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« Keith Me » : le rock n’roll d’Amanda Sthers
Il ne faut pas se fier à la blondeur de l’auteur. Pas plus qu’à son apparente fragilité de trentenaire. Amanda Sthers a la plume acérée et ses mots frappent fort. Ne vous attendez pas à un portrait fidèle du guitariste des Rolling Stones, Keith Richards ; pas plus qu’à un discours de groupie. Mais vous pouvez embrasser sans retenue l’étonnant « Keith Me » : entre amertume, cocaïne, pesanteur des amours mortes et étincelles des lendemains, ce roman pourrait bien vous surprendre.
Fin août 2008, Amanda Sthers débarquait dans la rentrée littéraire avec son quatrième roman. Oui, un roman et non pas une autobiographie amoureuse ou le journal intime d’une rupture. Que les choses soient claires : il s’agit certes d’une femme, Andrea Stein (mêmes initiales que l’auteur, oui oui), en plein divorce, malheureuse, trahie, en colère, esseulée, passablement incomprise et désemparée… Elle trouve un pendant à ses douleurs : le rock de Keith Richards, lui-même assez mal mené par la vie derrière le fard des paillettes. Andrea glisse dans la peau parcheminée du musicien, l’éternel second des Stones. Le lien avec la vie privée de l’écrivain était certes facile. Trop facile. Il n’est pas question ici d’étaler les détails d’une séparation, mais d’évoquer les douleurs de la rupture amoureuse dans sa dimension universelle. Une vie qui s’écroule et qu’il faudra reconstruire malgré les cicatrices, tel est le thème. Quoi de plus commun, célébrité ou pas ? Pour le reste, voir « Voici », si cela vous passionne vraiment…
La critique [décoiffée] d’A-Laure B.
Toucher le fond et rebondir, se droguer à l’excès et planer, aimer, fonder une famille et être abandonné, ne pas avoir de valeur aux yeux des êtres chers et aimanter les foules… Tout dans « Keith Me » porte sur les oppositions. Des oxymores qui séduisent, s’attirent, se confondent. Keith Richards, homme médiatique à la carrière éclatante, et Andrea Stein, jeune femme ravagée par le chagrin d’une rupture que personne ne considère vraiment, finissent par n’incarner qu’une seule et même personne. Mieux, ils deviennent le porte drapeau asexué des sentiments humains. Au-delà du thème, classique, de la part narcissique que l'aimé renvoie à l'autre, « Keith me » fait parler l'amour, tout court - l'individualité confondante de l'amour. Qu’importe au bout du compte qui parle dans « Keith Me » puisque tout vibre, fait écho, électrise. Le rockeur et la jeune femme se mélangent jusqu’à l’indissociable sans que leurs propos ne perdent pour autant en vraisemblance. Bravo !
Le roman est court, ou disons qu’il se dévore trop vite. Dans l’histoire, le temps presse. Il creuse des vides, souligne les manques, anéantit les certitudes. Le temps des absences, comme celle des enfants d’Andrea Stein, est donc à fuir. La jeune femme s’empresse de se griser, par exemple, à l’instar de Keith qui se bourre de drogues pour ne plus voir la réalité, cette étrangère. Il faut de l’action, de la vie plein les poumons. Peu importent les artifices utilisés pour la recréer. Le récit file donc à toute allure comme une ligne de cocaïne disparaît dans une habile inspiration. Ni vu ni connu. Tout le monde y trouve son compte.
Le temps ne prend pas de gants. Les propos de l’écrivain non plus. Ses mots sont savamment choisis. Pesés. Certes justes, touchants ou efficaces, ils s’habillent quelquefois d’une cruauté acide, sans pour autant verser dans la gratuité. Pourtant parfois elle crie, Andrea Stein. Qu'elle a mal. Personne ne comprend et tout le monde en prend pour son grade, à coup de volée verbale. Chacune de ses répliques douloureuses est un appel à l'aide. Sous les traits de Keith, elle lâche une colère mêlée de détresse et de solitude. Une rage qui n'épargne personne. Impudique règlement de compte ? Non. Ou cri de fureur contre l’humanité entière, contre l’amour (en général) qui donne des ailes puis (en général) les brise ? Ode au chagrin ? Non. Juste un portrait. Hymne à la vie ? Davantage, peut-être. Mais hymne en filigrane, car le chemin est d’abord parcouru les genoux ensanglantés, l’estomac lourd d’un vide envahissant… pourtant c’est aussi l’horizon que l’on retient de « Keith Me », même s’il faut du temps, avant que les yeux ne puissent se relever, et le fixer. Keith et Andrea désignent une route, les leurs finissent par se croiser, se mêler, se confondre, un temps au moins. Et pour ce qui est de savoir si cette voie est la bonne… La vie, comme le rock, est un risque à prendre.
Extrait choisi…
« Keith. Keith. Keith Richards. Oui, je suis ce visage étouffé de rides, criblé des chemins qu'il n'a pas choisis, des vies qu'il a prises dans le ventre. Oui, je suis cet homme comme je suis les femmes qu'il a aimées. Oui, je sens son chagrin et j'aime son sourire. Mille fois Mick m'a serrée dans ses bras. Mais c'est Keith que je regardais par-dessus son épaule. Keith penché sur sa guitare. Les Rolling Stones à fond dans ma voiture, la main d'un garçon qui remonte sur ma cuisse. Les Stones dans le salon, je cours derrière mon frère et ma soeur. Le disque saute un peu. Papa chante par-dessus. Les Stones sur la guitare de mon frère. Le poster des Stones dans ma chambre. La langue rose que je tire devant le miroir. Angie qui couvre mon chagrin. Pourquoi on se penche sur un être? Pourquoi on tombe amoureux? Comme ça... Pour toutes les raisons du monde, à cause de nos putains de cerveaux malades. Mais on tombe. On se relève parfois, les genoux écorchés. Keith ne m'a jamais fait mal. On a eu du chagrin tous les deux. Il m'a fait faire des choses que je n'aurais pas osées seule. J'ai peur d'abîmer mon corps, je verse la drogue dans les veines de Keith et j'en prends les effets. Sur le visage, j'ai celui de Keith Richards. Je ne suis pas amoureuse de Keith. Je suis Keith, comme on se regarde parfois de si près dans le miroir qu'on ne se reconnaît pas. »
A noter…
« Keith Me » d’Amanda Sthers Chez Stock En librairie depuis le 20 août 2008 141 pages 14,50€ « Keith Me » d’Amanda Sthers sur Amazon
Auteur : Anne-Laure Bovéron pour CultureCie.com

« Que tous nous veuille absoudre » de Stéphanie Janicot
En cette rentrée littéraire, Stéphanie Janicot a imaginé, sur la place de la Contrescarpe, dans le cinquième arrondissement parisien, l’arrivée d’un garçonnet qui bouleverse la vie des habitants. Oiseau de mauvais augures ou messager divin, le doute s’immisce…




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