Zen Zila : "le moteur, c’est l’aventure humaine."
Ces deux-là aiment la tchatche. Pas pour « se la jouer ». Juste pour profiter de la rencontre, de l’échange. « Juste » ? Façon de parler. En ces temps d’individualisme forcené et de course à la réussite, Wahid et Laurent, du groupe Zen Zila, avancent à leur rythme. « Tranquilles, sans pression », comme ils disent.
En artisans généreux, chaleureux, les Zen Zila sont porteurs de messages simples mais toujours actuels. Riches d’origines multiples et d’un but commun : aller à la rencontre des autres, quels qu’ils soient, bâtir des ponts, créer des liens. Avec ce nouvel album intitulé « Gueules de terriens », Zen Zila s’oriente davantage vers la scène, le spectacle. Du rock de la casbah, bon comme là-bas, secoué et optimiste, que le groupe présentera le mercredi 5 novembre à 20 h au Café de la danse.
CultureCie les a rencontrés au siège d’Universal Music, non loin du Panthéon. Le temps de fumer une cigarette à la fenêtre et ils sont disponibles, chaleureux, ouverts. La discussion a duré longtemps. Elle aurait pu se prolonger tard dans la soirée si, brusquement, Wahid ne s’était souvenu d’un direct prévu à Beur FM. Petite secousse sismique. Le temps d’appeler un taxi et les voilà partis, un rien angoissés : « Oh la la, putain, on va se faire tuer… ».
Rencontre avec des Terriens qui ne font pas la gueule.
Comment est né le groupe Zen Zila ?
Wahid : On travaillait près de Lyon sur un projet socioculturel, le montage d’un spectacle avec des jeunes. On s’était rencontré, mais on ne se connaissait pas. Puis on s’est retrouvé à une terrasse de café et on a entamé une discussion qu’on a encore aujourd’hui, quinze ans après. La conversation, c’était pourquoi on était dans la musique, plus que la musique elle-même. Comme on est des gens assez pudiques, on s’est dit qu’il n’y avait pas de hasard.
Laurent : Quatre ou cinq ans après, c’est la création de Zen Zila, en 96 ou 97. On a fait les clubs, les festivals. C’était plus simple de tourner que maintenant. On a envoyé un CD à un producteur indépendant et…
Wahid : Ah non, la première maquette, on l’a faite quand j’ai demandé mon treizième mois ! Enfin, le premier album est sorti en 2000 chez Naïve, les trois suivants chez AZ.
Une question que l’on vous a sans doute posée déjà mille fois, mais que signifie ce nom, Zen Zila ?
Wahid : Pendant longtemps, on n’avait pas d’autre réponse que la sonorité. Et jusqu’à vendredi dernier, on était persuadé que cela signifiait « secousse sismique », en arabe. Je suis tombé sur un érudit qui m’a expliqué que « zen zila » désignait une secousse tout court, qu’elle soit émotive ou amoureuse. On en revient au hasard : c’est tout nous, ça, des secoués. On est des secoués, on secoue les choses.
Une de vos chansons parle de « festif corrosif au bonheur dépressif ». Est-ce que cette phrase vous qualifie bien ?
Wahid : Plutôt oui ; Laurent est dans le festif corrosif, moi dans le bonheur dépressif…
Laurent : Le problème avec tous ces mots, c’est qu’ils sont galvaudés et vous posent une étiquette. Le côté festif, ça commençait à nous gaver. Et puis ça veut dire quoi engagé ? Évidemment qu’on en a marre, marre des étiquettes, marre de voir certaines choses…
Wahid : Moi, je suis toujours travailleur social à mi-temps, à Lyon. Parce que je ne veux pas de ce monde où chacun reste dans sa « caste », où tout le monde devient l’ennemi de tout le monde. On le pose là notre engagement : on n’a pas envie de devenir des types qui parlent de ce qu’ils ne connaissent plus.
