culturecie-livre culturecie-art culturecie-theatre culturecie-musique culturecie-cinema culturecie-portrait culturecie-interview culturecie-news culturecie-small-world culturecie-buzz culturecie-edito culturecie-espace-pro culturecie-et-vous



Romans, nouvelles, biographies, polars & autofiction : sorties & critiques...

Voir: Littérature française - Livres : sélection & critiques littéraires
« L’Amour est très surestimé » : aux frontières pénétrantes de Brigitte Giraud
Photo de couverture : d’après Michael Duva © Guetty Images
Bourse Goncourt de la nouvelle 2007, le recueil de Brigitte Giraud vient de paraître en poche, aux Editions J’ai lu. Une écriture épurée, calme, pour un livre court, trop court, un livre, tout court. Qui écrit le deuil, la rupture, l’infini : onze expériences absolues révèlent le pouvoir de l’amour… et l’impuissance dans laquelle il nous laisse, quand le vide s’empare de l’espace.

« C’est la fin de l’histoire et vous ne le savez pas. Il est là, debout, devant la fenêtre, et vous lui en voulez de masquer la lumière. Ce n’est pas lui que vous voyez mais le jour qu’il empêche d’entrer. » Ça commence par la fin, « la fin de l’histoire », celle que l’on connaît tous, qui arrive sans crier gare et qui sonne une heure qu’on refuse de croire. Brigitte Giraud dépeint les points de non-retour de l’amour avec une acuité de ton qui nous laisse en suspens, alors que la fin, celle-là, on la connaît évidemment.

Mais on ne les connaît pas toutes, car comme elle on a passé un été à attendre qu’une belle au bois de Marie se réveille et si le souvenir, le manque et l’habitude ne sont certes pas des thèmes bien originaux Giraud bouleverse ses lecteurs au cœur d’un universel intime, et sans une goutte de pathos ou d’impudeur. Un dernier « nous » devant les enfants, un masque léger face à un père qu’on protège, des retrouvailles de deux endeuillés avec ce qui ressemble à l’amour ou une dévotion imméritée à un égoïste écrivain… on danse avec l’absence. Et la culpabilité, le désir et l’indicible brossent toutes les facettes du deuil, de ses traces, éternelles.

Le regard est juste, grave, drôle… inconscient. L’écriture est vive, silencieuse, discrète, rageuse. « On dit que la fin est inscrite dans le commencement. La faute à qui alors ? A celui qui a dévoré l’autre ? A celui qui s’est laissé dévorer ? » Les nouvelles elle les donne à son père, à ses enfants, à un amour tout aussi disparu qu’il est éternel. Sur le ton de la lettre, de la confidence, du face-à-face avec l’autre ou avec soi, les détails nous plongent au cœur de ces ombres que l’on a enfouies ou qui nous guettent, fatalement. Alors cette précieuse « quinqua » a bien raison de ne pas avoir peur du ridicule car sa plume aiguisée démêle les tensions de la finitude avec une affolante justesse… dont on tombe éperdument amoureux.


Extraits choisis…

« Les journalistes mettent dans la même phrase les mots rock et alcool. Ils disent «’le chanteur du groupe de rock Noir Désir’. Dans la tête des auditeurs, c’est normal que rock rime avec alcool et drogue, ça ne choque personne. Le rock c’est quelque chose de destructeur. Ça ne peut donc que mal finir. Le rock, c’est dangereux, c’est vivre vite et mourir jeune. Les journalistes auraient pu dire que cette histoire se passait dans l’univers des intermittents du spectacle, dont on a parlé tout le mois de juillet. Le spectacle, ça tue. Mieux vaut travailler à l’usine, sur une chaîne de montage. » (« L’été de l’attente », p.15)

« (…) notre conversation se change en deux monologues qui tournent à vide. Et j’approche du cœur, c’est-à-dire de l’amour, la seule considération qui m’intéresse, je voudrais savoir si tu m’aimes toujours. Et il se passe chaque fois la même chose, tu deviens soudain silencieux, plus je parle et plus tu t’endors. » (« Le jour et la nuit », p.24)

« Nous allons leur apporter la preuve que l’amour n’est rien, rien de ce qu’on avait laissé croire. Nous allons couper court à leurs illusions, leur transmettre le goût de l’inachevé. Nous allons apparaître sous un jour nouveau, minables et coupables, approximatifs. Nous allons encore dire ‘nous’ pour la dernière fois, ensuite nous parlerons comme tous les parents séparés, nous dirons ‘ton père’, nous dirons ‘ta mère’, et surtout nous passerons à la première personne du singulier. » (« Dire aux enfants », p.28)


A noter…

Brigitte Giraud
« L’Amour est très surestimé »
Bourse Goncourt de la nouvelle 2007
Paru chez Stock en 2007
En poche aux Editions J’ai lu le 20 août 2008

Lien Amazon

Fermer
Envoyer cet article
Send this form

Le 22-09-08 - 17:42

Auteur : Axelle Emden pour CultureCie.com

Voir: Littérature française - Livres : sélection & critiques littéraires
Elisabeth Barillé ou le coup de coeur d'Emmanuelle de Boysson
Emmanuelle de Boysson se prête à nos coups de coeur d'écrivains avec « Heureux parmi les morts » d’Elisabeth Barillé

Présidente du Prix Lilas, dont un jury de femmes récompense chaque année une romancière au printemps à La Closerie, Emmanuelle de Boysson collabore à plusieurs journaux dont Marie Claire, VSD, Femmes, Service littéraire et Fémi 9. Romancière et essayiste, cette fringante femme de la rive gauche est aussi mariée et mère de trois enfants. Elle nous livre son coup de cœur de la rentrée littéraire : « Heureux parmi les morts » d’Elisabeth Barillé.





Livres

Littérature
Littérature française
Littérature étrangère
Biographie & Autobiographie
Essais & sciences humaines
Actualité & Politique
Psycho / Psycha
A lire avec les yeux
Beaux livres & beaux arts
Livres Pratiques
BD & humour
Brèves
Ecrivains & Cie

Art

Expositions mixtes & installations
Peinture, dessin & sculpture
Photographie
Foires
Créateurs
Architecture, Patrimoine & Design
Beaux livres & beaux arts
Artistes & Cie
Archives

Théâtre

Boulevards
Théâtre contemporain
Théâtre classique
One man / woman shows
Spectacles musicaux
Archives Théâtre

 

Musique

Albums / CD
Concerts
DVD musicaux
Jazz & blues
Pop / Rock
Scène française
Variétes internationales
Electro
Archives Musique

Cinema

Dans les salles
DVD
Festivals & news

Portraits

Artistes & Cie
Comédiens & Cie
Ecrivains & Cie
Musiciens & Cie
Biographie & Autobiographie

Interviews

News

Appel à projet
Agenda
Culture web
Débats & opinions
Les Livraisons dangereuses
Archives

 

Small World

In English
En Europe
In America
In Asia

Buzz

Edito

Espace Pro

Contact
Partenaires
La rédaction

&Vous