« Crying Lights » : Antony & the Johnsons planent
Que dire sinon que c’est l’album majeur de l’année 2009 ? Voire de la décennie ? Quel vocabulaire employer si ce n’est celui des adolescents attardés qui parleraient de dieux vivants pour dénommer de simples musiciens, compositeurs, auteurs, interprètes ? On avait le choix entre écrire un roman ou vous la faire très courte, on choisit la deuxième solution.
Des mois qu’on l’écoute en boucle et qu’on n’est incapables d’en sortir un mot, cloués pas l’émotion ou par le génie, allez savoir. On pourrait vous ressortir la tirade kantienne selon laquelle le sublime échappe au verbe, on pourrait vous parler de l’expérience du chef d’œuvre sur un air donneur de leçon, vous expliquer que c’est une expérience purement humaine, vous emmerder avec des mots qui servent à rien. Ou bien on pourrait vous coller un lien sous le nez et juste vous dire « allez écouter », s’arrêter là. Ce serait un peu autoritaire.
Pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas encore Antony & The Johnsons, et pour ceux et celles qui n’ont pas encore écouté « The Crying Light », on dira quand même qu’il s’agit d’un rock très mélancolique, de mélodies inspirées par je ne sais quels aèdes bénis par tous les Dieux que l’imagination humaine a pu inventer. Dans le genre il n’y a rien d’autre : Satie fait du piano, Craig Armstrong aussi, pourtant c’est plutôt à eux qu’on pense, plus qu’aux stars du rock, plus qu’aux gothiques forcenés. On pourrait vous parler d’AaRON, de cet alternatif électro-mélancolique à la douceur rock’n roll, de cet excès de vie qui côtoie cet excès de mort dans la douceur de tanathos et dans la violence d’eros, le tout dans un « Neverland » assumé, recherché, mais ce serait un peu injuste, car Anthony & The Jo sont des anciens, à côté de nos petits Français. Pourtant il y a de cet inclassable dans les uns comme dans les autres. Dans une vie musicale s’il y a Chopin, s’il y a Gainsbourg, il y a aussi Antony & The Jo. Un sublime qui échappe au verbe ne pouvait pas faire autrement que d’être une musique qui échappe aux genres.
« The Crying Light », la lumière qui pleure, c’est le nom de leur dernier album, un titre qui résume assez bien ce qui s’y passe. Car on est ébloui et aveuglé à chaque morceau, on plane et on est en descente, au son de ces dix chansons on retombe dans l’enfance en même temps qu’on est propulsé dans la sagesse de la vieillesse, et vous voyez bien que malgré la nostalgie qui nous ferait revenir de tout, on est pris au piège comme un débutant un peu niais, connement enchanté, à la limite du fanatique. Quand le soleil chiale je vois pas comment ça pourrait faire un autre effet, que celui de l’arrachement et de l’harmonie. Antony & The Jo au fond, ce sont des aimants, des contraires démentiels qui s’attirent, propageant la tristesse depuis la profondeur de leurs abymes, émettant de l’amour depuis leurs âmes abimées, c’est le nombre d’or d’une autre musique, celle qui n’existe pas, celle qu’ils créent.
Si vous ne deviez acheter qu'un seul album cette année...
Antony and the Johnsons, "The Crying Light"
Paru en janvier 2009
Label: Secretly Canadian
14€
"The Crying Light" sur Amazon.fr
Antony & the Johnsons en France...
Ils sont en concert à Paris à la Salle Pleyel le 9 juillet 2009 à 20h (50 à 70€, réservations sur Fnac Spectacles)
Et à Lyon pour "Les Nuits de Fourvière" avec l'Orchestre de l'Opéra de Lyon. Le 21 juillet 2009 à 22h. Réservez sur Fnac Spectacles
"Six Eyes" rue du Jour chez Agnès B à Paris
Antony a été invité par Agnès B à jouer les commissaires d'exposition. Intitulée "Six Eyes", l'expo a été inaugurée le 11 avril et réunit des oeuvres de Peter Hujar, Kiki Smith, Alice O'Mally, William Basinski et James Elaine, Antony et Barbara Cummard.
Site officiel :www.antonyandthejohnsons.com