Cinéma : notre top 10 des années 2000
Les fins d’années sont toujours propices aux rétrospectives, mais avec 2009 ce n’est pas seulement une année qui s’achevait mais bien une décennie… Quels sont les dix films qui ont marqué les années les 2000 ? Notre top 10 international toutes catégories confondues, à redécouvrir du fond de son lit en DVD…
Par Nicolas Urlacher
10. LA CIÉNAGA (Lucrecia Martel, Argentine, 2003)
Des histoires de familles de la petite bourgeoisie argentine en temps de crise, pas très reluisantes. Le tout dans une région marécageuse sous un climat lourd et un air poisseux. Tel est le contexte peu attrayant de ce film pourtant magnifique, qui est sûrement le meilleur représentant de cette nouvelle vague argentique, si prolifique dans la décennie écoulée. Un film fascinant, physique, sensoriel et riche de sens.
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9. LA GRAINE ET LE MULET (Abdellatif Kechiche, France, 2007)
Sûrement la plus belle réussite du cinéma français de ces dix dernières années. Un chef d’œuvre qui tient en haleine le spectateur 2h30 durant, et fait monter la tension de manière presque insupportable dans la dernière demi-heure, comme peu de thrillers savent le faire. Et pourtant il s’agit de la chronique d’une famille simple et d’origine maghrébine, qui se met en tête de monter un restaurant de couscous... Ce contraste résume à lui seul le génie de cette réalisation qui fait exploser les barrières entre cinéma d’auteur et cinéma populaire, entre style documentaire et fable romanesque. Un grand coup de vent frais sur le cinéma français, qui en a bien besoin…
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8. ELECTION 1 / ELECTION 2 (Johnny To, Hong-Kong, 2007)
Deux films absolument passionnants sur les triades chinoises (la mafia) à Hong-Kong. La force de ce diptyque tient d’une part à sa réalisation maîtrisée de bout en bout mais aussi à sa justesse, son suspens et son rythme effréné, sans compter qu’il oscille entre narration classique de genre et innovation stylistique totale, entre action pure et multiples lectures possibles…
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7. LA MORT DE DANTE LAZARESCU (Cristi Puiu, Roumanie, 2006)
Chef d’œuvre et prouesse ! Prouesse que de nous captiver 2h30 durant, à suivre un vieillard moribond trimballé d’hôpital en hôpital dans un Bucarest post-Ceaucescu aussi mal en point que le patient, le tout caméra à l’épaule. Et pourtant on ne décroche pas une seule seconde de ce film au rythme fou, drôle et dramatique. Chef d’œuvre par l’envergure qu’atteignent cette histoire et ces personnages qui, tout en subtilité, prennent une épaisseur toute mythologique… entre Kafka, Sophocle, « Urgence » (la série, oui !), Kiarostami, Dante et Rohmer… rien que ça ! Une grande leçon de vie et de cinéma.
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6. UN COUPLE EPATANT / CAVALE / APRES LA VIE (Lucas Belvaux, France, 2003)
Kurosawa, avec « Rashomon » avait réussi à filmer en un film plusieurs versions de la même histoire. Avec sa trilogie, Lucas Belvaux complique encore la chose en réalisant une prouesse scénaristique : il filme la même histoire trois fois de suite en se focalisant, dans chaque film, sur un personnage secondaire des autres volets. Et cela donne trois films indépendants et pourtant totalement imbriqués, se complétant et donnant naissance à un autre film : celui, virtuel cette fois-ci, que reconstitue le spectateur au fur et à mesure des projections. Une trilogie magistralement réalisée, et qui donne le vertige.
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5. PUSHER (trilogie) (Nicolas Winding Refn, Danemark, 2006)
Grosse surprise et grosse claque venue du Danemark, ces trois films qui se suivent dépeignent sans concessions le milieu de la pègre et des dealers à Copenhague. Nicolas Winding Refn ne fait pas moins, avec cette trilogie, que renouveler et réinventer le film de gangsters. On est loin de Scorsese mais c’est tout aussi passionnant… Les personnages ne sont jamais idéalisés mais filmés au plus près de manière presque documentaire et brute. Chacun des trois films adopte le point de vue d’un des personnages. A la fin du troisième « épisode » on n’a qu’une envie : que ça continue, comme une série à laquelle on devient accro…
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4. HAMACA PARAGUAYA (Paz Encina, Paraguay, 2006)
Un premier film incroyable d’audace et de poésie. Un film rare, difficile et beau. Du pur cinéma. Un film épuré à l’extrême, qui sort des sentiers battus de la narration scénarisée mais qui fonctionne sur la poésie de l’évocation, du non-dit, de l’émotion sensorielle. Chaque bruit, chaque détail est chargé de sens, d’émotion, de sincérité. Entre Straub et Duras mais en guarani… et en mieux. Le seul film paraguayen en 30 ans et à côté duquel la grande majorité de la presse est complètement passée… Gageons pourtant que ce film et ceux d’Apichatpong Weerasethakul sont les plus innovants de la décennie. Et attendons la suite avec impatience.
3. LE RUBAN BLANC (Michael Haneke, Autriche, Allemagne, 2009)
La rigueur d’un Bresson, la beauté d’un Bergman, la profondeur d’un Dreyer. Palme d’or méritée à Cannes en 2009. En faisant un film sur un village protestant du nord de l’Allemagne à la veille de la 1ère Guerre Mondiale, Haneke a trouvé un sujet qui colle parfaitement à son esthétique.
2. GERRY (Gus Van Sant, USA, 2004)
Se débarrassant du concept de scénario (comme autrefois Antonioni avec « L’Avventura ») Gus Van Sant signe son film le plus personnel et… son chef d’œuvre. Epuré au maximum (deux amis marchent et se perdent dans le désert de la Valée de la Mort) « Gerry » est un poème filmique d’une saisissante beauté. Une expérience sensorielle et métaphysique, une plongée dans des contrées inconnues, au propre comme au figuré.
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1. SARABAND (Ingmar Bergman, Suède, 2004)
Dernier film de Bergman avant sa mort, dernier chef d’œuvre. Le couple de « Scènes de la vie conjugale » (interprété par les comédiens fétiches de Bergman Liv Ulman et Erland Josephson) se retrouve 30 ans après. Comme toute l’œuvre de Bergman ce film s’impose comme une évidence. Modèle de mise en scène, de dépouillement, d’interprétation, de noirceur, de lucidité sur la nature humaine. Modèle d’interprétation, de sincérité, de profondeur, « Saraband » fascine du début à la fin et donne envie de se replonger dans toute l’œuvre magistrale du maître suédois.
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