« Boomerang », un thriller familial signé Tatiana de Rosnay
Forte de son récent succès international avec « Elle s’appelait Sarah », Tatiana de Rosnay (romancière, journaliste et vice-présidente du Prix Lilas) compte bien rattraper au vol le boomerang de sa notoriété grandissante avec son dixième roman, le bien nommé « Boomerang », paru en Poche début avril 2010.
Avec « Elle s’appelait Sarah », succès mondial vendus à plus d’un million d’exemplaires et dont les droits d’adaptation cinématographique ont été cédés aux sociétés Hugo et Expériences Films (scénario signé Serge Joncour, réalisation orchestrée par Gilles Paquet-Brenner), Tatiana de Rosnay a de quoi se réconforter sur sa position d’écrivain en vogue. En vogue, oui, mais pas en goguette ! Car la romancière est une coutumière des histoires qui se finissent mal… Attendue au tournant, Tatiana de Rosnay ne déçoit pas !
L’esquisse…
Antoine Rey court vers ses quarante-quatre ans. Divorcé depuis un an d’Astrid, il se retrouve confronté à la solitude, à l’absence, au manque. Ses deux adolescents, sur les trois enfants que compte sa tribu, lui donnent du fil à retordre quand il les récupère, un week-end sur deux. Quant à son travail d’architecte, il est plus stressant qu’enrichissant. Une vie déjà bien chahutée, en somme, pour un seul homme. Pourtant Antoine n’est pas au bout de ses mauvaises surprises.
Le jour des quarante ans de sa sœur, Mélanie, il organise une surprise : un séjour sur l’île de leur enfance, Noirmoutier. Mais sur la route du retour, c’est l’accident. Alors qu’elle conduisait, Mélanie, voulant faire part d’une révélation à son aîné, perd le contrôle de la voiture. De cette brutale confrontation à la fragilité de la vie remonte questions et bribes de souvenirs, amorcés pour eux deux par les marées qui engloutissent le passage du Gois. Leur mère, décédée trente-cinq ans plutôt, leur est apparue comme un mystère. Ce désagréable sentiment s’érige de jour en jour comme une préoccupation dévorante, insupportable. Face à l’absence maternelle, se dresse un père écrasant, froid. C’en est trop pour Antoine. Aussi quand Mélanie retrouve ses esprits et ce qu’elle voulait partager avec son frère le jour de l’accident, tous deux se mettent en quête de leur passé, cet éternel puzzle aux pièces manquantes.
La critique [enthousiasmée] d’A-Laure Bovéron…
« J'ai sur le bout de la langue, ton prénom presque effacé, tordu comme un boomerang, mon esprit l'a rejeté, de ma mémoire, car la bringue, et ton amour m'ont épuisé. Je sens des boums et des bangs, agiter mon cœur blessé, l'amour comme un boomerang, me revient des jours passés » reprenaient en chœur Dany et Etienne Daho, il y a peu. Antoine, lui, a sur le bout de la langue le prénom presque effacé de sa mère, Clarisse. Et dans son cœur blessé par sa récente séparation s’agitent des douleurs nouvelles, émanant du passé soigneusement rangé dans les tiroirs d’une famille bien pensante du 16e arrondissement de Paris. Ces maux sont comme le boomerang qui vous revient en pleine figure aussi violemment que vous l’aviez envoyé au loin. Assommé par les réminiscences, les drames qui s’amoncellent, le précaire équilibre semble se rompre, avant d’attiser farouchement chez Antoine le besoin de vérité, le désir d’avancer aussi. Et pour ce faire, le protagoniste trouve de singuliers alliés …
Avec « Boomerang », Tatiana de Rosnay esquisse une surprenante et réjouissante galerie de portraits. Elle constitue comme la seconde trame du roman. Des personnages tour à tour émouvants, exaspérants, fantomatiques mais toujours vraisemblants entre lesquels déambule Antoine. Le parcours de ce quadragénaire est touchant. Et une fois encore, plus que crédible.
Des scènes de réflexions ponctuent le récit, et au moment où le besoin d’action se fait sentir, elles arrivent en trombe et avec justesse. Porté par une écriture fluide, rythmé par des dialogues assez savoureux, le récit ne cesse de rebondir, d’éclairer des zones d’ombres et de pousser le héros aux pieds de murs… qu’il se devra de franchir pour toucher à sa vérité. Aidé par Angèle Rouvatier, embaumeuse et motarde rencontrée au chevet de sa cadette, et qui le chavire autant qu’elle le maintient à flots, il part à la conquête de sa mère, de ses enfants, de son propre rôle de père, de sa dignité d’homme. Cette belle brune s’illustre à la fois comme le piment de la narration et comme l’élément apaisant du roman.
Un livre abouti, protéiforme, attachant et riche en péripéties, bordé de fine psychologie mais aussi d’humour et de larmes… d’amours. Il se dévore d’une traite. Il vous emporte comme les vents qui soufflent sur les plages de la Vendée, hors saison. Il laisse étrangement vidé, rasséréné et enjoué. Si la mort et la mémoire refoulée (thème cher à Tatiana de Rosnay) sont omniprésentes dans « Boomerang », la vie l’est aussi. Et cette pulsion fait la force du livre.
Le petit plus …
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... une héroïne romanesque plus vraie que nature.
A noter …
« Boomerang » de Tatiana de Rosnay
Aux éditions Héloïse d’Ormesson
En librairie depuis le 02 avril 2009
22€, 376 pages.
Paru en Poche chez LGF le 07 avril 2010, 6€60
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Tous les livres de Tatiana de Rosnay sont sur Fnac.com
Site officiel de l’auteur : www.tatianaderosnay.com
Première publication de cet article : avril 2009