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« Le Chambrioleur » de Damien Luce
Damien Luce, musicien de son état, s’attèle pour la première fois à la littérature. Un premier pas réussi avec « Le Chambrioleur », l’histoire de la rencontre de deux solitudes, celle d’une petite fille délaissée par ses parents et d’un cambrioleur néophyte. Un roman fantasmagorique et humain.
Par Anne-Laure Bovéron
Les rêves d’une « tête à claques »
Jeanne Chemin est en apparence une enfant gâtée par la vie. Elle habite avec ses parents un duplex cossu à deux pas du Luxembourg. Mais à 10 ans, le confort matériel n’a aucune importance. Surtout pas face aux manques de preuves d’amour parentales, surtout pas quand le rejet et l’indifférence sont votre lot quotidien, à la maison comme à l’école. Alors la petite fille oublie sa condition de bouc émissaire ou d’objet encombrant en étanchant sa soif de connaissances, et en plongeant dans un univers chimérique.
« Aime-moi, déteste-moi, mais surtout ne passe pas sans me voir ! »
Tous les samedis soirs, Papa et Maman Chemin sortent en amoureux à l’Opéra Bastille, laissant Jeanne seule dans sa chambre. Elle a l’habitude, ne s’en formalise plus, mais guette chaque geste de douceur octroyé du bout des lèvres, avant le départ de ses parents. Une nuit, la fillette entend du bruit à l’étage inférieur. Elle découvre un homme plutôt gauche, « aux petites mains » et « presque beau » malgré sa foisonnante barbe, ses cheveux hirsutes et sa désagréable odeur. C’est un cambrioleur. Il tente son premier méfait. Sans grand succès ! D’emblée Jeanne s’attache et décide de lui apprendre, sur le mode opératoire d’un de ses héros, Arsène Lupin, comment commettre le parfait vol. Rendez-vous est alors pris tous les samedis soirs entre la petite fille et le SDF analphabète.
« Jeanne n’est pas déprimée. Elle traverse seulement une crise passagère de bonheur. Ça vous déstabilise tout autant, quand on n’en a pas l’habitude. »
Une histoire d’amitié naît entre les deux personnages. Ils ne se quittent plus. Jeanne retrouve la frivolité de son âge, exauce ses rêves de Prince Charmant et celui qu’elle baptise Paulin profite enfin d’une certaine insouciance, de la chaleur des murs chauffés et d’un lit douillet. Personne ne remarque les passages de Paulin dans la maison. La vie s’écoule à un nouveau rythme, plus léger et plus souriant. Jusqu’au jour où, lors d’une dispute parentale, les deux complices retranchés à l’étage entendent deux détonations. Désemparés, ils s’enfuient dans Paris. Une nouvelle vie commence pour eux. Une existence sans la sécurité d’un toit mais sous le ciel de l’amitié. Une vie de libertés, mais rude, contrainte par les lois de la rue. Bientôt l’amertume de Jeanne la poussera à la vengeance...
Lyrisme et cruauté
Sous la plume de Damien Luce, pianiste, compositeur et comédien, se dévoile un monde tendre mais néanmoins maculé de cruauté ordinaire et de coups de folie. Originale et poétique, son écriture se révèle chaleureuse, intelligente. Au fil du récit, son narrateur omniscient et évanescent impose avec humour ou profondeur ses petits commentaires. La réalité de la vie de la petite protagoniste et son imagination débridée brouillent délicieusement les pistes de la narration.
Si ces deux personnages ne sont pas totalement épargnés par la caricature et quelques facilités, le récit de leurs péripéties n’en reste pas moins touchant, drôle et plein d’esprit. Jeanne, qui ne manque pas de répartie, éclaire avec malice les doutes et les interrogations de l’enfance. Ses petites joies, sa quête de sentiments réciproques comme son regard désabusé, parfois triste, rappellent l’importance des petits gestes qui comblent l’abîme de la solitude.
Un écrivain à l’univers musical
En sus de cette publication, Damien Luce sort son premier album classique, paru le 25 janvier et dont le lancement a eu lieu au Salon musical de l’église Saint-Eustache. Il est consacré aux « Impressions d’enfance » de Georges Enesco et à « L’Histoire de Babar » de Francis Poulenc - avec son chanteur de petit frère, Renan Luce, dans le rôle du récitant.
A noter…
Damien Luce – « Le Chambrioleur »
Aux Editions Héloïse d’Ormesson, 208 pages, 15 € En librairie depuis le 07 janvier 2010 Disponible sur Amazon Site de l’auteur : www.damienluce.com/wordpress/
 Album « Histoire de Babar, impression d’enfance. »
Sortie le 25 janvier 2010 Label : Accord / Universal Music 12,95€. Disponible sur Amazon
Photo de l'auteur : © Sandrine Roudeix
Auteur : Anne-Laure Bovéron pour CultureCie.com

Elisabeth Barillé ou le coup de coeur d'Emmanuelle de Boysson
Présidente du Prix Lilas, dont un jury de femmes récompense chaque année une romancière au printemps à La Closerie, Emmanuelle de Boysson collabore à plusieurs journaux dont Marie Claire, VSD, Femmes, Service littéraire et Fémi 9. Romancière et essayiste, cette fringante femme de la rive gauche est aussi mariée et mère de trois enfants. Elle nous livre son coup de cœur de la rentrée littéraire : « Heureux parmi les morts » d’Elisabeth Barillé.




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