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« L’œil du cyclone » de Stéphanie Janicot : au cœur de la tourmente
Dans son nouveau roman « L’œil du cyclone », la romancière et journaliste Stéphanie Janicot propulse ses lecteurs dans la tragédie. Ou plutôt dans une double tragédie : la catastrophe collective provoquée par l’ouragan Katrina et le drame intime de Victoria de Longeville, une jeune veuve, mère de deux filles. Un livre qui ne manque ni de phrasé ni de puissance romanesque. Ni de cœur.
L’esquisse…
Depuis huit ans Victoria de Longeville, aristocrate française installée aux USA, a radicalement changé de vie. Mésaventures à répétition et sens du devoir obligent ! Aux côtés ses deux filles, Luz et Allegra, Vicky cohabite dans un mobile-home déglingué avec sa belle-mère, Gloria, et son immature belle-sœur, Paz. Malgré les alertes incitant la population de La Nouvelle-Orléans à quitter la ville, Victoria n’a pas mesuré la gravité de la situation, ni la nécessité de la fuite. Quand l’après-midi du dimanche 28 août 2005, la tornade fait ses premiers ravages, il est trop tard. La tribu de femmes en paiera d’ailleurs le prix fort, celui d’une vie.
Evacuées dans un gymnase du quartier, patientant aux côtés d’autres hères, qui eux aussi possédaient si peu et ont tout perdu, les quatre rescapées affrontent un nouveau coup du sort. Luz, tout juste treize ans, découvre malencontreusement que Remedios, sa mère biologique qu’elle croit morte depuis des années, est en réalité vivante. Elle a passé huit ans dans une cellule pour l’assassinat d’Alex, le père de Luz, et est sur le point d’être libérée. Le choc est rude, l’adolescente têtue et futée. La tempête qui s’abat sur sa ville n’a dès lors plus d’importance à ses yeux. La volonté farouche de retrouver sa mère de sang prévaut. Dans la nuit, Luz s’enfuit en direction du pénitencier. Elle a conscience cependant que sa génitrice n’a qu’un seul but : assouvir sa soif de vengeance à l’égard de Victoria, une vengeance meurtrière…
La critique [soufflée] d’A-Laure B.
Ce qui est troublant avec Stéphanie Janicot, c’est sa capacité à s’emparer de son époque, y compris des faits récents ou quotidiens, pour parler de l’être humain et des failles qui le constituent, au-delà des apparences. Troublante aussi est sa maîtrise, son ‘toucher juste’. Troublante encore son aptitude à rendre ses personnages vivants et vibrants, avec force de détails et fine psychologie. Cela pourrait être dérangeant de les sentir si vrais, si présents, si proches. Ce n’est que réjouissance. Le tout est servi par une écriture rythmée, acérée, imagée. Une fois encore, l’auteur propulse ses lecteurs au cœur d’une ‘pièce féminine’, où les hommes sont des fantômes du passé ayant laissé des traces, des effluves d’une présence perdue. Où la jeunesse brandit l’espoir d’un renouveau, d’une multitude de possibles, là où les adultes se noient dans les regrets, la déchéance, l’abandon - ici pour Gloria, la matriarche de la famille, dans l’alcool.
A l’image de l’ouragan Katrina, cet opus n’est que puissance. Les éléments naturels se déchaînent. Les sentiments s’affolent : s’aiguisent dans le cœur de Victoria, dans les questionnements identitaires de Luz. Pas de fioriture, pas de superficialité ni de facilité dans la peinture qu’offre « L’œil du cyclone ». Les réflexions sur les liens du cœur, les liens du sang, l’héritage familial ou les choix passés qui alimentent le roman poussent à la reconsidération des croyances établies. Le suspense est entier, intelligemment distillé tout au long du récit, l’action rudement menée. De nombreux flash-back éclairent finement le parcours des héroïnes. Ils expliquent en partie la complexité de l’infortune actuelle de ces femmes aux prénoms censés « conjurer le sort », le mauvais oeil. Se plonger dans la lecture de « L’œil du cyclone », c’est accepter de se laisser emporter par une tornade, par les émotions, les doutes, les aléas de l’existence et par la confiance aussi.
A glisser absolument dans le sac des vacances estivales donc. Mais, attention, happés dans la trajectoire de Victoria, vous pourriez bien le finir avant d’arriver à destination. Pour pallier au risque de n’avoir plus rien à se mettre sous la dent, embarquez aussi « Dans la tête de Shéhérazade », le précédent roman de Stéphanie Janicot. Lui aussi vaut vraiment le détour.
A noter …
« L’œil du cyclone » de Stéphanie Janicot Aux éditions Albin Michel. En librairie le 04 juin 2009 288 pages, 18.50 € Commander le livre sur Amazon
Site officiel de l’auteur : www.stephanie-janicot.com Et pour laisser des commentaires à l’auteur sur cette lecture, retrouvez Stéphanie Janicot sur son Facebook (www.facebook.com/people/Stephanie-Janicot/757269584 ) ou sur son Myspace (www.myspace.com/stephaniejanicot)
Photo © Hannah / Opale
Auteur : Anne-Laure Bovéron pour CultureCie.com


Elisabeth Barillé ou le coup de coeur d'Emmanuelle de Boysson
Présidente du Prix Lilas, dont un jury de femmes récompense chaque année une romancière au printemps à La Closerie, Emmanuelle de Boysson collabore à plusieurs journaux dont Marie Claire, VSD, Femmes, Service littéraire et Fémi 9. Romancière et essayiste, cette fringante femme de la rive gauche est aussi mariée et mère de trois enfants. Elle nous livre son coup de cœur de la rentrée littéraire : « Heureux parmi les morts » d’Elisabeth Barillé.




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