Le Polka nouveau est arrivé
C’est désormais un rendez-vous attendu : la nouvelle exposition à la galerie Polka et la sortie simultanée, en kiosque, du magazine éponyme. En ce mois de septembre, Polka réserve de belles surprises : une nouvelle galerie, un magazine de plus en plus chic, une ouverture de plus en plus large sur toutes les thématiques, toutes les photographies.
Par Anne-Laure Bovéron
Après six expositions et une exposition médiatique conséquente, il n’est plus nécessaire de s’étendre sur l’entreprise de promotion, de sauvegarde et de soutien à la profession de photoreporter menée par Alain Genestar, ses enfants (à l’origine de Polka) et leurs collaborateurs. Jean-François Leroy, directeur de Visa pour l’Image, scande la chronique d’une mort annoncée du photoreportage, délaissé par les magazines. Alain Genestar, surenchérit dans son édito : le photoreportage est mis à mal par les lois françaises et européennes. Les photojournalistes sont en danger de mort, de banalisation et ce depuis des années. Le discours est clair, l’urgence réelle, et face à ces constats, l’envie de préserver les photographes de leur disparition annoncée est vivace, la résistance clamée. L’heure d’agir sonne depuis trop longtemps. Celle de sonder la photographie « droit dans les yeux » aussi. Toutes les photographies.
Polka rejoint le Marais
Après le quartier St Maur, entre le 11e et le 20e arrondissement de Paris, la galerie Polka colonise un petit loft, rue St Gilles dans le 3e arrondissement, rejoignant ainsi un quartier depuis longtemps investi par les galeries parisiennes. Un espace sur deux niveaux, frais, très clair (un peu trop peut-être pour pouvoir apprécier les photos sans avoir à gigoter sur place, comme dans 80% des lieux d’expositions de photographies). Depuis le 17 septembre et jusqu’au 07 novembre, l’exposition collective « Droit dans les yeux », la 6e estampillée Polka, attend les visiteurs.
Sur les murs, les images des photographes Abbas, Paolo Pellegrin, Cathleen Naundorf, Hans Silvester, Steven Siewert, Christian Poveda (assassiné début septembre dans l’exercice de ses fonctions à San Salvador, un hommage lui est donc rendu), Mickael Bougouin et Panjiar. Dans le magazine éponyme, comme à l’accoutumée, davantage de sujets, de photographies et des articles complets, engagés.
Toutes les images présentées sont, une fois encore, passionnantes : des visages féminins de la liberté en Iran aux irrévérences de la jeunesse iranienne face aux lois de leur pays, de Marras aux gangs armés d’Amérique centrale en passant par les étalons sauvages de la Camargue ou encore le sémillant mouvement Rockabilly de Sydney. Mais le travail de Cathleen Naundorf appâte l’attention. Focus.
Du reportage de mode à la photographie de mode
A l’entrée de la galerie, sur la droite, six images attirent l’œil par leurs couleurs et leur graphisme. En un seul regard, elles captivent, interrogent, donnent à rêver. Elles détonnent un peu dans les choix de la nouvelle exposition Polka (bien que les fondateurs soient réputés pour la diversité de leurs propositions). Les galeristes ont choisi de présenter le travail, l’œuvre devrait-on dire, de Cathleen Naundorf. Après avoir réalisé des reportages dans le monde dans lesquels elle souhaitait dévoiler la réalité des coulisses de la haute- couture et de l’artisanat d’art, elle photographie la mode, refait la mode. Des images oniriques au glamour désenchanté.
Cathleen Naundorf, artisan de la photographie
Par le travail de la photographe allemande à la chambre polaroïd 4x5 et 8x10 pouces, c’est la notion de photographie plasticienne qui entre chez Polka. Un petit pied de nez aussi à la dévalorisation des clichés au prétexte qu’ils sont reproductibles à l’infini. Cathleen Naundorf signe des images uniques, des œuvres d’art avec ses polaroïds grand format, dont la matière est travaillée au développement par un système d’arrachage du film qu’elle reporte ensuite au rouleau. Tâches, couleurs, détails manquants offrent ainsi une pièce unique.
Dans ces images maculées, la photographe magnifie les créations des artisans qu’elle qualifie parfois de « sculptures architecturales », elle souligne les expressions des mannequins par ses mises en scène lascives ou sombres, tempère le faste léché de la mode par des images mélancoliques et par les teintes propres aux polaroïds. Elle confie à Polka : « je cherche souvent la lumière de la peinture de la Renaissance italienne. »
Depuis 1998, Cathleen Naundorf réinvente la mode. Son premier cliché en tant que photographe de mode présentait une création de Jean-Paul Gauthier. Aujourd’hui les plus grands couturiers (Gauthier, Lacroix, Givenchy, Dior, Chanel…) la plébiscitent et les petites mains de la mode saluent son respect et sa connaissance de leur travail de l’ombre. Comme une Sarah Moon en son temps, Cathleen Naundorf a su poser un regard nouveau et profond sur cet univers naturellement fascinant. Un travail à découvrir absolument.
A noter…
Exposition collective « Droit dans les yeux »
Jusqu’au 07 novembre 2009.
Galerie Polka
12 rue St Gilles, 75003 Paris
www.polkamagazine.com
www.polkagalerie.com
Expo mode & photo…
Une autre exposition présente actuellement, entre autres, les travaux de Cathleen Naundorf, Jean-Marie Perier, Derek Hudson…
« Si la mode m’était contée »
Jusqu’au 31 octobre 2009
Hôtel Sofitel Paris Le Faubourg
15 rue Boissy d'Anglas 75008 Paris
Site personnel de la photographe : www.cathleennaundorf.com/
Photo : © Cathleen Naundorf, L'enfant terrible, Haute Couture Gaultier summer 2003, Courtesy Polka Galerie