Un dimanche au Furia Sound Festival : y’a de l’ambiance !
Voilà plus de dix ans que le Furia Sound Festival de Cergy fait parler de lui. En 2009, le Furia c’est deux jours de concerts (au lieu de trois les années précédentes), deux scènes et un chapiteau, trente-sept artistes ou groupes et si tout se passe bien, près de 20 000 spectateurs comme en 2008. Pour cette édition, la manifestation est restée fidèle à ses principes : la diversité musicale.
Alors que la saison des festivals bat son plein (les Eurockéennes de Belfort jouissent de leur célébrité internationale et le tout jeune Main Square Festival d’Arras se paie le luxe de recevoir Coldplay, Placebo et Lenny Kravitz), le Furia Sound Festival tire son épingle du jeu avec une programmation variée et quelques stars nationales. Arthur H, Emiliana Torrini, Thomas Fersen, Grand Corps Malade, Abd al Malik et Thomas Dutronc font la part belle au Festival. Sur scène se succèdent également Pascale Picard Band, Mogwai, Anis, Herman Düne, Didier Super ou encore Les Ogres de Barback et Gossip. Cet éclectisme attire un public des plus variés, également séduit par une manifestation à taille humaine, qui plus est dotée d’une ambiance bon enfant. Il n’en faut pas moins pour pousser les Parisiens à traverser le périphérique et pour charmer le reste de la France. Un camping accueille d’ailleurs tous les fous de musique.

Sur le terrain, qui n’est autre que la base de loisirs de Cergy-Neuville, la surprise règne. Dès l’entrée la musique retentit. Sous le chapiteau des groupes locaux ou émergents suscitent cris et applaudissements nourris. A deux pas de là, sur la « scène 2 », des techniciens préparent la venue du prochain groupe. Le public s’égrène le long des vallons qui dessinent le terrain. Certains grignotent, d’autres dorment allongés dans l’herbe. Une fois la butte gravie, on découvre une foule compacte. Mais, surprise : assise par terre, elle tourne le dos à la scène principale. Didier Super, l’amuseur public, fait des siennes. Il a fendu la foule pour chanter depuis le pôle régie. Il regagnera les bonnes planches quelques minutes plus tard avec de puissants éclats de rire entaillés par son accent campagnard. Véritable empêcheur de tourner en rond, Didier Super se pourlèche de refrains au vitriol qui ressemblent plus à des slogans qu’à de véritables paroles.


Ils étaient très peu face au groupe électro folk venu d’Angleterre, Tunng. Un nom étrange pour un groupe qui l’est tout autant. Et pourtant, sa musique fonctionne, interpelle. Doux, légers, nostalgiques et inventifs, les morceaux de Tunng invitent à l’ailleurs. De leur dernier album « Good Arrows » le morceau le plus connu est sans aucun doute « Bullets » : le public répond donc présent quand la petite troupe, passablement déchaînée, conclut son tour de chant avec une version pop et accélérée du titre. Les quatre musiciens et la voix féminine du Tunng semblent tous débarqués d’une autre planète. Lunettes de soleil, cheveux longs, regards hagards, sauts de sauterelle entre chaque accord de guitare et instruments improbables (pour enfants par exemple) les entourent… ils enchantent !
Entre Tunng et La Rue Ketanou, aucun rapport ! Chanson française à textes, musique tendance tzigane et soirées au coin du feu avec les trois membres du groupe, tel était le programme Ketanou, qui détonnait au Furia !
Pour l’audience en quête de calme, rien de mieux que la folk mélancolique et teintée d’enfance du groupe Herman Düne. Quand David-Ivar Yaya (chanteur et guitariste) et Neman (batterie) débarquent, il est à peine 19 heures.
Les deux compères n’en sont pas à leur coup d’essai. Dix ans qu’ils se produisent sur scène, avec désormais sept albums dans leurs valises. Pourtant, si Herman Düne est reconnu par ses pairs, il ne jouit pas, pour l’heure du moins, d’une renommée internationale et stable - et ce malgré quelques moments de gloire publicitaire : France Telecom a notamment utilisé l’un de ses titres « Little Architect ». Mais ce dimanche, c’est l’album « Next Year In Zion » qui était présenté au public. S’ils acceptaient de suivre les deux guitaristes et le batteur, les festivaliers s’embarquaient pour un road-movie aux accents de folk indie. Avec sa barbe et son chapeau de pionnier, ses yeux bleus transperçants, David-Ivar Yaya évoque de lointaines contrées, telles celles qu’en tant que compositeur, il fait renaître de ses souvenirs…

Face à Herman Düne, Thomas Fersen étincelle d’excentricité baroque ! Chapeau à plumes, veste foncée et longue robe rosée très « veille France », comme l’artiste le soulignera au cours de l’une de ses chansons. Dansant sur scène, faisant valdinguer sa robe entre deux morceaux ou deux révérences aux femmes (telle « La Malle ») ou à son feu chien « Zaza », Fersen propose un véritable show. Largement à la hauteur de son dernier album donc, « Trois petits tours », paru en août dernier et pour le moins réjouissant ! Thomas Fersen fait son beurre de l’humour, jaune ou noir, mais détend avec son timbre de voix si particulier, sa nonchalance et sa liberté… toujours plus étonnante d’album en album.
D’un concert à l’autre, le public n’aura de cesse de parcourir la pâle herbe du Furia Sound Festival, en s’arrêtant parfois à l’un des stands de restauration. La nuit a dû être longue encore pour ces festivaliers, d’un tout autre genre que ceux qui se promenaient sur l’hippodrome de Longchamp dans le cadre des Solidays. Emiliana Torrini, Gossip, Thomas Dutronc ou Mogwai les auront accompagnés jusque tard dans la nuit…
A noter …
Site officiel de Tunng : www.tunng.co.uk
Site officiel d’Herman Dune : www.hermandune.com
Le Furia Sound Festival a lieu le premier week-end de juillet à Cergy. www.furia2009.com
Photos © Anne-Laure Bovéron