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« Bellamy » : Suprême de Chabrol
1.Claude Chabrol & Gérard Depardieu dans "Bellamy" de Claude Chabrol
2. Gérard Depardieu & Vahina Giocante
Moins une enquête policière que le crépusculaire état des lieux d’une société en pleine déliquescence, le dernier Chabrol, tout en conservant sa verve antibourgeoise et son style où chausse-trappes et trompe-l’œil se jouent des coudes, laisse diffuser ça et là des vapeurs de fin du monde. Le regard est toujours narquois mais la mort plane plus que jamais…

De quoi ça parle ?

Un commissaire en vacances mène une enquête sans vraiment la mener. En famille dans sa résidence secondaire, il mène sa petite existence bourgeoise que viennent perturber bien des éléments : un frangin qui débarque, un illuminé qui rode autour de chez lui pour finir par lui avouer un crime…

La critique [enflammée] de Franck Bortelle…

Quel personnage de ce film un Noé pour le genre humain sauverait-il du déluge ? Le commissaire Bellamy, ancien alcoolique au passé pas très net et qui reprend de la bouteille ? Sa femme, trop bonne pour être franchement honnête ? Son demi-frère ancien taulard, voleur et colérique qui vient semer le boxon dans le couple ? Cet énigmatique Noël Genty qui trimballe un faux nom et de vraies emmerdes en s’accusant d’un crime qu’il dit ensuite n’avoir pas complètement commis ? Ce magistrat dont est brossé le portrait en une formule lapidaire (« magistrat avant d’être alcoolique »). La masseuse, pute à ses heures et pas très nette non plus ?

Non décidément, peu de candidats au sauvetage. La fange bourgeoise provinciale dans laquelle tous pataugent, malgré une relative stabilité dans le couple Bellamy (Depardieu/Bunel tous deux excellents), les étouffe inexorablement. Ce n’est pas nouveau chez Chabrol. Mais le règne des apparences s’effondre dans « Bellamy » là où il subsistait encore dans « La Cérémonie » ou « La Fleur du mal ». Ça sent le sapin… Il plane comme un parfum mortifère inédit. Non seulement ça clamse pas mal, mais la séquence d’ouverture sur le cimetière marin de Sète avec plan sur la tombe de Brassens, grand troubadour de la Camarde, ne laisse pas le moindre doute, pas plus que les velléités de bricolage du commissaire qui, pour fabriquer des étagères (qu’il ne fera pas d’ailleurs), part s’acheter planches et clous, futur cercueil de sa tranquillité.

Jacques Gamblin dans Bellamy de ChabrolMais Chabrol ne serait pas Chabrol sans le regard goguenard porté sur ces personnages et s’il n’y avait pas cette ironie mordante, ce jeu du chat et de la souris permanent d’où jaillissent des situations d’une perfide drôlerie et d’une assez jubilatoire méchanceté. La caméra virtuose se balade, le plus souvent à hauteur d’homme, sinueuse, ouvre des portes derrière lesquelles une (contre)vérité se laisse prendre au piège, Chabrol maniant le trompe-l’œil comme personne, fortement aidé par les musiques lancinantes de plus en plus précises et inspirées de son fils Mathieu. Capable de dire une chose et son contraire dans un même plan, il réussit ici à faire mener une enquête officielle par un inspecteur qu’on ne verra jamais (un certain Leblanc : clin d’œil à Arsène ?) et de ne filmer qu’un commissaire en vacances qui opère (il le dit à plusieurs reprises) « à titre strictement privé ». Une enquête qui ne constitue d’ailleurs pas l’essentiel du propos. Chabrol ayant dépassé cela depuis longtemps. Car c’est en fouillant au plus profond des êtres, de leurs fêlures et félonies qu’il atteint la plénitude de son savoir-faire. C’est en jouant les éternels marginaux que ce bourgeois très autocritique tire toute la jouissive quintessence des travers humains dont il fait ses films. Et même si les morts gouvernent beaucoup les vivants dans ce 57ème opus du cinéaste, on en sort avec cette joie que procure un bon vin, une bonne bouffe, un bon film…  C’est dire les raisons qu’on a d’être joyeux avec cette cuvée-là. Que la bête meure, mais que la joie demeure…

Depardieu/Chabrol, première !

C’est leur premier film ensemble. L’affiche d’ailleurs le souligne avec insistance. Ils ont un siècle de cinéma à eux deux, une filmo cumulée de 200 films et pourtant ils ne s’étaient jamais rencontrés. Les deux plus épicuriens phénomènes de notre cinéma français se mettent donc à table pour la toute première fois.  Les y rejoint Clovis Cornillac, également nouveau venu dans la bande de Chabrol. Gamblin, quant à lui, était déjà au générique du très réussi « Au cœur du mensonge ».

