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« Lebanon », lion d'or mérité pour Samuel Maoz
l’une des réalisations les plus bouleversantes de cette rentrée. Un Lion d’or au dernier Festival de Venise amplement mérité.

Lion d’or au dernier Festival de Venise, « Lebanon » nous embarque dans le premier char d’assaut israélien qui a traversé la frontière libanaise en 1982. Après « Beaufort » de Joseph Cedar et « Valse avec Bachir » d’Ari Folman, c’est le troisième film de la nouvelle génération de cinéastes israéliens consacré à la Guerre du Liban. Les trois ont en commun de partir de l’expérience individuelle et du ressenti d’un soldat. Celui-ci est un huis-clos anxiogène, dur et bouleversant.

Par Nicolas Urlacher

« Lebanon » se déroulera entièrement à l’intérieur du tank. L’extérieur ne sera vu qu’à travers le viseur du canon. Il s’agit donc d’un huis-clos assez anxiogène, dont le principe est de faire vivre au spectateur l’expérience du réalisateur Samuel Maoz qui, âgé de 19 ans en 1982, fut une jeune recrue de l’armée…  tireur de char. Selon ses propres dires, ce dernier a mis 20 ans à évacuer cette expérience traumatisante. Et il ajoute que ce film, qui raconte d’un point de vue subjectif cette descente dans l’enfer de la guerre et de la mort, a joué un véritable rôle de catharsis.


Le réel dans le viseur

Au début du film, le dispositif de mise en scène peut évoquer une esthétique de jeu vidéo (de guerre) : on est embarqué dans le point de vue subjectif du tireur (champ de vision réduit, cadran du viseur…). Mais cette impression est très vite évacuée car le spectateur est surtout confronté à ce qui se passe à l’intérieur du tank : les relations entre les soldats et avec les supérieurs, les engueulades, les pétages de plomb, les questionnements sur les ordres donnés, la peur, le doute, la panique, le dégoût, la nausée…  Ce que l’on voit de l’extérieur est évidemment terrible et traumatisant (l’agonie d’un cheval en gros plan ou la femme qui cherche sa fillette morte dans les ruines de son immeuble bombardé, les « dégâts collatéraux »)…

« Je venais d'avoir 19 ans en mai 1982. La vie était belle. J'étais amoureux. Ensuite on m'a demandé de partir sur une base militaire et d'être le tireur du premier tank à traverser la frontière libanaise. Cela devait être une mission d'une journée toute simple mais ce fut une journée en enfer. Je n'avais jamais tué quelqu'un avant cette terrible journée. Je suis devenu une vraie machine à tuer. Quelque chose là-bas est mort en moi. Sortir ce tank de ma tête m'a pris plus de 20 ans. C'est mon histoire. »

Un absurde universel

Ce huis-clos est d’abord une expérience physique au sens propre du terme car nous sommes brinqueballés par ce monstre d’acier qu’est le tank. Ce dernier apparaît dans le film comme un étonnant organisme vivant qui transpire, suinte de toute part, vibre, hurle, grince, voit, tue et meurt… Les hommes qui se trouvent à l’intérieur sont à leur tour marqués physiquement par la saleté, l’huile, le sang, la transpiration voire l’urine. A la manière d’un Tarkovski dans « Stalker », qui est une référence non dissimulée pour le réalisateur, l’eau et le liquide sont omniprésents, et l’ambiance est poisseuse. Mais il ne s’agit pas que de cela.
Lebanon de Samuel MaozTout comme dans « Stalker » les personnages sont confrontés à un environnement hostile qu’ils ne comprennent ni ne maîtrisent, et qui les renvoie à leurs propres angoisses, à leurs propres limites, à leurs propres doutes. Aucun héroïsme ici. Aucun acte de bravoure. Que des questionnements face à l’horreur et à la guerre, qui paraît absurde. Certains reprochent au film de manquer d’une dimension plus critique et politique. Ne pourrait-on pas plutôt envisager que le questionnement individuel face à la guerre, quand il prend aux tripes de cette manière, est déjà en lui-même un discours… moral, politique, éthique et esthétique ? C’est en tout cas ainsi que nous avons reçu le film de Samuel Maoz, qui est l’une des réalisations les plus bouleversantes de cette rentrée. Un Lion d’or au dernier Festival de Venise amplement mérité.

A noter absolument…

« Lebanon »

Réalisé par Samuel Maoz
Avec Yoav Donat, Itay Tiran, Oshri Cohen…
Long-métrage israélien. Genre : Drame
Durée : 1h32 min
Année de production : 2009
Distributeur : CTV International
Dans les salles depuis le 3 février 2010

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Le 04-02-10 - 16:22

Auteur : Nicolas Urlacher pour CultureCie.com

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