Balablan: « Crazy french pop songs for attarded adolescents »
Premier album pour Antoine Blanc alias Balablan, drôle de mec qui ne ment pas sur la marchandise qu’il cuisine : « Messieurs les musiciens » est un opus de « pop songs pour adolescents » peut-être un peu attardés certes, mais la puérilité a ses avantages. Le chansonnier donne dans l’humour et ça fonctionne. Pas de prétention, beaucoup de sourires et quelques bonnes surprises dans cet album pêchu et léger, qui donne clairement dans le melting-pot.
Pas de coup de foudre pour ce premier opus… question de genre. Une fois dépassée cette affaire de goût, il faut bien admettre qu’Antoine Blanc a plus d’une couleur à son arc : ça commence avec des « Musiciennes », hommage amoureux, drôle et tendre qui sonne comme un bal musette revisité. Balablan ne se voit pas en haut de l’affiche mais dans les bras des musiciennes : c’est son côté « amant de Saint-Jean » revu et corrigé. Loin de la chanson française pure et dure, pas du tout bon élève de la jeune scène française, Antoine Blanc évoque pourtant tout à la fois Aznavour et Barcella, Polnareff et Yoanna.
Aznavour… depuis le nom de ce premier opus, « Messieurs les musiciens », qui fait résonner « viens voir les comédiens, viens voir les musiciens »… Aznavour à cause d’une bohème musicale, Aznavour grâce à cette espèce de « jam » et jusqu’aux rêves d’un type qui quittait sa province, mais pas du tout, que ce soit clair, en écho aux textes ou au genre musical. C’est qu’il ne ressemble à personne, au fond, ce Balablan, mais il s’inspire de bien des univers. De son côté champêtre on retient un versant totalement ringard et totalement nouveau.
Difficile de ne pas penser à un autre ovni manouche et bohème de la chanson : Thomas Dutronc, qui savait mélanger comme nul autre humour à deux balles et fines orchestrations sur des textes poétiques. Seulement malgré un papa pianiste de jazz Balablan donne dans d’autres virages à 180 degrés : c’est qu’il nous impose des relents des années 80 au son de drôles d’échos technos, façon Polnareff ou JM Jarre. A côté de ça, des textes de comédie comique dignes d’un album pour mômes – d’ailleurs, le grand gamin a prêté sa voix à des livrets pour enfants, tout en étant le clavier du Grand orchestre de l'Elysée Montmartre. Son parcours ressemble à son album : façon je prends un peu de zeste de tout, je me balade et je tire à blanc, car tout ça n’est pas sérieux évidemment - juste du cinéma. Pour un premier coup c’est pas mal, et surtout original, même si côté textes on reste un peu sur sa faim.
On a beau ne pas adhérer au genre, la musicalité est là, et pour cause : Antoine est pianiste et batteur (« conservatoireux » !) en plus d’être auteur, compositeur et interprète. Et un peu comédien aussi. Une musicalité frappante sur les « Musiciennes », sur le gamin « né à Woodstock » aussi : un morceau très pop, un truc un peu rock. Léger et entraînant. Voix claire et orchestration tonique, le voyage décolle. Preuve qu’Antoine Blanc sait assumer ses morceaux « décalés » tout en y apportant parfois émotion et sensibilité. Difficile de ne pas être emportés dans son Woodstock donc, qui, derrière ses contours de guimauve, parvient aisément à nous faire sautiller sur nos chaises. Mais ce qui est étrange avec Balablan, c’est qu’il évoque en un seul album le pire des années 80 (genre Thierry Lazard) comme les éternels accents d’un Aznavour (d’ailleurs « name-droppé » dans son « fou »). Chez lui le kitsch côtoie sans cesse l’inventivité, alors forcément il a de Polnareff des ersatz d’Obispo, des restes « has been » en même temps que des accents de tubes.
Plus l’album avance plus on salue l’humour et moins on est emporté dans la musique : sans doute ne sommes-nous plus assez attardés ou trop rigides pour vraiment nous marrer sur la « souris verte », le « moustique » ou même la « petite Anna », premier single qui commença pourtant à le propulser sur Myspace il y a quelques temps. C’est ensuite que l’album devient carrément inégal : de sa « drôle de nuit » on retient d’abord des accents de Sardou (Sardou qui nous trottait depuis un moment dans la tête car c’est souvent la java chez Balablan, et y'a des bouts de seins des femmes des années 80) puis finalement du texte amusant on glisse presque vers la niaiserie du chanteur de bal. En même temps, dans « Balablan », il y a « bal », il y a « bala »(…de ?), il y a comme une espèce de chanteur qui partirait de tout et qui serait ex-nihilo. Le clou, c’est qu’à la piste numéro 12 (« Plus de mal que de peur ») il nous inspire carrément du Philippe Katerine version hard-rockeur… avant que le titre ne devienne du « bruit », et oui, dommage…
Au final « Balablan » laisse une impression très contrastée. Deux ou trois chansons qui marquent même si on n’est pas fan du genre : c’est clair, on n’écoutera pas ça en boucle cette année. Pourtant il y a une fraîcheur et une naïveté qui restent, qui touchent. C’est un premier album idéal pour « i-tunes » : bénissons cette époque qui nous permet d’acheter des chansons sans se farcir tout un album…
CultureCie vous conseille…
« Les Musiciennes »
« Né à Woodstock »
A noter…
Balablan, « Messieurs les musiciens »
Parution le 13 avril 2009 - Label Rue Stendhal
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Site officiel : www.myspace.com/balablan