« Le Fait du prince » d’Amélie Nothomb
Du nouveau évidemment chez Amélie Nothomb : rien de nouveau sous le soleil puisqu’elle arrive encore et toujours à nous avoir, avec ses possibles impossibles, son imaginaire unique, ses histoires à dormir debout qui tiennent nos nuits blanches en haleine. Vous avez peut-être déjà acheté « Le Fait du prince » les yeux fermés, si vous l’aimez. Et bien vous avez eu raison…
On prend le livre les yeux fermés, terrible injustice qui porte son nom sur la couverture, oui, et l’on se surprend à les avoir grands ouverts dès les premières lignes ! Peu d’auteurs agissent ainsi sur le lecteur, et en tenant la distance, dix ans après, quinze ans après.
« Le Fait du prince » n’est pas son meilleur roman mais l’écrivain est là. Elle s’amuse à écrire, elle nous amuse aussi. Comme d’habitude elle invente, elle est drôle, elle est intelligente, cynique, profonde. Elle nous parle, elle ne se gêne pas d’être incohérente, le possible est son imaginaire. Elle ne dit pas n’importe quoi n’importe comment, et pas à n’importe qui, puisque c’est à nous qu’elle le dit ! Elle se partage. Alors, c’est distrayant de croire à son histoire, celle d’un homme quelconque qui veut changer de vie et qui en un instant y parvient par hasard… mais est-ce bien un hasard ?
Il va changer de nom et de là tout changer, s’aventurer, écrire sur une page vierge, sans stupeur et sans tremblement, c’est cela le fait du prince! On retrouve les thèmes chers à l’auteur, la table rase, les identités complexes, les chemins de vie qui vacillent. Un bon moment dont on ne vous dit rien ou presque, si ce n’est que vous pouvez y aller.
Extraits choisis…
« Table rase : quel adulte n’en rêverait?
Or la liberté ne peut s’embarrasser de suspicion. Celui qui a décidé d’être libre ne peut avoir de ces pensées mesquines, tatillonnes, comptables, pourquoi a-t-il dit ça et non ceci, etc. Je voulais vivre à grandes enjambées, m’exalter d’exister. Rien de tel que d’adopter l’identité d’un inconnu pour connaître l’ivresse du large. » (page 32)
« Il y a un instant, entre la quinzième et la seizième gorgée de champagne, où tout homme est un aristocrate. Ce moment échappe au genre humain pour un motif médiocre : les êtres sont si pressés d’atteindre le comble de l’ivresse qu’ils noient ce stade fragile où il leur est donné de mériter la noblesse. » (page 128)
Trouvailles…
« On ne peut pas être alcoolique en ne buvant que du champagne. »
« Les mensonges ont de curieux pouvoirs : celui qui les a inventés leur obéit. »
A noter…
« Le Fait du prince » d’Amélie Nothomb
Paru le 1er août 2008
Chez Albin Michel
169 pages
15€90
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Elisabeth Barillé ou le coup de coeur d'Emmanuelle de Boysson
Présidente du Prix Lilas, dont un jury de femmes récompense chaque année une romancière au printemps à La Closerie, Emmanuelle de Boysson collabore à plusieurs journaux dont Marie Claire, VSD, Femmes, Service littéraire et Fémi 9. Romancière et essayiste, cette fringante femme de la rive gauche est aussi mariée et mère de trois enfants. Elle nous livre son coup de cœur de la rentrée littéraire : « Heureux parmi les morts » d’Elisabeth Barillé.