« Le Désespoir des singes et autres bagatelles » : Françoise Hardy, incurablement sentimentale
Après un carton à sa sortie, l’autobiographie de Françoise Hardy arrive en tête des ventes de sa catégorie dans le format de poche. Un bouquin sans concession qui lève un peu le voile sur une artiste à part, mystérieuse et qui ne craint pas de s’attirer certaines antipathies.
Par Franck Bortelle
De la pudeur, de la discrétion, un voile de mystère qui émane même de son regard évanescent, son absence des scènes depuis plus de trente ans : Françoise Hardy est un être à part. Un rire tonitruant qui masque une confidence qu’elle gardera pour elle, un silence sibyllin. Pas facile à apprivoiser. Peut-être que finalement, tout est dans ses chansons… Ses chansons… Plusieurs centaines de titres dans toutes les langues. Bien sûr l’incontournable « Tous les garçons et les filles » qui la propulse aux sommets des charts en 1962 et dont, à l’instar de Romy Schneider avec les « Sissi », elle n’aura de cesse ensuite de se débarrasser en refusant même de l’intégrer dans ses compilations. Tout Françoise Hardy est là. Remise en question, insatisfaction, débarrassage de plancher quand les choses l’ennuient.
Ses chansons nous en disent long sur cette femme pas aussi sûre de soi qu’elle peut le laisser paraître. La fragilité de la voix (qu’elle a toujours eu l’honnêteté de reconnaître) calque à merveille avec celle, moins exposée, du personnage. Pourtant, « Les Madeleines » (sur l’album « Le Danger »), « Partir quand même » (album « Décalages »), « Moi vouloir toi » ou encore le lauréat de la Victoire de la Musique « Fais-moi une place » (meilleure chanson de l’année en 1991) ne souffrent d’aucun doute. Françoise Hardy est une incurable sentimentale. Mais qui se cache derrière cette énigmatique amoureuse ?
Les 400 pages vont répondre en partie à cette question. En levant un pan du mystère, elle le consolide plus encore. Car, elle va de révélations en ellipses. Forcément déstabilisante, cette éviction de tant de belles choses qu’on aurait évidemment souhaité voir évoquées par la principale intéressée. Ceux qui connaissent très bien son œuvre immense et pléthorique resteront un peu sur leur soif d’en savoir plus sur ses inspirations, sa manière de travailler ses textes. Les autres découvriront un personnage complexe, pas toujours attachant. Car Françoise Hardy n’use pas de la langue de bois. A commencer avec elle-même.
Incurablement sentimentale, mais aussi éternellement insatisfaite. Les mots ne sont pas toujours tendres, notamment sur le résultat final de ses chansons. Ils le deviennent dès qu’elle parle de ses proches : Jacques Dutronc bien sûr, ce fou génial indomptable, leur fils Thomas évidemment. Mais aussi Serge Gainsbourg dont elle fut si loin et si proche à la fois. Et Sylvie Vartan, Mireille, Etienne Daho, Gabrielle Yared, Michel Jonasz… Mais aussi les gens de l’ombre. Si le style est parfois un peu lourd (des phrases démesurément et inutilement longues), cet autoportrait se lit avec avidité. Ce sont 40 ans d’histoire de la chanson française que nous fait partager celle qui les a si magnifiquement traversés.
A noter…
« Le Désespoir des Singes et autres bagatelles »
De Francoise Hardy
Paru en poche chez J’ai lu le 25 mai 2009
435 pages, 7€
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