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Delerm, de riens…
C’est un phénomène étrange chez Vincent Delerm : au fil des albums, les titres des morceaux s’allongent. Bientôt, leur seule vision suffira à nous combler : un coup d’œil à la pochette du CD, et la lecture de « Tous les acteurs s’appellent Terence », « Le cœur des volleyeuses bat plus fort pour les volleyeurs » ou « Un tacle de Patrick Vieira n’est pas une truite en chocolat » nous plongera dans l’univers quotidien et décalé de ce trentenaire qui semble définitivement s’orienter vers la pop.
Le quatrième album studio de Vincent Delerm s’intitule sobrement « Quinze chansons ». Quinze chansons, donc, et autant de petites mises en scène – oserait-on, de crainte du poncif, parler de « tranches de vie » ? Il y a toujours du théâtre dans les chansons de Delerm. Du cinéma aussi. Et de la littérature, bien sûr. D’où cette réputation de chanteur intello, de chanteur « pour Bobos ». Il s’en expliquait dans une récente interview : « On provoque souvent soi-même ce genre de clichés pas cool. Mon premier album donnait cette image voulue d'étudiant de la Sorbonne enfermé dans sa piaule. Mais l'artiste n'est pas qu'un puits de sensibilité, un mec avec une écharpe qui marche, l'air inspiré, dans une forêt » (L’Express). « Quinze chansons » se veut donc plus léger, trompettes et tambourins. On en n’est pas encore à la franche marrade, mais Delerm y met de l’entrain, quelques chœurs et un timbre mieux placé.
Fini donc le piano-voix du premier CD, « Vincent Delerm » (2002). On retrouve dans cet opus l’option pop des deux suivants, « Kensington Square » (2004) et surtout « Les Piqûres d’araignée » (2006). Certains regretteront le tempo sautillant de « Fanny Ardant et moi », nostalgique de « Deauville sans Trintignant » ou tendrement moqueur de « Tes parents ». Le tout joué au piano, en solitaire, univers polychrome et voix monocorde. Après sont arrivés les instruments, les voix, les musiciens… D’autres affirmeront que, tous les deux ans, Delerm nous ressert le même album. Ce qu’il ne dément pas, expliquant : « Je ne suis pas fanatique des chanteurs super-brillants capables de tout casser. Je place Souchon au-dessus de Gainsbourg parce qu'il se ressemble davantage à chaque album. »
Elégance dérisoire
L’une des figures les plus estimables de la NCF (Nouvelle chanson française, bien sûr) plonge durablement dans les géographies anglo-saxonnes : le Londres de « Kensington Square » dans l’album éponyme ; les Etats-Unis dans « Quinze chansons ». La Californie de « Monterey », la « North Avenue » de n’importe quelle ville américaine. Et New York, avec « Shea stadium » et « Allan et Louise ».
Vincent Delerm, songwriter? Peut-être, avec son humour un peu triste, son élégance un brin surannée, cette gravité jaillissant des petits riens, qui souvent abritent nos douleurs et nos peines, nos souvenirs et nos espoirs : un geste, un parfum, une couleur de vêtement, quelques mots… scribes dérisoires de notre quotidien. Comme l’écrit son ami écrivain et cinéaste Christophe Honoré dans un très beau texte (www.totoutard.com), « la lucidité et l’humour ne sont pas toujours des armes suffisantes, il faut d’autres atouts pour rendre audible l’appel de la grâce dans un monde dominé par le grotesque ». Alors, que nous livre ces « Quinze chansons » nouvelles ? La première écoute crispera les auditeurs souffrant d’allergie « delermatologique » : Delerm fait encore du Delerm. Mais en mieux. D’autres écoutes le prouvent. Sur tous les titres, les orchestrations sont superbes. De la chanson traditionnelle et enlevée aux courtes vignettes (moins d’une minute) qui sont autant d’instantanés, ces morceaux sont de petites merveilles. « Tous les acteurs s’appellent Terence » qui ouvre l’album est légère et enlevée, tout comme ce « tacle de Patrick Vieira n’est pas une truite en chocolat » - la douce folie en plus. « Je pense à toi » est une jolie ballade romantique. De même qu’« Allan et Louise ». En apparence du moins : une histoire d’amour, l’été new yorkais touche à sa fin… « Alors quand la tour est tombée / Louise travaillait étage 23 / Devant l’écran il a pensé / A cet instant elle m’aimait moi ».
Mémoire délicate
La force de Vincent Delerm est tout entière dans ces quatre vers : en quelques mots il retourne la chanson, bouscule l’histoire, la bascule. Oui, il y a du dramaturge chez Delerm. C’est évident dans « 78 543 habitants » et « Un temps pour tout ». Du photographe aussi. Ça tombe bien : « Martin Parr » rend hommage au maître anglais. Delerm dévoile ici tout son talent : avec économie et précision, il crée des images en trois ou quatre mots : « cheveux bleus grand-mère / vert fluo dessert… ». Il possède l’art de l’instantanéité, dans les images comme dans les souvenirs. D’où cette habitude (ce procédé ?) qui lui est si souvent reprochée : le « name dropping », c’est-à-dire l’énumération de noms propres dans ses textes. Mais quel fabuleux moyen de réveiller les souvenirs de générations entières ! Les quinze titres de l’album en sont largement nourris. En particulier l’auto-parodique « Dans tes bras », morceau de cinquante secondes qui recense pas moins de 7 noms propres : Ken Loach, Houellebecq, Dewaere, Allain Bougrain-Dubourg, Max Gallo, Marc Lévy, Kundera. Soit, mais on est bien loin des 120 noms cités dans les 4’49 de « We didn’t start the fire » que Billy Joël écrivit en 1989 ! Et Georges Pérec, dans ses « Je me souviens », faisait-il autre chose ?
Résumons-nous : Delerm utilise ses grandes qualités de capteur d’instants pour créer un univers cohérent sans jamais être répétitif. Il chante mieux, a diversifié ses orchestrations. Et son talent d’auteur (name-dropping inclus) s’affirme à chaque livraison, comme le prouve « North avenue », superbe ballade triste, interprétée au piano, toute de retenue et de mélancolie, de non-dits et de suggestion. Presque une courte nouvelle, l’histoire d’un jeune couple à qui une vieille dame, sans doute, fait visiter son appartement. Un appartement trop grand dont le parquet « rappelle un absent »… Au final, comme l’écrit Christophe Honoré : « Tes chansons ne me rappellent jamais que je vais mourir, mais toujours, et avec délicatesse et prudence, elles me préviennent que je suis en vie. Tes chansons possèdent cette vertu, qu’on pourrait certainement qualifier de littéraire, d’accorder à la mémoire plus d’importance qu’à l’éternité. »
En lice...
Pour les Victoires de la musique 2009 : Vincent Delerm est nominée dans la catégorie "album de chansons variétés de l'année" pour "Quinze chansons", aux côtés de Camille, Bénabar et Alain Bashung.
A noter…
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Vincent Delerm est en tournée à partir de janvier 2009 et tous les lundis à la Cigale du 9 février au 9 mars. Réserver vos places sur Fnac Spectacles Tout Vincent Delerm sur Fnac.com
Auteur : Olivier Quelier pour CultureCie.com

We love électro live !
Les fous d’électro risquent de tituber au bureau le lundi matin : entre We love Art qui fait sa rentrée à la Cité de la Mode & du Design, les 20 ans du label Ninja Tunes qui déchirent tout avec une programmation de ouf (dont Cinematic Orchestra !!!) et Factory qui met le feu fin septembre, on ne sait plus très bien comment on va trouver le temps de dormir…






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