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« L’Amour est très surestimé » : aux frontières pénétrantes de Brigitte Giraud
Bourse Goncourt de la nouvelle 2007, le recueil de Brigitte Giraud vient de paraître en poche, aux Editions J’ai lu. Une écriture épurée, calme, pour un livre court, trop court, un livre, tout court. Qui écrit le deuil, la rupture, l’infini : onze expériences absolues révèlent le pouvoir de l’amour… et l’impuissance dans laquelle il nous laisse, quand le vide s’empare de l’espace.
« C’est la fin de l’histoire et vous ne le savez pas. Il est là, debout, devant la fenêtre, et vous lui en voulez de masquer la lumière. Ce n’est pas lui que vous voyez mais le jour qu’il empêche d’entrer. » Ça commence par la fin, « la fin de l’histoire », celle que l’on connaît tous, qui arrive sans crier gare et qui sonne une heure qu’on refuse de croire. Brigitte Giraud dépeint les points de non-retour de l’amour avec une acuité de ton qui nous laisse en suspens, alors que la fin, celle-là, on la connaît évidemment.
Mais on ne les connaît pas toutes, car comme elle on a passé un été à attendre qu’une belle au bois de Marie se réveille et si le souvenir, le manque et l’habitude ne sont certes pas des thèmes bien originaux Giraud bouleverse ses lecteurs au cœur d’un universel intime, et sans une goutte de pathos ou d’impudeur. Un dernier « nous » devant les enfants, un masque léger face à un père qu’on protège, des retrouvailles de deux endeuillés avec ce qui ressemble à l’amour ou une dévotion imméritée à un égoïste écrivain… on danse avec l’absence. Et la culpabilité, le désir et l’indicible brossent toutes les facettes du deuil, de ses traces, éternelles.
Le regard est juste, grave, drôle… inconscient. L’écriture est vive, silencieuse, discrète, rageuse. « On dit que la fin est inscrite dans le commencement. La faute à qui alors ? A celui qui a dévoré l’autre ? A celui qui s’est laissé dévorer ? » Les nouvelles elle les donne à son père, à ses enfants, à un amour tout aussi disparu qu’il est éternel. Sur le ton de la lettre, de la confidence, du face-à-face avec l’autre ou avec soi, les détails nous plongent au cœur de ces ombres que l’on a enfouies ou qui nous guettent, fatalement. Alors cette précieuse « quinqua » a bien raison de ne pas avoir peur du ridicule car sa plume aiguisée démêle les tensions de la finitude avec une affolante justesse… dont on tombe éperdument amoureux.
Extraits choisis…
« Les journalistes mettent dans la même phrase les mots rock et alcool. Ils disent «’le chanteur du groupe de rock Noir Désir’. Dans la tête des auditeurs, c’est normal que rock rime avec alcool et drogue, ça ne choque personne. Le rock c’est quelque chose de destructeur. Ça ne peut donc que mal finir. Le rock, c’est dangereux, c’est vivre vite et mourir jeune. Les journalistes auraient pu dire que cette histoire se passait dans l’univers des intermittents du spectacle, dont on a parlé tout le mois de juillet. Le spectacle, ça tue. Mieux vaut travailler à l’usine, sur une chaîne de montage. » (« L’été de l’attente », p.15)
« (…) notre conversation se change en deux monologues qui tournent à vide. Et j’approche du cœur, c’est-à-dire de l’amour, la seule considération qui m’intéresse, je voudrais savoir si tu m’aimes toujours. Et il se passe chaque fois la même chose, tu deviens soudain silencieux, plus je parle et plus tu t’endors. » (« Le jour et la nuit », p.24)
« Nous allons leur apporter la preuve que l’amour n’est rien, rien de ce qu’on avait laissé croire. Nous allons couper court à leurs illusions, leur transmettre le goût de l’inachevé. Nous allons apparaître sous un jour nouveau, minables et coupables, approximatifs. Nous allons encore dire ‘nous’ pour la dernière fois, ensuite nous parlerons comme tous les parents séparés, nous dirons ‘ton père’, nous dirons ‘ta mère’, et surtout nous passerons à la première personne du singulier. » (« Dire aux enfants », p.28)
A noter…
Brigitte Giraud « L’Amour est très surestimé » Bourse Goncourt de la nouvelle 2007 Paru chez Stock en 2007 En poche aux Editions J’ai lu le 20 août 2008
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Auteur : Axelle Emden pour CultureCie.com


Elisabeth Barillé ou le coup de coeur d'Emmanuelle de Boysson
Présidente du Prix Lilas, dont un jury de femmes récompense chaque année une romancière au printemps à La Closerie, Emmanuelle de Boysson collabore à plusieurs journaux dont Marie Claire, VSD, Femmes, Service littéraire et Fémi 9. Romancière et essayiste, cette fringante femme de la rive gauche est aussi mariée et mère de trois enfants. Elle nous livre son coup de cœur de la rentrée littéraire : « Heureux parmi les morts » d’Elisabeth Barillé.




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