« France Gall, le destin d’une star courage » : quelles leçons de « savoir vivre »
Alors que « Starmania » revient au goût du jour version années 2000, la biographie que consacraient Grégoire Colard et Alain Morel à France Gall en 2007 reparaît en poche, chez J’ai lu. Malgré le plaisir pris à suivre le parcours hors du commun de cette « petite » devenue une femme d’exception, on se prend à penser que France Gall méritait mieux que cette bio qui n’apporte aucun éclairage sur ce qu’elle a chanté pendant quarante ans.
« Quelle affaire si demain tout est perdu, du moment qu'on a vécu. Le secret c'est (…) de savoir vivre » chantait-elle dans l’album « Débranche » en 1983. Savoir vivre. Toute la philosophie de vie de France Gall se résume dans ces deux mots. Cette vie qui lui aura tout donné puis tout repris. Son père, son mari, sa fille, sa santé, ses amis. Elle tombe mais se relève, surprise d’être encore là et donc bien décidée à en profiter coûte que coûte. Pour ses enfants, pour la musique, pour les autres. Renforcée par les épreuves qui en auraient terrassé plus d’une, elle continue. Une femme qui chante « Bats toi » et « Résiste » ne peut pas se laisser dominer par des envies de mort.
Grégoire Colard et Alain Morel nous racontent le destin hors du commun de celle qui aurait pu n’être qu’une petite fille de Français moyens. Mise devant un micro très jeune sous l’ombre tutélaire de son père, elle enchaînera les tubes, les tournées, les honneurs, un prix Eurovision qu’elle chantera en plusieurs langues. L’insouciance de l’époque calque celle de cette lolita dont Gainsbourg se rira en lui faisant chanter les pires horreurs. Pas seulement les fameuses « Sucettes », mais aussi le suicide au LSD de « Teenie Weenie Boppie », les ravages du temps sur « Baby Bop » ou encore ces amours qui finissent mal en général, celles de « Attends ou va t’en » que France offrira dans une sublime version live trente ans plus tard, en le ponctuant d’un sibyllin « Elle est bien celle-là, non ? ».
Adulée au Japon où elle provoque l’hystérie, numéro 1 outre-Rhin avec des titres fort bien chantés dans la langue de Goethe (qu’elle ne parle pourtant pas) mais aussi plus tard avec le désormais mythique « Ella elle l’a », elle sera surtout la chanteuse préférée des Français grâce à son Pygmalion Michel Berger. Le couple se forme en 1974. La mort les sépare en 1992. Dix-huit ans d’une des plus belles collaborations artistiques que l’Hexagone ait connue (« Il jouait du piano debout », « Starmania », « Babacar »…). Dix-huit ans d’un professionnalisme absolu que n’entachera jamais la moindre fracassante révélation qu’attend avec avidité la presse de ce couple, hors norme à force de normalité.
C’est donc un immersion inédite dans l’intimité de ces deux grands discrets que propose ce livre, contournant l’écueil du scoop à tout prix, préférant la pudeur et surtout l’inaltérable admiration qui pourtant ne fait pas sombrer le récit dans l’emphase hagiographique. On regrettera cependant que cet ouvrage, qui se lit d’une traite, se contente, dans un style assez pauvre, d’une linéarité facile et factuelle. Agrémentée de quelques éléments plus analytiques sur cette fusion artistique et cette aventure humaine, cette biographie aurait gagné en
épaisseur. Que France et Michel aient interprété ensemble « Superficiel et léger » n’enlève en rien la profonde noirceur de leur œuvre. Elle n’est pas assez présente ici pour faire de cette bio une vraie référence.
A noter…
« France Gall, le destin d’une star courage », par Grégoire Colard et Alain Morel
Aux Editions « J’ai Lu »
Parution le 3 juin 2009
216 pages, 6€ env.
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