« Mylène Farmer, des mots sur nos désirs » : Vacuité… c’est laid !
Une bio de plus, et une des pires, sur l’indétrônable icône de la pop française. Criblé de coquilles et virant à l’hagiographie lénifiante, ce très mauvais bouquin n’est bien sûr pas même soutenu par une véritable analyse de l’œuvre de la fausse rouquine. Une telle accumulation de banalités devrait même réussir à éloigner les fans les plus aguerris, tout au moins ceux dotés d’un sens critique sur leur idole.
Par Franck Bortelle
Dans l’exercice de la biographie, le remplissage de vide, la vacuité comme acmé de la création prennent souvent des allures de nauséeux mercantilisme, notamment lorsqu’il s’agit de combler le manque existentiel de fans en mal de nouvelles de leur idole. Avec Mylène Farmer, qui a érigé la discrétion et le mystère en postulats, les biographes se frottent les mains. C’est à qui sortira « sa » version du phénomène Farmer. Ainsi, ce fan qui a fait le pied de grue des semaines entières au pied de l’immeuble de la chanteuse pour l’entr’apercevoir une demi-douzaine de fois et sortir un bouquin de sa fracassante expérience. Triste et débile, à l’image (toute proportion gardée bien sûr) de cet autre qui flinguera le standardiste de chez Polydor, énervé du silence de la chanteuse face à ses missives.
Mylène Farmer est une poseuse de bombes. Les plus explosives qu’elle a amorcées sur les ondes radiophoniques : « Libertine », « Désenchantée », « L’Instant X », « Souviens-toi du jour », « QI », et en ce moment l’archi tubesque « Sex Tonic ». Sans parler de celles qui auraient pu exploser, « Pas de doute », « Méfie-toi », ces deux manifestes à la supériorité féminine dans le sexe et restées au fond des albums.
Des bombes de sexe. Des bombes de provocation. Des bombes de mort. Pour quelqu’un qui n’a rien d’une bombe sexuelle, dont la timidité vire à la pathologie, sans pour autant avoir des penchants suicidaires, quel paradoxe ! Et pourtant… Les chansons de Mylène Farmer, bourrées des plus subtiles références, des jeux de mots les plus classieux, au phrasé chic et choc ne nous parlent que d’elle. Leur écrin est le fait d’un diable incarné de l’efficacité mélodique. A eux deux, ils sont les rois des ondes radiophoniques.
Mais sur scène, c’est la cata. Elle ne chante plus, elle miaule. Parfois même elle miaule faux. Souvenir vécu à Toulouse en 1996 pour « Je t’aime mélancolie » massacré par Mylène herself. Et pourtant… Malgré cette voix pas franchement faite pour le live, elle met en boîte une monumentale version pop techno de « Désenchantée » dans le « Mylenium Tour », elle enflamme le Palais des Sports avec un décoiffant « Déshabillez-moi », elle offre un tétanisant « Ange parle-moi » qui s’envole à Bercy. Ses entrées sur scène sont fracassantes et pendant deux heures c’est le délire absolu.
Lettre ouverte…
Y’a-t-il quelque chose à cacher de tout ce qui précède ? Les vraies stars ne sont-elles pas celles qui rendent indispensable pour l’édification de leur mythe ce qui constitue le pire de leurs défauts ? Mylène Farmer ne sait pas chanter sur une scène, M. Chuberre. Mais elle le fait et elle remplit des stades pour des concerts dont les places se vendent à plusieurs milliers de tickets par minute dès l’ouverture des réservations !
Non, M. Chuberre, Mylène Farmer n’est ni infaillible, ni parfaite. Ses forces mais aussi ses faiblesses composent son personnage. Le reconnaître, c’est autant l’humaniser que la rendre plus inaccessible encore. Que ne vous êtes-vous rendu complice de ce paradoxe au lieu de nous asséner ces flots de platitudes avec pour seul dessein une idéalisation de votre modèle. Vous prétendez dans le communiqué de presse, apporter « Un coup de projecteur totalement inédit sur l’œuvre de M.F ». Pour un coup, c’est un coup. Dur, même, avec un projecteur qui ne fait pas dans la débauche de lux. Quel ennui face à ce néant béant ! Quand ce n’est pas carrément la colère. Colère devant tant de pauvreté stylistique, colère devant tant de coquilles qui parsèment ces 250 pages (non M. Chuberre, on ne dit pas « taper du poids sur la table » et la « Une des journaux » n’est pas la « une des journaux », sans parler des phrases dénuées de sens qui sont légion dans votre bouquin !). Mais aussi et surtout colère face à la vacuité là où l’on était en droit d’attendre une véritable analyse, sensée et érudite, du phénomène Farmer. Vous confondez paraphrase et commentaire ! Vous pensez apporter un angle d’analyse sur un clip en en faisant le résumé ! Mais mon Dieu, à quoi vous servez ?
Eh bien non, l’ouvrage référence sur Mylène Farmer n’est pas encore né. A quand une véritable exégèse de ses textes aux sibyllines dualités sémantiques ? Ils le méritent assurément. A quand un vrai travail surtout, pour mettre en lumière de Mylène Farmer ce qui est vraiment elle : ses écrits ? Finalement, ce bouquin qui ne mérite que le pilon n’est là que pour donner à des fans bêtats ce qu’ils attendent : du passage de rhubarbe (barbante) et séné (et asséné), un concert de dithyrambes sur celle qu’ils se contentent plus souvent d’entendre que d’écouter, sans comprendre qu’elle est l’âme et le cœur de ses chansons parce qu’elle les écrit. C’est ça être auteur, Monsieur Chubere…
Penser à ne pas acheter…
« Mylène Farmer, des mots sur nos désirs »
Par Erwan Chuberre
Paru le 18 juin 2009
Editions Alphée
250 pages
19€
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