Xavier Gallais : "Le théâtre est une piqûre de vie"
Xavier Gallais marque chacune de ses interprétations de son empreinte. Sombre, inquiétant, bouillonnant, il fait éclater ses tourments et sa sensualité dans « Baby Doll » de Tennessee Williams mis en scène par Lavigne, pièce qui faisait office de favorite aux Molières. Xavier sait aussi se montrer plus badin avec les lectures de Proust, actuellement à la Comédie des Champs-Elysées. Rencontre avec un jeune comédien déjà « moliérisé » et que le théâtre et le cinéma n'arrêtent pas de convoiter.
XAVIER GALLAIS, DE TENNESSEE WILLIAMS...
Julien Wagner pour CultureCie : « Baby Doll » marque votre neuvième collaboration avec le metteur en scène Benoît Lavigne. Comment vous êtes-vous rencontrés ?
Xavier Gallais : J'habitais alors en banlieue et ça faisait très longtemps que je faisais du théâtre amateur. A 17 ans, je suis tombé sur un numéro du magazine « Casting » qui proposait des annonces pour des comédiens et donnait des coordonnées d'agences. J'ai fait des photos, je les ai envoyées à une de ces agences et Benoît Lavigne les a vues. Il a désiré me rencontrer pour une pièce qu'il allait présenter à Avignon. J'ai passé une audition qui a duré toute une semaine et finalement j'ai été le premier de la distribution à avoir été choisi.
Pourquoi avoir choisi de participer à cette pièce de Tennessee Williams ?
Déjà, rien que pour Tennessee Williams dont je suis un grand admirateur. Je travaillais sur ses textes au Conservatoire avec beaucoup de bonheur. Notre version de « Baby Doll » est quasiment une création mondiale. Elle n'avait été faite qu'à Londres auparavant, à partir du scénario de Tennessee Williams, lui-même tiré de deux petites pièces. C'est très excitant de présenter une pièce de Williams pour la première fois sur scène. C'est aussi ma troisième collaboration avec le théâtre de l'Atelier où j'avais monté « Les Nuits blanches » de Dostoïevski, ma première mise en scène.
Qu'est-ce qui vous a séduit dans le personnage de Silva Vacarro ?
En sortant du Conservatoire, j'ai passé une audition pour ce rôle. J'avais été choisi, mais le projet n'avait pas pu se monter. Et quand Benoît me l'a proposé, j'ai compris que ce rôle était une évidence, il me suivait depuis longtemps. Dans le film d'Elia Kazan, il apparaissait très clairement que Silva ne venait que dans le seul but de se venger, qu'il était uniquement manipulateur. Ce que je trouvais intéressant à travailler, c'était de voir jusqu'à quel point il peut également se faire prendre à son propre piège, en se heurtant au désir de sauver l'autre. Ce sont des solitudes qui se rencontrent. Vacarro vacille constamment entre son projet initial d'exister dans cette société en tant qu'immigré à travers la réussite sociale et le sentiment amoureux, le désir sexuel et celui d'aider l'autre, soit l'opposé de son plan originel égoïste et capitaliste. Il s'aperçoit que deux femmes, Baby Doll et Tante Rose, ont besoin de lui et qu'il peut s'arrêter, créer une famille, construire à plusieurs. On ne sait pas ce qu'il choisit à la fin.
Et vous, que pensez-vous qu'il choisit ?
Je le sais au fond de moi. Pour moi, c'est impossible, en tant que personnage « williamsien », qu'il revienne sauver les deux femmes. C'est un fugitif voué à la solitude. Mais il aura longuement hésité. A chacun d'imaginer la fin, qui est ouverte. Williams décrit le vieux Sud raciste, ignare et puritain. Vacarro incarne, lui, un nouveau monde, venant d'Europe. Il est cultivé et sensuel, avec un rapport à la nature plus brut et sauvage. Il suscite le fantasme de tout le monde. A commencer par Williams puisqu'il était l'incarnation théâtrale de son compagnon de l'époque, un Sicilien dont il était fou amoureux. Baby Doll en tombe amoureuse également. Le public est dans son camp. Mais ce monde nouveau s'avère aussi cruel que l'ancien. Il fait naître de l'espoir chez les gens, mais il les lâche à la fin. Il laisse les femmes dans l'attente et l'oubli. Toutefois, il libère Baby Doll de ses fantasmes, du monde écrasant dans lequel elle était enfermée. C'est une femme qui a compris qu'elle pouvait être libre.
Comment avez-vous préparé votre rôle ?
