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« Un Dieu un animal » de Jérôme Ferrari, par Carole Zalberg
Après plusieurs parutions chez Phebus, Carole Zalberg a investi Albin Michel avec « La Mère horizontale » (2007), premier volet de sa trilogie des « Tombeaux », suivi la saison dernière par le saisissant « Et qu’on m’emporte », roman coup de cœur de la rédaction mais aussi et surtout d’Amélie Nothomb (à retrouver dans notre dossier).
Travaillant actuellement au troisième et dernier volume de sa trilogie (à paraître vers septembre 2010) Carole Zalberg prépare également une adaptation cinématographique de son livre pour enfant : « Le jour où Lania est partie », grand prix SGDL du livre jeunesse 2008. On la retrouve tous les dimanches d’août dans « Sud Ouest », pour lequel elle publie une « nouvelle du désir ». Et dans nos pages dès à présent, puisqu’elle a accepté de nous livrer son coup de cœur 2009 : l’écrivain nous embarque dans les pages du dernier né de Jérôme Ferrari, « Un Dieu un animal ».
APRES L’ESPOIR
« Un Dieu un animal », mon coup de cœur littéraire de cette année, est le cinquième ouvrage de Jérôme Ferrari. Il a d’abord publié « Variétés de la mort », un recueil de nouvelles, puis « Aleph Zéro », chez Albiana. « Dans le secret » et « Balco Atlantico » sont ensuite parus chez Actes Sud. Chacun de ses écrits semble être le résultat d’une parfaite alchimie dont il a le secret : du mélange de crudité et de lyrisme nait la poésie, l’association de la fureur et d’une profonde bienveillance émeut. Sa musique est fougueuse, affirmée, ses phrases donnent une impression de jaillissement mais sont retenues d’une plume précise et puissante. Certains thèmes traversent toute son œuvre : la mémoire et ses déformations, l’enchevêtrement du temps, l’exil sous toutes ses formes.
Son dernier roman, prix Landernau 2009 et finaliste des prix France Culture Télérama et Orange, est peut-être un peu moins furieux mais plus désolé. « Notre besoin de consolation est impossible à rassasier », le très beau titre du non moins beau texte de Stig Dagerman, pourrait en être le sous-titre.
Tu es de retour chez toi mais rien n’est retrouvé, souffle le « je » de cette histoire sans début ni fin. Et par ce souffle « je » assène et caresse, veille comme d’en haut, semble se soucier, aimer même, mais sans protéger. Car rien ne peut empêcher l’avancée du désert dans le cœur des hommes qui l’ont arpenté. Or tu l’as arpenté, toi que le vide emplissait déjà quand tu es parti te livrer à des combats sans cause, te livrer, oui, corps et âmes, cherchant à chasser les fantômes de ton village, ou peut-être à les rejoindre, exalté par la perspective de ne plus espérer. Et que cesse enfin une attente d’autant plus lancinante et douloureuse qu’elle ignore son objet. Dans ta quête tu as même réussi à entraîner Jean-Do, ton meilleur ami, bien vivant lui, capable contrairement à toi de passer d’un jour à son lendemain sans rien renier de ses errances ni de ses projets ; des projets absurdes ou futiles mais des projets quand même, des scénarios abracadabrants lui tenant lieu de présent et d’avenir. Sources très simples de satisfaction. Il était vivant et sans doute heureux, mais c’était ton meilleur ami et il t’a suivi.
Tu ne t’imaginais aucun avenir ; c’est celui de Jean-Do qu’une bombe, sous tes yeux, a dérobé. C’est lui qui n’est pas rentré. Et tu n’es plus chez toi nulle part puisque tu as survécu à la vérité du carnage. Tu veux penser malgré tout qu’un peu de toi est resté pris dans les baisers de Magali, la « fille du Russe », dans son soupir posé au creux de ton cou alors que tu la tenais contre toi, un été d’autrefois, au village, et qui luit au fond de ta mémoire tel de l’ambre enfermant la clé d’un monde où tu pourrais être encore. Tu vas aller au bout de ce dernier espoir, rejoindre Magali désormais vouée, elle aussi, à des combats qui la dépassent, dans ce monde non moins violent de l’entreprise où se perpétue la nécessité des rites. Tu vas la rejoindre parce qu’après, tu le sais, il n’y a rien. « Je » le sait et pourrait t’éviter de recueillir cette ultime preuve. Mais c’est là que tu habites à présent, dans la vérité du vide et de la douleur. En t’amenant à le reconnaître, c’est vers la paix que « je » te conduit.
Le lecteur, lui, ne veut pas forcément d’une telle vérité. Il est libre de penser qu’elle n’est pas la sienne. Il a le droit de refuser une paix qui viendrait avec le renoncement. Il ne pourra pourtant pas se défaire en le refermant des traces laissées par ce roman d’une beauté aveuglante. Car l’écriture incantatoire et liquide de Jérôme Ferrari s’insinue partout où le doute est possible. Cette trame qu’il a su magistralement tisser en mêlant les intimités, en déroulant d’un même fil passé et présent, nous enveloppe en même temps que les personnages et leurs visions, dans le même vertige. Et ne répond, heureusement, à aucune question.
A noter...
Jérôme Ferrari, « Un Dieu un animal » Paru le 5 janvier 2009 chez Actes Sud 109 pages, 11€ env. Commander le livre sur Amazon
Le dernier livre de Carole Zalberg...
« Et qu’on m’emporte » Aux éditions Albin Michel En librairie depuis le 04 février 2009 12€ Commandez « Et qu’on m’emporte » sur Amazon
Site officiel de l'auteur : www.carolezalberg.com
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Photo de Carole Zalberg © Jean-Marc Lubrano
Auteur : Carole Zalberg pour CultureCie.com


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Présidente du Prix Lilas, dont un jury de femmes récompense chaque année une romancière au printemps à La Closerie, Emmanuelle de Boysson collabore à plusieurs journaux dont Marie Claire, VSD, Femmes, Service littéraire et Fémi 9. Romancière et essayiste, cette fringante femme de la rive gauche est aussi mariée et mère de trois enfants. Elle nous livre son coup de cœur de la rentrée littéraire : « Heureux parmi les morts » d’Elisabeth Barillé.




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