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« Be Happy » de Mike Leigh : déroutant
Il suffit parfois d’un surnom pour résumer la philosophie d’une personne. A trente ans, Pauline, institutrice londonienne, célibataire, en colocation depuis dix ans refuse de se séparer du petit nom dont elle a écopé à deux ans : Poppy. A l’image de ce sobriquet, la jeune femme est haute en couleur, délurée, excentrique mais inoffensive, pleine de bonnes intentions et avant tout, optimiste devant l’éternel.
Le pitch…
C’est l’histoire de Poppy… enfin, une tranche de la vie de Poppy. Que dire ? Le quotidien de Poppy est un tourbillon. De ses cours en primaire à ses séances de trampoline, ses leçons de flamenco ou de conduite, en passant par ses fêtes alcoolisées, ses pauses thé avec Zoé sa colocataire ou ses sœurs, un détour chez l’ostéopathe, ses rêves de grand amour et ses nuits blanches du week-end, pas le temps de souffler. Poppy vit à cent à l’heure, au jour le jour, sans jamais prendre ombrage des nuages qui passent au-dessus de sa tête. Une drôle de petite bestiole qui ne tient pas en place, grimace, chante, danse… Tant qu’elle en donnerait presque le tournis...
La critique [perplexe] d’Anne-Laure Bovéron…
Cette plongée dans le quotidien de Poppy a de quoi décontenancer. Aux premières scènes on se demande vraiment où veut en venir Mike Leigh, le réalisateur. En guise de fil conducteur voire narratif : le retentissant rire de Poppy. Un peu léger… Faut-il se contenter du portrait d’une jeune femme optimiste envers et contre tout et qui tente d’égayer son petit monde ?
Poppy est au demeurant sympathique, mais elle a aussi un indéniable potentiel irritant. Un petit grain de folie, d’accord. Il est le bienvenu, surtout de nos jours et dans le milieu des classes populaires, cher au cinéaste. On rit de bon cœur aux premières blagues. Mais rire de tout, aux éclats et en permanence, comme le fait Poppy… devient insupportable. En supportant la sautillante Poppy depuis dix ans Zoé, la colocataire, plus calme et plus réfléchie, prend des allures de sainte ! Au bout d’une bonne demi-heure de film une lassitude face à tant de sourires et une impression de « oui, mais encore ? » pointent leur nez.
Et puis … Mike Leigh glisse quelques touches sombres dans ce bonbon sucré à l’excès. Des petits riens : l’évocation du célibat prolongé de Poppy et ses mimiques en guise de réponse, le vol de son vélo… Mais son sourire tient bon ! Une petite dose de noir en plus dans le tableau, et voilà l’héroïne confrontée à des réalités plus glauques: un élève rossé par son beau-père, un moniteur d’auto-école visiblement malheureux, agressif, hermétique à la légèreté de son élève ou encore le malaise d’une de ses sœurs qui a choisi une vie rangée, cadrée, balisée et qui, malgré son ventre arrondi, ne semble pas si épanouie… Alors là, on respire. Oui, la vie est belle, mais pas toujours rose. On se serait presque cru dans une autre dimension…
Et on s’interroge, comment va réagir Poppy – grand suspense ? Son apparent bonheur ne serait pas une illusion ? Une facilité ? Une manière d’occulter une partie de ce qui fait la vie ? Ou de l’indifférence voire du mépris pour ceux qui n’ont pas, comme elle, le rire facile ? Va-t-elle se voiler la face sur la moitié du monde moins chamarrée que ses tenues olé-olé ? Et là, nos doutes s’évaporent… Oui, Poppy a ses faiblesses : elle ne sait pas toujours aider les autres comme elle le souhaiterait et se réfugie derrière un indéfectible espoir.
Un autre couperet tombe grâce à ses personnages secondaires névrosés à l’extrême. L’attitude de Poppy, toute aussi excessive soit-elle, n’est-elle pas la meilleure position à tenir ? Son irrévérence et son manque de sérieux ne sont rien d’autres que les fruits d’un optimisme démesuré, pas une fuite. Finalement, cette fille qui a de quoi agacer se révèle plus fine que ce que l’on croyait. Ouf, nous voilà sauvés !
Toujours est-il que de tels individus sont rares et passablement insupportables. Optimiste mais usante Poppy. On comprend qu’entre elle et son prof de conduite incapable de rire, il s’agit de trouver un juste milieu (dont Zoé se rapproche peut-être le plus). Mais comme les deux amies le concluent, la route est longue pour devenir adulte … Et à chacun sa voie.
Les petits plus…
Sally Hawkins explose dans le rôle de Poppy, qui lui a valu l'Ours d'argent de la meilleure actrice au Festival de Berlin 2008. Mais pourtant, cette comédienne n’en est pas à sa première expérience. Elle avait déjà collaboré avec Mike Leigh sur d’autres longs métrages. C’est une habitude pour ce cinéaste d’employer des acteurs avec lesquels il avait déjà tourné : il avait déjà dirigé Alexis Zegerman sur les planches d’un théâtre. « Be happy » est d’ailleurs la première expérience cinématographique de cette comédienne.
Ne dîtes pas à Mike Leigh qu’il signe ici sa première comédie, il s’en offusquerait. Leigh clame haut et fort qu’il n’est pas novice en la matière et que dans plusieurs de ses films, ses héros ont la même tendance que Poppy : aider les autres. Et qu’importe la couleur du décor, noir ou rose !
La presse en parle…
« Titre explicite (l'original est Happy-Go-Lucky), Be Happy exhorte à la joie de vivre. Considérant que le monde est une scène où il vaut mieux jouer à espérer que pleurer, persuadé que chaque individu détient les clés de son personnage même si son costume est déterminé par son environnement social, Mike Leigh prône la quête de l'émerveillement dans un contexte désenchanté. » Le Monde - Jean-Luc Douin.
« Alors, sympathique ou non, cette Poppy ? En tout cas, un personnage fort puisqu’il oblige chacun à se positionner quant à sa propre idée du bonheur ». Muze – Joséphine Lebard.
« Ce petit paquet d'énergie rose bonbon sait bien que la vie est dure, elle a peut-être vu les autres films de Mike Leigh, cinéaste qui s'est souvent attaché à montrer la face la plus sombre de la réalité britannique, allant fouiller dans les plis les plus sordides de la question sociale dans Naked, All or nothing ou Vera Drake. Mais bon, Poppy, elle, a la pêche. Une grosse patate. Une sacrée banane. […]Mike Leigh surprend avec ce film gentil, très gentil, sans doute un peu trop, lui qui, donc, a plutôt donné dans le drame bien sinistre comme il faut. » Chronicart – Jean-Phillipe Tessé.
A noter…
« Be happy » (Titre original: “Happy-Go-Lucky”) Réalisé par Mike Leigh Avec Sally Hawkins (Poppy), Alexis Zegerman (Zoé), Eddie Marson (Scott) Comédie Durée: 01h58 Date de sortie : 27 août 2008
Sortie DVD: 5 mars 2009 Chez TF1 Vidéo 20€ environ "Be Happy" sur Amazon
Liens:
www.behappy-lefilm.mk2.com
Auteur : Anne-Laure Bovéron pour CultureCie.com

« La Rafle » : quand le mélo pèse…
Cinq ans de préparation, un travail colossal de recherche avec l’aide providentielle de Serge Klarsfeld pour reconstituer au plus près de la réalité historique la rafle du Vel d’Hiv de 1942. Au final un film certes très honnête, mais qui n’évite pas les écueils du pathos à bon marché en plus d’un Jean Reno insipide. Un outil pédagogique réussi mais pas un grand film.




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