Les chansons de l’album transmettent un véritable sentiment de bonne humeur et de gaieté. Vous êtes donc optimistes ?
Wahid : Bien sûr, nous sommes des gens optimistes qui nous exprimons par la musique. Il y a plein de choses qui nous rendent optimistes.
Laurent : Et puis on n’a pas le choix. On vient de familles qui ont traversé tellement d’épreuves qu’on n’a pas le droit de ne pas être optimistes. En même temps, on a eu la chance d’avoir des parents qui nous ont poussé à faire des études parce qu’ils avaient compris que sans ça, sans l’accès au savoir, aux mots, on ne peut rien faire. Et puis en banlieue, puisqu’on vient de là, les gens adorent rigoler. Mes plus belles années, je les ai vécues là-bas.
Wahid : Bien sûr, une fois qu’on est entré en contact, je le vois bien dans mon boulot, on ouvre la porte à l’humain. Arriver à créer du lien, des ponts : ça, ça me rend optimiste. Zen Zila, c’est peut-être ça, un lien entre plein de gens de cultures différentes : c’est ce qu’on a fait, c’est ce qu’on est.
Vous transmettez aussi beaucoup de valeurs dans cet album…
Wahid : Oui, et on va jusqu’au bout. On parle de paix, de tolérance. Et ceux que ça ennuie quand on parle de valeurs, on les emmerde !
Le titre de l’album, « Gueules de terriens », est-il une référence à la chanson de Moustaki ?
Wahid : Non, c’est un hasard. On voulait écrire une chanson dans la plus pure tradition française. Et on a choisi ce titre pour tout ce qu’il représente. Parce que regarde, on a des gueules de terriens, non ? Et à partir de là tout devient possible. Laurent est juif arabe. Moi je suis musulman, fils de militant FLN. Et pourtant, tu vois, on s’est rencontré.
Par la musique…
Laurent : Oui, par la musique. Parce que la musique c’est aussi l’ouverture à la culture, aux mots, à la réflexion. Mais le véritable moteur de toute cette histoire, qui dure depuis plus de quinze ans maintenant, entre nous et aussi avec les autres, c’est l’aventure humaine.
Comment travaillez-vous pour écrire vos chansons ?
Laurent : Ce qu’on préfère dans ce travail, c’est la phase de composition. Mais il n’y a pas de règle. Chacun apporte un bout de musique, ou un début de texte, et on part de là. En général dans une cuisine, c’est la pièce dans laquelle on travaille le mieux.
Wahid : La seule vraie règle, c’est que plus on avance, moins on est dans le compromis affectif. On n’a plus à prendre de gants avec l’autre, on peut dire franchement les choses. On peut même parfois s’engueuler, mais on est toujours à l’écoute de l’autre.
Cet album, en plus d’une reprise de Dutronc (« Le temps de l’amour ») contient un morceau que vous interprétez avec Rachid Taha, « Galouli ». Une belle rencontre ?
Wahid : Extraordinaire ! Rachid est lyonnais comme nous. Adolescents, on l’écoutait quand il était avec son premier groupe. Je te parlais de « pont » tout à l’heure. Rachid a été l’un de nos premiers ponts vers autre chose. Quand on s’est lancé dans la musique, on s’est croisé plusieurs fois. Un jour, j’ai pris mon courage à deux mains et je lui ai envoyé un SMS, lui demandant s’il acceptait de chanter sur une de nos chansons. Il m’a renvoyé un texto : « Avec plaisir ». Je suis venu avec un texte, on a été en studio et à la première prise, c’était bon. C’était pour nous un rêve de gone (NDLR : un gamin, dans le parler lyonnais) qui se réalisait.
Poursuite du rêve de môme...
Au Café de la danse le mercredi 5 novembre à 20 h
5 passage Louis-Philippe 75011 Paris
M° Bastille
Réservations sur Fnac Spectacles
Dans les bacs…
Zen Zila
« Gueules de terriens »
Depuis le 6 octobre 2008
13€
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