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« Ce que je sais de Vera Candida » : Véronique Ovaldé, conteuse d’une dynastie féminine
« Ce que je sais de Vera Candida » de Véronique Ovaldé - dossier Rentrée littéraire 2009. © David Ignaszewski – Koboy & © Rudy Waks. Photomontage CultureCie Studios
Véronique Ovaldé, écrivain et éditrice (chez Albin Michel) revient cette année avec un livre au réalisme poétisé, un roman de femme sur des femmes. Elle interroge les liens entre trois représentantes d’une même lignée, les héritages secrets qui transpirent d’une génération à l’autre et l’émancipation que chacune opère. A travers cette histoire placée sous les augures de la touffeur d’une île tropicale imaginaire, la romancière questionne le statut des femmes.

Par Anne-Laure Bovéron

A l’âge où elle est elle-même mère, Véronique Ovaldé abandonne les histoires de petite fille et d’hommes (comme « Et mon cœur transparent », Prix du livre France-Culture 2008). Forte de cette expérience personnelle, elle a choisi d’explorer de façon romanesque ce qui se transmet d’une génération de femmes à l’autre, et les espoirs que chacune porte pour sa descendance. Pour creuser cette thématique l’auteur s’est entourée de trois personnages féminins : Rose Bustamante, sa fille Violette et sa petite-fille, Véra Candida, dont elle conte les existences dans ce roman. Ici les hommes ne sont pas des pères, des géniteurs tout au plus et dont l’identité est tenue secrète.

Figure de la grand-mère aimante et aguerrie, Rose donne naissance à quarante ans à Violette. Celle-ci connaîtra une courte vie, et étant quelque peu simplette, l’occupera à des plaisirs faciles en compagnie des hommes. De ces agissements naîtra Véra Candida, l’enfant par laquelle un autre destin semble possible. Toutes trois ont vécu sur l’île de Vatapuna, quelque part en Amérique du Sud. Une contrée dont la nature luxuriante et étouffante trahit la destinée des êtres : la mort puis la putréfaction.

Véronique Olvadé. Photo © Noel BourcierDeux ans avant sa majorité, Vera Candida quitte son île pour rejoindre le continent et la ville de Lahomeria. Pour elle de nouvelles aventures se profilent alors. Mais pour autant, cette fuite ne l’épargne pas des turpitudes. La cité lui réserve son lot de déceptions, de difficultés quotidiennes. Le contexte politique et économique n’y est pas plus favorable qu’à Vatapuna, mais au moins, en abandonnant sa terre natale, la jeune femme a pu ouvrir une brèche dans la sombre destinée des femmes de sa famille. Vera Candida incarne la possibilité d’un affranchissement. Et peut-être d’une vie meilleure, plus stable, plus sereine, où les hommes ne sont ni des monstres ni des profiteurs, où la solitude des femmes bat en retraite…

La mise à mort d’une fatalité héréditaire, des « origines tronquées » de ces femmes courageuses et déterminées à assumer leur statut de mère célibataire, est donc au cœur de « Ce que je sais de Vera Candida ». A travers la filiation de ces femmes et leurs épopées mystifiées, Véronique Ovaldé propose une critique de la condition des femmes des XXe et XXIe siècles. Rose, Violette, Vera Candida, figures héroïques s’il en est, se dressent telles « des amazones, des lionnes » (termes fréquemment utilisés dans le livre.) D’ailleurs, la romancière confiait à Sylvain Bourmeau, journaliste pour MediaPart, que son roman portait initialement le titre des « Vies amazones ». L’idée de la révolte pacifiste et individuelle, et l’espoir qu’elle porte, n’est pas loin.

Dans ce sombre récit où les métaphores et comparaisons font montre d’originalité, où la plume de l’auteur se teinte de fantaisie, Véronique Ovaldé ne perd pas des yeux son but : sonder le cœur des humains, des femmes cette fois-ci. Elle signe une belle série de portraits contemporains.


Un extrait choisi…

Quand le minibus démarra, Vera Candida prit une profonde inspiration. Elle colla son visage à la vitre et regarda le paysage de Vatapuna disparaître de sa vue. L’humidité pénétrait les interstices des fenêtres, la surface de la vitre était à la fois glaciale et moite, on eût dit qu’elle avait de la fièvre, les gouttes dégoulinaient par saccades sur le verre rayé. Les cahots de la route taraudaient l’estomac de Vera Candida, elle tente de se concentrer toute vers la colline de la ville pour ne pas penser à sa grand-mère et à la douleur de sa grand-mère – quand elle était enfant elle imaginait son propre enterrement, les éloges qu’on y prononcerait, les épitaphes qu’on lui inventerait et les pleurs qu’on y verserait ; c’était une vision qui l’apaisait et la perçait d’une tristesse magnifique. Mais il était maintenant hors de question de se laisser aller à ce genre de complaisance réconfortante ; Vera Candida fermait la porte à la nostalgie. Il s’agissait d’édifier un mur de brique qui résisterait au souffle du loup ; son front cognait contre la vitre ; elle aurait aimé à force se faire un bleu. »

Véronique Ovaldé, « Ce que je sais de Vera Candida »A noter…

Véronique Ovaldé, « Ce que je sais de Vera Candida »
Aux éditions de l’Olivier
En librairie le 20 août 2009
300 pages, 19€
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Photos
1. Portraits de l'auteur : © David Ignaszewski – Koboy / © Rudy Waks. Photomontage © CultureCie Studios
2. © Noel Bourcier


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Le 26-08-09 - 13:53

Auteur : Anne-Laure Bovéron pour CultureCie.com

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