Kenzo Saeki : quand Gainsbourg prend le maki
Kenzo Saeki est une véritable star dans son pays. Ce Japonais affable et souriant est désormais célèbre dans le monde entier grâce au web. Son interprétation pour le moins décalée du « Lundi au soleil » de Claude François est devenue un classique. Il faut dire que Kenzo manie le second degré à la baguette.
« L’homme à la tête de sushi » comme il se surnomme, s’est d’ailleurs fait confectionner un nouveau couvre-chef pour ses concerts. Après Clo-Clo et quelques autres (Nino Ferrer, Michel Polnareff…) il revisite le répertoire de Serge Gainsbourg. Rencontre à la fin d’un déjeuner dans un restaurant asiatique de l’avenue Georges-V. Chapeau, Kenzo-san !
Olivier Quelier pour CultureCie : Pourquoi avoir choisi d’interpréter des chansons de Serge Gainsbourg ?
Avant tout parce que je pense que Gainsbourg est très rock’n roll. Et je voulais vraiment montrer ça. Brassens et Ferré, je les aime, bien sûr. Mais j’avais envie de traduire des chanteurs français pour leur côté rock. C’est pour ça que je chante Claude François ou Nino Ferrer (« Les Cornichons », « La Maison près de la fontaine » et « Oh hé hein bon ! »). Et Serge Gainsbourg, c’est du rock très violent !
Est-il difficile de traduire Gainsbourg en japonais ?
Oui, très, mais à vrai dire ce n’est pas moi qui m’en suis occupé ! J’ai d’abord été séduit par la musique : je trouve que Gainsbourg fait de la très bonne musique, mais je tenais aussi à comprendre ce qu’il dit. Certaines de ses chansons existaient déjà en japonais, mais plusieurs amis traducteurs m’ont dit que la traduction n’était pas très bonne. Je leur ai donc demandé de reprendre les textes, notamment « Le Poinçonneur des Lilas » et j’ai fait les arrangements.
Evidemment, mes amis se sont plaints car c’était un travail très difficile. Ils ont beaucoup souffert, notamment sur « Love on the beat ». Gainsbourg, il chante comme on parle, un peu comme les chanteurs de hip-hop. C’est difficile de le traduire en japonais. Et pour ma part, je n’ai jamais essayé…
Les chansons en japonais sont-elles très fidèles aux textes originaux ?
Ah oui, complètement. Les traducteurs sont toujours restés très proches de l’original, ils n’ont jamais pris de liberté. Il en a été de même pour les chansons de Clo-Clo, de Michel Polnareff… Toutes les chansons ont été traduites correctement et, surtout, précisément.
Vous interprétez également « Comme d’habitude » de Claude François…
Oui. J’ai lu dans un livre que « Comme d’habitude » avait été écrite pour France Gall. C’est une chanson très triste. Quand je chante cette chanson dans mon pays, j’en explique l’histoire aux Japonais. Parce que France Gall, tout le monde la connaît au Japon, même les jeunes. Elle est redevenue très à la mode avec sa chanson « Poupée de cire, poupée de son », que la chaîne TVMC passe encore et encore. Il en va de même pour « Tout pour ma chérie » de Polnareff.
Quels sont les autres chanteurs français vedettes au Japon ?
Sylvie Vartan, qui organise de grands concerts live, et Jane Birkin. Elle a d’abord été connue grâce à une publicité pour les sacs Hermès. Ensuite, beaucoup de monde est venu à ses concerts. Brel, également. Les Japonais ont découvert « Ne me quitte pas » grâce à David Bowie, qui avait chanté « If you go away ». Avec Nanasé, ma pianiste, nous avons travaillé sur « Voir un ami pleurer ». Mais « Ne me quitte pas » reste ma chanson préférée de Brel.
Y a-t-il encore des chanteurs français que vous avez envie de traduire et d’interpréter ?
Bien sûr. Tété est un ami et j’aimerais chanter un de ses morceaux. J’aimerais aussi faire traduire une chanson de Jacques Dutronc. Et puis Chantal Goya. Je trouve que c’était de l’excellente musique. Et elle était magnifique !
Pourquoi ne choisir que des chanteurs français et pas américains par exemple ?
Les Japonais parlent l’anglais, donc ils comprennent les chansons des Américains. Moi j’aime bien Talking Heads, David Bowie et les Rolling Stones. A plusieurs reprises je les ai chantés. Mais les chansons anglaises ne sont pas très bonnes. Les chansons françaises, et c’est un point important, ont beaucoup plus de sens. Les Japonais connaissent Gainsbourg, et moi je veux leur apprendre ce qu’il disait, donc je le fais traduire. Parce que je pense que Gainsbourg dit des choses beaucoup plus importantes que les Américains. Vraiment plus importantes. Ecoutez les allusions sexuelles qu’il y a dans beaucoup de ses chansons. Mais pas seulement ça : dans « Le Poinçonneur des lilas », on sent aussi la présence de la mort.
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Liens:
www.fglmusic.com/video/clips/kenzo_saeki/lundi_gd.mov