Berry : « Mademoiselle » chante… le blues ?
Mademoiselle chante ses blues, les amours et les batailles, les ruptures et les désillusions. Mais aussi les trucs à faire et les bonnes résolutions, les contes de fées moteurs et les grands yeux des heures bleues… Mélodies douces-amères et voix claire, univers entier et poétique, Berry a débarqué sur la scène française début 2008 avec un délicieux premier album, « Mademoiselle ». Et Mademoiselle fait son Olympia, à peine un an après. Retour sur un coup de foudre.
Il y a un bruit qui court, chez les professionnels, un bruit qu’on ne remet pas en cause bien sûr, un bruit réaliste et pessimiste sur le monde de la scène française : seuls deux artistes par an parviendraient à « percer ». C’est-à-dire à s’imposer au point de vivre de la musique et… d’être un artiste « rentable ». On parierait bien que Berry est de celles-là. Paru en février 2008, « Mademoiselle » est disque d'or en décembre, avant d'être nommé aux Victoires de la Musique 2009 dans la catégorie « Album Révélation de l’année » - il s’est fait volé la vedette par le fameux « Ersatz », du tout aussi talentueux Julien Doré. Un peu plus d'un an après la sortie de son premier opus, cette demoiselle sacrément femme fait son Olympia le 12 mai 2009. Une nouvelle réjouissante, premiers signes solides d’un succès mérité.
Mademoiselle chante le blues ? Pas vraiment une Patricia Kaas, Mademoiselle Berry, pas vraiment une petite star du cabaret dansant non plus, plutôt une espèce de Françoise Hardy à la voix plus imposante et à l’univers textuellement subtil et musicalement sensuel. Il y a comme un parfum des années Dutronc dans cet album, une élégance inconséquente, une gravité dérisoire. Même quand elle chante un fils de putain Berry est délicate et douce, même quand elle tombe sur un con les dégâts arrivent à lui voler un sourire en coin. A la manière d’une Carla, elle a la joie du désespoir. Comme une fatalité lucide elle chante ses déboires sans prétention, et quand elle a « trop d’esprit », la petite chérie est simplement délicieuse, amusante, et c’est amusés que nous savourons sa victoire au son des trompettes.
De sa génération elle a la poésie des aventures et au son de « Las Vegas » on ne sait plus très bien qui, de Gainsbourg et Bardot ou de Easton Ellis, lui aura inspiré ce drôle de tango : à l’aune d’un subtil duo les images défilent, allant du cinéma d’un dernier pas de danse à Paris en passant par la mafia-casino-en croco, on se perd dans les héros… Entre Bonnie and Clyde et American Psycho « Las Vegas (parano) » devient soudain un Cinema Paradiso aux mille couleurs… Des teintes (des bleus ?) qui méritent bien des révérences, car de quelques images simples Berry peut construire un univers infini. Le tout soufflé d’une voix pure, placée et claire, une diction parfaite, une diction d’antan parfois, à la Greco presque – c’est tout juste si elle n’évoque pas Barbara…
Dieu merci Berry abandonna un temps le théâtre et osa penser à mettre des notes sur ses mots, écrits en secret depuis un temps fou - où on ne la connaissait pas. Des essais qui prendront forme grâce au compositeur de jazz Manou, puis avec la complicité du guitariste Lionel Dudognon. Comme son histoire est un conte de fée réalisé par Universal, en studio Berry retrouve des musiciens auxquels elle n'aurait à peine osé rêver : Laurent Vernerey (Françoise Hardy, Benjamin Biolay), Clive Deamer (Portishead, Robert Plant), Denis Benarrosh (Stephan Eicher, Keren Ann, Nougaro), Eumir Deodato (Björk, Earth, Wind & Fire, Christophe), Yannick Fonderie (Biolay), Laurent de Wilde (Ira Coleman, Abd al Malik). Pas étonnant au final que le tout coule.
Elle porte le nom de Chuck pour unique patronyme mais si ses histoires sont parfois rock n’roll la musique, elle, est plutôt loin de Memphis. Folk, pop, envoûtante, elle laisse la place aux textes et reste en tête pour toujours. Même quand ses « love affairs » traversent les frontières de l’Atlantique et celles de la langue, Berry reste dans le registre des chansons de Prévert. Ou de Gainsbourg parfois. D'ailleurs, elle a le sourire de Charlotte. Ce n’est pas une question de barrière non, c’est une question d’univers. Prévert au féminin, certes, car si elle a d’Eluard le doux mot de tristesse, elle a de Sagan les bleus à l’âme. Pourtant le bleu elle le repeint, pas avec les mots de Christophe non, juste avec des grands yeux qui lui inspirent des « Heures bleues », et là on se laisserait bien aller à croire au paradis, faute de croire aux marques de café.
Elégance et fantaisie, aventures amies d’amants, devoirs, au-revoir et espoirs… « Mademoiselle » est une trouvaille à la Rose qui la dépasse de loin, un trésor mûr, pas à l’eau de rose non mais qui pourrait bien chanter son amie la rose, ou Melody Nelson oui, les Inrocks ont souvent raison. Une trouvaille à la Chat aussi, d’ailleurs Chat voulait s’appeler Mademoiselle avant d’opter pour l’option féline, mais si Berry a bien des points d’attaches avec les auteures-compositrices de sa génération, elle est un unique cadeau, espiègle, et lourd de talent : « Belle comme tout », un point c’est tout.
A noter absolument…
Berry, « Mademoiselle »
Paru en 2008
Dernière parution : février 2009, 10€ environ
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L’album en édition limitée avec bonus & DVD, décembre 2008, 16€ env.
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Berry est à l’Olympia le 12 mai 2009 & en concert dans toute la France : les dates & les réservations sur Fnac Spectacles