocratie, dans les lecteurs que dans les citoyens, ceux qui refusent les « tous pourris » et les « lecteurs cons ». Ces choses-là sont bien connues des universitaires spécialistes des médias et de la démocratie libérale. Pour autant elles ont continué longtemps à séduire un public.

L’ironie donc, aujourd’hui, avec l’émergence du web et de la presse électronique, c’est de s’apercevoir que la presse a besoin d’argent. Oui, la liberté a besoin de moyens pour s’exercer. Oui, nous vivons dans des démocraties libérales, dans lesquelles nous ne naissons et ne mourrons pas égaux, mais dans lesquelles nous pouvons choisir de rendre la presse payante ou gratuite, comme nous pouvons choisir de nous présenter ou pas à une élection, ou de voter pour x ou pour y. Nous pouvons choisir d’acheter un journal ou pas. Mais pourquoi l’acheter quand il est gratuit ? Parce qu’il est de meilleure qualité ? Aujourd’hui c’est faux : Le Monde produit l’un des meilleurs contenus français, il est gratuit sur le web. Certes les archives sont payantes, mais au quotidien, on trouve sur lemonde.fr de l’information gratuite. Quelle chance ai-je de faire décoller mon média aujourd’hui, si je le rends payant quand les plus grands quotidiens nationaux sont gratuits sur mon support, le web ? Aucune.

L’ironie donc, aujourd’hui, avec l’émergence du web et de la presse électronique, c’est de s’apercevoir que la presse a besoin d’argent. C’est de rendre caduque ces attaques contre les annonceurs, dont toutes n’étaient pourtant pas mauvaises, mais le fait est que la fin des années 2000 est dominée par une toute nouvelle problématique : la logique Google a remplacé celle des annonceurs. Elle est reine dès lors que le web tue la presse écrite.
Alors la presse a besoin d’argent. Et elle n’en a plus. Pourquoi ? Parce qu’elle est gratuite pardi ! Dans une certaine mesure, elle fait son malheur, comme un névrosé maso reproduirait une connerie de scénario de vie. C’est à la presse d’estimer que tous les contenus ne se valent pas, que la fenêtre « actualité » des opérateurs web et des moteurs de recherches ne valent pas les reportages des journalistes. Non, tous les contenus ne se valent pas. Non, Google ne changera pas sa logique de référencement pour la presse. « Google n’a pas vocation à être un créateur de contenu », rappelait son vice-président dans le Monde daté du 26 juin (et oui, je l’achète ! acte militant ?). Le vice-président de Google y demandait même à la législation française de s’adapter, de défendre un peu moins les œuvres et les droits d’auteur, afin que les « créateurs de contenu » puissent percer de manière plus fiable. C’est dire que Google ne s’adaptera pas à la logique de « qualité journalistique ».

Rendre une information de qualité payante, ce n’est pas un retour en arrière. Chacun de nos lecteurs est convaincu que « tout travail mérite salaire ». Je ne dis pas que l’avenir de la presse est dans les mains de l’idéologie des lecteurs, je dis simplement qu’il n’y a pas d’autre alternative que la presse payante dans cette crise massive qui touche journalistes, pigistes, reporters, photographes, photojournalistes, secrétaires de rédaction etc. Une fois encore, c’est donc le public qui tranchera : con et manipulateur, ou curieux et avide d’information réelle ? Tant que l’information de qualité sera gratuite, on ne le saura pas.

Jean-François Leroy de conclure, de revenir au Visa qu’il préside, de vous donner sa touche d’optimisme et de vous rendre impatients : « Alors, et Perpignan dans tout cela ? Nous ne serons pas le dernier refuge des dinosaures. Au contraire, nous allons montrer que la production de qualité existe toujours, même si elle est de plus en plus rare. Explorer de nouvelles pistes, définir de nouveaux standards. Parce que nous ne creuserons pas la tombe de cette profession. Nous ne rejoindrons pas le club des fossoyeurs de la presse. Nous continuerons à nous battre aux côtés de ceux qui veulent continuer à croire à un journalisme de qualité. C’est plus qu’un souhait. C’est un serment ! »

A LIRE...

Xavier Ternisien, "Les forçats de l'info", Le Monde du 26 mai 2009

"Jean-François Leroy : Le photojournalisme", Le Monde du 30 juin 2009

Géraldine Muhlmann, "Une histoire politique du journalisme, XIXe-XXe siècle", PUF, 2004 | Du journalisme en démocratie, Payot, 2006

Dominique Wolton, "Penser la communication", réédition 2008
"
Mc Luhan ne répond plus : Communiquer c'est cohabiter" de Dominique Wolton, Stéphane Paoli, et Jean Viard, 2009
"L'autre mondialisation", 2004
"Internet et après ? Une théorie critique des nouveaux média", 2000
 

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Le 02-07-09 - 02:49

Auteur : Axelle Emden pour CultureCie.com

Voir: Peinture, dessin & sculpture - Arts & Expos
Ben : première rétrospective à Lyon
© Ben Vautier

Qui ne connaît pas cette écriture enfantine, ces rondeurs blanches souvent ironiques, tracées à la craie sur fond de tableau noir ? Si Ben (Vautier) a même infiltré nos fournitures de bureau, aucune rétrospective ne lui avait encore été consacré. Ce sera désormais chose faite : à voir au musée d’art contemporain de Lyon avant le 11 juillet 2010 !




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