Gérard Depardieu & Clovis Cornillac dans Bellamy de ChabrolA table !

Un film de Chabrol sans séquence de repas ? Inimaginable. Non seulement parce que Chabrol fait rimer cinéma avec petits plats mais surtout parce que ce sont systématiquement au cours de ces séquences gastronomiques que se dénouent ou se complexifient les intrigues.

Le trompe l’œil…

Superposition d’images dans un miroir (« Merci pour le chocolat »), utilisation d’une paroi vitrée avec personnage de part et d’autre pour intensifier une séquence (la magistrale ouverture de « La Cérémonie ») où encore une succession de deux plans se mentant l’un l’autre pour mieux déstabiliser le spectateur (Sandrine Bonnaire dans son jardin dans « Au cœur du mensonge » ou Marie Bunel à deux reprises dans « Bellamy ») : Chabrol a hissé le mensonge au sommet depuis des années. Le cinéma, art qui ment à 24 images secondes ? Chez Chabrol c’est une certitude. Parfois ce sont même les décors qui mentent (l’appartement d’Antoine de Caunes dans « Au cœur du mensonge »).

Chabrol en chanson…

Michel Jonasz et « Changez tout » clôturait « Rien ne va plus ». Nombreuses sont les chansons, toutes époques confondues, qui persillent les films de Chabrol. « Bellamy » innove avec Brassens auquel est rendu un très bel hommage, depuis le plan de sa tombe jusqu’au personnage qui le collectionne. Brassens/Chabrol : entre la pipe, la bonne bouffe et les femmes, on ne sait quel trait d’union choisir, tant ce duo semble couler de source.

La presse en parle…

« Quoique d'un réalisme presque sans relief, le film de Chabrol est envahi de rêves et de cauchemars, et le plan initial de l'homme endormi prend tout son sens. » Jean-François Rauger - Le Monde

« Claude Chabrol s'apparenterait presque à un grand, voire un très grand metteur en scène. Nous n'en doutions pas. (...) Avec Bellamy, le maître réussit l'une de ses œuvres les plus abouties. Mille mercis. » Gilles Botineau - Dvdrama

« Claude Chabrol réitère sa maîtrise du double jeu par la grâce de Depardieu. » Dominique Widermann - L’Humanité

« L'étrangeté générée par ce film atypique provient à la fois de la mise en scène, volontairement plate, de la musique dissonante, typiquement chabrolienne, et du jeu décalé des acteurs (...) Drôle de film. » Christophe Narbonne - Première

« Bellamy » de Chabrol - Avec Gérard Depardieu, Clovis Cornillac, Jacques Gamblin, Marie Bunel, Vahina Giocante, Marie Matheron, Adrienne Pauly…« Entamé un peu mollement comme une série B genre Poulet au vinaigre, Bellamy s'achève froidement comme un film noir à la Duvivier, rongé par la culpabilité et le dégoût de soi. » Jacques Morice - Télérama

A noter…

« Bellamy »
Un film de Claude Chabrol
Avec Gérard Depardieu, Clovis Cornillac, Jacques Gamblin, Marie Bunel, Vahina Giocante, Marie Matheron, Adrienne Pauly…
Scénario et dialogue : Claude Chabrol et Odile Barski
Musique : Mathieu Cabrol
Sortie le 25 février 2009
Durée : 1h50

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Au coeur du mensonge de Claude Chabrol - Avec Sandrine Bonnaire, Jacques Gamblin, Bulle Ogier  La Fille coupée en deux de Claude Chabrol - Avec Ludivine Sagnier, François Berleand, Benoît Magimel  Sueurs froides de Claude Chabrol - Avec  Michel Piccoli, Guy Marchand, Arielle Dombasle, Gérard Jugnot, Zabou...

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Le 03-09-09 - 02:46

Auteur : Franck Bortelle pour CultureCie.com

Voir: Architecture, Patrimoine & Design : Evénéements, Arts & ExpositionsVoir: Dans les salles
A Barbès, le Louxor renaît de ses cendres
La façade du Louxor en 2013. Visuel de simulation. © Illustration Architectes- Réalisation Art Graphique et Patrimoine

Quelques peintures défraîchies de pharaons et autres morceaux de mosaïques… Voilà tout ce qu’il reste du Louxor, ancien « palais du cinéma » construit en 1921, et laissé à l’abandon pendant plus de vingt ans. Racheté par la Ville de Paris en 2003, ce joyau du 7ème art, emblème du style néo-égyptien, devrait (enfin) renaître de ses cendres d’ici 2013, grâce à un programme de réhabilitation qui tentera de conjuguer patrimoine et modernité. Un chantier ambitieux démarré début mai.





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