J'ai revu le film d'Elia Kazan par morceaux pendant les répétitions pour essayer de faire quelque chose de différent. J'ai eu la chance de jouer de grands personnages classiques et je me suis toujours documenté sur les interprétations précédentes pour créer quelque chose d'intime. Là, l'enjeu était de taille. J'ai essayé de conserver l'érotisme des années 50 en le rendant plus audacieux, plus cru, plus explicite. Susciter l'excitation chez le spectateur et jouer avec ça. Mais sans en montrer trop. Le public anticipe les réactions de Baby Doll et Vacarro alors qu'ils vont aller dans une autre direction. Mais rien que le fait d'avoir imaginé ces réactions, ça a rendu les spectateurs vivants, ça les a tenus éveillés.
... A MARCEL PROUST
Vous êtes également sur la scène de la Comédie des Champs-Elysées pour des lectures de Proust...

Là, c'est un travail complètement différent. Adeline Defay, la directrice des éditions de livres audio Thélème, a enregistré des lectures de grands auteurs avec des comédiens dont je fais partie. Elle a sorti récemment 100 CD de lecture de toute la « Recherche du Temps perdu » de Proust. Pour l'opération « Lire en fête », elle organisait des lectures vivantes gratuites avec quelques-uns des comédiens qui avaient participé à ses livres audio, et j'avais alors lu Proust. A chaque fois, il y avait une liste d'attente énorme. Adeline s'est alors dit qu'il fallait en faire un spectacle. Elle a choisi trois natures de comédiens différentes, pour des publics différents : Bernadette Laffont, Robin Renucci et moi.
Que pensiez-vous de Proust ?
Je ne le connaissais pas bien, mais c'est un maître. Sa lecture m'apprend à être plus concentré sur les choses, sur les gens, à ne pas m'arrêter à la première vision, à m'intéresser à ce que la personne pense, à ce qu'elle montre d'elle ou ne montre pas, à imaginer la face cachée de l'autre. Proust nous entraîne à aimer le détail, à aimer toujours plus, être avide du monde. C'est une recherche active vers la profondeur des gens. Son écriture est tout le temps dans l'action, il va au fond des choses et fait partager tout un panel de sensations. C'est une belle leçon sur la vie. Sa démarche littéraire correspond à ma démarche théâtrale, à savoir ne pas se contenter de passer sur les choses, mais les laisser nous bouleverser. On va au théâtre pour être surpris, être bouleversé, aller à l'essence de l'humain pour se découvrir soi-même. Le théâtre est une piqûre de vie.
Quels sont vos projets ?
Cet été, je tournerai la série policière « Sur le fil » sur France 2 où je joue un flic dans l'ambiguïté constante. A la rentrée, je serai au théâtre du Rond-Point dans « Ordet » de Kaj Munk mis en scène par Arthur Nauziciel qu'on a joué à Avignon, avec notamment Pascal Greggory. Une pièce magnifique à l'esthétique forte. Puis, courant automne 2009, je partirai en tournée avec « Les Nuits blanches » que j'ai mis en scène et les lectures de Proust. Sans oublier la tournée « Baby Doll » en février-mars 2010. Enfin, avec ma compagnie, nous avons des projets de théâtre passionnants à mettre en œuvre, car servir le désir de l'autre, mais également l'initier, c'est ça que j'aime...
XAVIER GALLAIS EST ACTUELLEMENT AU THEATRE DANS...
Marcel Proust
Extraits de "A la Recherche du temps perdu"
Lecture par Bernadette Lafont, Robin Renucci et Xavier Gallais
Reprise du 18 octobre au 28 décembre 2009
Théâtre La Bruyère
5 rue La Bruyère 75009 Paris (Métro Saint Georges)
& en tournée en France
Réservations, dates & horaires sur Fnac Spectacles, partenaire de CultureCie
"Baby Doll"
De Tennessee Williams
Version scénique : Pierre Laville
Mise en scène : Benoît Lavigne
Avec Mélanie Thierry, Xavier Gallais, Chick Ortega, Monique Chaumette et Théo Légitimus
Depuis le 20 janvier 2009 et jusqu’au 28 juin puis en tournée
Du mardi au samedi à 21heures, matinées le samedi à 17h30 et le dimanche à 16 heures.
Théâtre de l’Atelier
Place Charles Dullin, 75018 Paris
Tarifs : de 11 à 47€ environ
Location : 01 46 06 49 24
Location web : www.theatre-atelier.com / Fnac Spectacles, partenaire de CultureCie
Proust lu en Livre audio...
"A la recherche du temps perdu : L'Intégrale par Marcel Proust". Coffret paru le 18 octobre 2006. 365€. 347€ env. sur Amazon