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Zen traversée des temps terriens
Sur un album des années d’influences, une vie d’inspiration peut-être. Le 4ème bébé des Zen Zila souffre de cet avantage et jouit de cet inconvénient. Musicalement inégal « Gueules de terriens » est un bijou de jeux de maux et de créa(c)tions. Il y a fort à parier que ces grands Français se fassent une place croissante dans le cœur musical des amateurs de textes. Dans la lignée rock de Zebda et des Négresses Vertes ? Pas si sûr : « Parce qu’une gueule, par définition, c’est pas standard ».
« Chui français »
Mais oui ils sont français, et comment ! Véritable melting-pot d’une culture musicale intergénérationnelle, la zénitude et l’ironie de l’univers Zila nous embarquent dans des sourires enlevés. Echos à Yves Montand et Léo Ferré, références à Gainsbourg, à Moustaki et peut-être à Duteil, Bruel ou Cocciante se bousculent. On se demande même si Claude François n’est pas derrière les 17 ans de Walid Chaib et Laurent Benitah. De leur culture omniprésente, ils s’inspirent, ils s’amusent et discrètement s’imposent. De l’engagement, de la politique, de la société ? Oui, mais. Pas de rébellion gratuite, juste des constats ; pas de cris de guerre, juste des rappels ; et aucune violence, mais de pertinentes moqueries qui remettent les pendules à l’heure. Et quelle heure. Revisiter le temps avec « elle kiffe », jongler entre les cerises et tout ce qui s’en va, peut-être ironiser les envers d’Obispo avec 97% ou encore rendre hommage à Chabrol sans perdre de vue de simples moments de poésie… Tel est le tableau-tour de force de nos « voleurs de mots » : l’argument est dans le fond et dans la forme.
Et en bons français, leur culture dépasse les frontières hexagonales, exception oblige. Alors quand ils ont quelque chose de Tennessee ils ne le tirent pas de Johnny mais de Williams, et avec quelques formules, aussi simples soient-elles, les Zen Zila séduisent par la pureté d’une poésie sans prétention : celle d’un « tramway nommé plaisir ». Mais il ne s’agit pas, ô grand jamais, d’une compilation de références qui tomberaient dans le vide. Si la spontanéité est ponctuée de clins d’œil classiques, allant de James Dean à Jenn Kelly en passant par Din Martin, derrière la forme Walid Chaib et Laurent Benitah livrent une véritable ode au temps présent. Et invitent non pas à oublier, mais à se laisser aller à l’instant.
« Si tu ne sais pas où tu vas, rappelle toi d’où tu viens »
S’ils chantent l’exil et le déracinement, si l’Algérie s’invite dans les rythmes et dans les textes, si le devoir de mémoire s’impose et s’il est bien des ombres que les Zila abordent, c’est le Zen, qui reste. « Il y a des gamins qui sont à l’écoute, et qui ont envie d’entendre des histoires qui finissent bien » confie Wahid. Comme lui était à l’écoute de Rachid Taha, quand il avait leur âge ? « Mon premier possible, résume Wahid, pour exprimer la révélation lumineuse pour ces deux adolescents que fut Carte de Séjour, premier groupe avant-gardiste de Rachid Taha, qui mélangeait rock et langue arabe. » C’est vrai, les mômes ont des oreilles, et le plus convainquant chez eux c’est que la lueur est plus qu’une position : comme le souffle qui vient du ventre leur chant a les profondeurs du cœur. Car l’espoir est comme dénudé, simplement ressenti et donné. Alors plus que le corrosif c’est l’amour surtout qui se dégage de ces « gueules de terriens », celui qu’ils vouent à la femme, à l’instant, à la France aussi. A la vie. A l’enfance dirons-nous : réalisant leurs rêves de mômes en invitant Rachid Taha pour « Galouli », ces amis de quinze ans laissent le parfum d’une cohésion solide, quelque chose de familial, de festif.
« L’idée de départ était simple : travailler avec des gens qui nous aiment », explique Laurent. Et bien ça se sent. Résultat de la complicité d’un duo, doublée de l’enthousiasme d’Erwin Autrique, producteur de leur premier album, qui est revenu de bon cœur s’atteler à la réalisation ? Sans doute. A cela s’ajoute la vivacité des musiciens, les anciens piliers du groupe stéphanois Dézoriental : Alawa Idir, Antony Gatta et Jean-Luc Frappal, leur fidèle violoniste Diane Delaunay et l’harmoniciste belge Steven Debruyn. Pourtant intimement on ne tombe pas amoureux des compos : en raï métissé on préfère Ibrahim Maalouf et, péché arbitraire, on n’est pas totalement fan du raï français. Mais mais mais… on prend un « coup d’amour » pour le rythme de leurs « 17 ans » et on prête une autre oreille dès que Walid Chaib et Laurent Benitah donnent dans l’acoustique, qui leur va… comme un médiator !
Au final ? Un « certain sourire », tiens, ça pourrait leur faire plaisir, qu’ils nous inspirent un titre de Sagan, qui avait elle-même tiré son nom de scène – littéraire – d’une princesse de Proust ? Peut-être bien ! Et après tout chez eux aussi, il y a cette lucidité, loin des strass certes, mais cette clairvoyance qui ne les prive ni de joie, ni d’indolence. Une nostalgie dépassée par les temps présents qui, loin de « l’ingratitude » dépeinte par Finkielkraut il y a quelques années, dirait plutôt : « avec le temps tout arrive ». Comme si les Zen Zila avaient suivi le conseil de Marc Aurèle, en accrochant leur « charrue à une étoile ».
A noter…
Zen Zila « Gueules de terriens » Sortie le 6 octobre 2008 13€
En concert le 5 novembre au Café de la danse Réservations sur Fnac Spectacles
Auteur : Axelle Emden pour CultureCie.com


« This is the hello monster ! » : Bonjour, Gérald K.
Paru fin mars 2010, « This is the hello monster ! » est le premier mini-album d’un drôle de type nommé Gérald K. Entre douce électro mélodique et pop mélancolique, ce petit monstre séduit. Jeudi 29 avril, il tiendra son récital pop folk avant-gardiste aux Trois Baudets à Paris. Artiste OVNI, album minimaliste, frissons multiples.






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