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« Le Roman du loup » : histoires d’un malaimé
Claude-Marie Vadrot, ancien chroniqueur au « Canard » livre une passionnante histoire du loup dans un récit agrémenté de légendes, chroniques d’époque, poèmes et autres nouvelles. Ce noble canidé fascinant mais si malaimé et incompris est ici réhabilité par un amoureux de la cause animale qui remet les choses en place en dézinguant ces croyances tenaces colportées par l’Eglise. Passionnant !
Par Franck Bortelle
Qu’il s’agisse d’en exagérer la voracité (« une faim de loup »), de le pointer comme élément perturbateur (« le loup dans la bergerie »), de le métaphoriser pour désigner un assaillant (« les loups sont entrés dans Paris »), de lui faire endosser toutes les noirceurs à commencer par celle, maléfique, de la nuit (« Entre chien et loup ») ou de traduire sa discrétion par de la roublardise (« A pas de loup »), rien dans notre langue évoquant le loup n’est positivement connoté à son endroit. Aucune expression pour souligner son regard profond, sa démarche chaloupée, son élégance innée, son sens de la famille sans parler de sa fulgurante beauté. Paradoxe absolu dans une société pourtant tellement cynophile.
Depuis toujours, les légendes, fables et récits, en dépit de l’idolâtrie des Romains pour la louve de Romulus et Remus à laquelle ils doivent d’exister, ont assigné le loup dans le rôle du ridiculisé de service ou, pire, celui de l’ennemi à abattre. Il n’y a guère que Vigny qui dans son admirable poème « La Mort du loup » honore ses qualités fantastiques pour mieux terrasser de sa plume ceux qui se croient des hommes (« débiles que nous sommes ») en le massacrant.
La peur du loup semble aussi ancienne que la peur tout court. L’ange musical, Hélène Grimaud, en esquissait quelque chose dans son premier livre, « Variations sauvages ». Si, de l’antiquité, peu d’éléments sont parvenus jusqu’à nous de la coexistence de cet animal avec l’homme, le Moyen-âge, grâce aux registres d’époque, révèle un nombre impressionnant d’informations. Plus impressionnant encore, leur contenu. S’arrêtant à l’orée du 21ème siècle après avoir balayé époques, tendances et régions, Claude-Marie Vadrot va faire (sur)vivre sur 250 pages cet animal étonnant. Un tour d’horizon exhaustif pour faire connaître le loup dans son rapport complexe à l’homme, celui-là même qui a « inventé Dieu mais l’inverse reste à prouver » comme dirait Gainsbourg… Eh oui, il faut bien que Dieu s’en mêle. Et sur ce coup-là, s’emmêle surtout. Car c’est en fouillant dans les recoins sombres des croyances toutes plus confondantes de débilité les unes que les autres, que l’auteur va mettre en lumière ce qui a provoqué la quasi éradication de cet animal, orientant sans ambages son récit vers le brûlot anticlérical, même si les propos font montre d’une sincère objectivité.
L'homme, un loup pour l'homme...
Car une simple énumération des faits, si emphatiques à force d’être apocryphes, si invraisemblables d’hypocrisies se suffit à elle-même pour que le message soit perçu fort et clair. Dans cette phase du récit le livre de Vadrot prend toute sa saveur. Et quand il harangue les parlementaires, c’est même l’ancien chroniqueur du « Canard Enchaîné » qui montre les dents. Son bouquin se dévore comme un roman d’aventures, même si en l’occurrence l’aventure en question est semée de destructions, de jugements à l’emporte-pièce et massacres qui en découlent.
Pour ce faire, Vadrot fait parler l’animal. Un anthropomorphisme pas très astucieux, même s’il ne se décline pas en d’abêtissants propos digne des vieilles gâteuses trimbalant dans la rue leur chiwawa à la houppette nouée d’un élastique rose fluo. Passé ce petit détail qui heureusement ne parasite pas le propos, la délectation dans la passionnante histoire de ce noble animal qui continue de fasciner les populations est totale.
Même si aujourd’hui les jeux vidéos ont remplacé sur les tables de chevets les contes de Perrault et Grimm, colporteurs des pires maux sur le loup dans les consciences collectives, l’animal qui dévore les jeunes filles enchaperonnées de rouge n’en finit pas de fasciner. Probablement, et Vadrot réussit fort bien à nous faire toucher cette corde essentielle, parce que le loup semble avoir tendu aux hommes un miroir de leurs propres fantasmes : par son comportement si évolué, tissé à la fois d’indépendance et d’amour filial - une fascination qui n’est pas sans rappeler l’analyse que Kristeva faisait de nos rapports aux monstres… qui évidemment ont été créés de toutes pièces par l’Homme, comme des projections de ce qui leur est « étranger à eux-mêmes ». Une concurrence que l’homme ne lui aura finalement jamais pardonnée ?
A noter absolument…
Le Roman du loup de Claude-Marie Vadrot Editions du Rocher Paru le 13 novembre 2009, 19€90 Commander le livre sur Amazon
pour CultureCie.com

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