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Et Abrams ressuscita « Star Trek »
Star Trek par JJ Abrams en DVD
JJ Abrams l'a seriné lui même à longueur d’interviews : il n'est pas un fétichiste de « Star Trek », même si la première série l'a marqué dans son enfance et que lui même a toujours voué une sympathie bienveillante à l'égard de cet univers. Les scénaristes du film en revanche, en particulier Roberto Orci (co-auteur de « Fringe » et, ouille, de « Transformers »), sont des « die hard fans ». D'où la schizophrénie du résultat final, entre fidélité et trahison totale de la franchise.

Par John Plissken

Star(t) « origin story »

L'idée de base de ce « Star Trek » est bête comme chou mais, comme le sait pertinemment JJ Abrams en expert qu'il est du cortex geekien, elle exploite le filon le plus adulé des fanboys : une « origin story ». Bien vu : Hollywood nage en pleine fibre mélancolique revival et le public geek ne vibre jamais autant que devant le récit de la naissance de ses mythes fétiches. En choisissant, plutôt que de se risquer à créer de nouveaux personnages inconnus au bataillon, de rajeunir les figures familières de Kirk, Spock et consorts, Abrams et ses deux scénaristes (Orci et Alex Kurtzman) font mouche là où Lucas s'est dramatiquement planté avec ses prequels de Star Wars en bois (de synthèse).

Star Trek par JJ Abrams, 2009La scène d'ouverture en impose. L'espace, une entrée de champ majestueuse d'un vaisseau spatial (l'USS Kelvin) accompagnée en bruit de fond d'un écho radar kitschounet rappelant, si je ne m'abuse, celui de la série des sixties. Puis l'attaque du navire par une forme effrayante surgie de nulle part, bouche monstrueuse hérissée de saillies métalliques colossales face auxquelles le Kelvin brille par son insignifiance. L'agresseur est un vaisseau Romulien venu du futur... et son raid ne fera pas de quartier. Dès ces premières secondes, nous y sommes. JJ Abrams maîtrise parfaitement la grammaire visuelle de « Star Trek » en y ajoutant ce qui a toujours manqué aux films précédents : du punch !
A lui seul, un plan de cette scène choc suscite plus de sensations que les dix Star Trek précédents réunis : alors que le Kelvin est progressivement mis en pièces par les tirs romuliens, la caméra frénétique suit une membre d'équipage paniquée, courant se mettre à l'abri, jusqu'à ce qu'une nouvelle déflagration déchire la coque du vaisseau et propulse la malheureuse dans le silence sidéral. Effrayant et impliquant : on a vraiment l'impression d'y être. Le capitaine du Kelvin n'est autre que le père de James T. Kirk. Il périra dans l'attaque, non sans s'être sacrifié pour permettre à ses hommes et son épouse enceinte de fuir.

Zachary Quinto dans Star Trek de JJ AbramsDepuis son module de sauvetage, elle verra son mari mourir sous ses yeux quelques secondes après avoir donné naissance à un petit James Tiberius Kirk, dans les larmes et le désespoir. Typique de ce vieux schizo de JJ Abrams : mêler une certaine cruauté avec du mélo plus ou moins mielleux. « Lost » est truffé de ce procédé.
Tout le reste du film montre comment et pourquoi cet assaut meurtrier va déterminer l'avenir de Kirk... et au passage bouleverser la franchise « Star Trek » via un bon vieux paradoxe temporel. Astucieuse idée pour justifier certaines retouches de taille concernant les héros, qui font déjà hurler moult fans (oui, Sulu a un sabre magique, Kirk malmène la « prime directive » et Uhura roule des pelles à...oups… failli gaffer !)


We star it…

Star Trek par JJ Abrams, 2009Difficile cependant de bouder son plaisir devant ces 120 minutes de fun magistral et presque sans temps mort. Comme Joss Whedon, JJ Abrams a un sens inné de l' « icônisation » et multiplie les « money shots » pour les fans, comme pour les non-trekkies vaguement familiers de cet univers. Qu'il s'agisse de l'Enterprise en construction, des « live long and prosper », des vues de l'équipage de l'Enterprise au complet en combi moutarde ou bleu marin ou encore des panoramiques spatiaux de toute beauté : on en a pour son argent et le frisson mélancolique nous étreint. A ce sujet, les effets visuels d'ILM sont extraordinaires et les 150 millions de dollars de budget semblent bel et bien à l'écran (l'avantage d'éviter l'embauche de stars au générique, ma bonne dame...).
C'est d'ailleurs la première fois, depuis le tout premier « Star Trek » de Robert Wise en 1979, qu'un film de la franchise est nanti d'un vrai budget de blockbuster de première classe. Une enveloppe qui a permis à JJ Abrams de montrer autre chose qu'une bande de glands en collants accrochés à leurs tableaux de bord mais là réside aussi l'un des défauts du film.

Certes, comme il nous l'annonçait, JJ a bel et bien montré un 23e siècle « incarné », via de superbes plans d'immenses gratte ciels de San Francisco et quelques scènes se déroulant dans des lieux de vie sur Terre (bar, chantier, appartement...). Mais ces efforts ressemblent davantage à un alibi, un décor en trompe l'oeil, faute d'être réellement intégrés à la narration. Rien ne se passe ni n'est montré en dehors des murs de la Starfleet academy et lorsque les Romuliens s'attaquent à la Terre, la caméra ne quitte jamais l'enceinte du bâtiment et se contente de montrer, de loin, un immense rayon d'énergie frapper tout près du Golden Gate bridge. Frustrant...
Tout en cédant à la mode agaçante du « cadrage à l'épaule pour faire actuel », le film reste lisible et offre une bonne demi-douzaine de morceaux de bravoure visuels vraiment excitants, dont une fameuse scène de « space jump » de Kirk et Sulu en direction de la planète Vulcain, à vous décrocher la mâchoire.

Anton Yelchin dans Star Trek de JJ AbramsZoë Saldana dans Star Trek de JJ AbramsLes acteurs ? Rien à redire : c'est un sans faute, avec une mention perso à Zoë Saldana (Uhura) et l'hilarant Anton Yelchin (Chekov). Sans être renversants, Chris Pine (Kirk) et Zach « Sylar » Quinto (Spock) sont aussi dans la note, tandis que le chouchou de ces geeks Simon Pegg remplit son contrat rire en Scotty. Surtout, l'introduction de chacun des protagonistes est l'objet de scènes toujours savoureuses. Aucun d'entre eux ne rate son entrée et dans le genre, celle du docteur McCoy (Karl Urban !), verbe haut et sale carafon de rigueur, est un petit chef d'oeuvre.
Enfin, JJ Abrams a très judicieusement réussi la soudure entre le public traditionnel de « Star Trek » et les nouvelles cibles via le retour de Leonard Nimoy en Spock venu du futur. C'est par lui, vitrine la plus familière de la saga, et le discours qu'il lui prête que le réalisateur symbolise l'ambition nouvelle de Star Trek : ne jamais oublier totalement la tradition tout en poussant ses héros vers une voie nouvelle.

Alors, « Star Trek » cru 2009, un chef d'œuvre de la SF ? Sûrement pas mais ce n'est pas ce qu'on lui demande. Pop corn movie assumé mais jamais crétin, spectacle somptueux, roller coaster généreux et maligne refonte du mythe : la fiesta spatiale de JJ Abrams remplit impeccablement son contrat et propulse enfin la franchise vers une réelle envergure cinématographique. Certes, on imagine bien la cascade de calculs marketing qui a dû présider à cette colossale entreprise (attention, calembour masqué) destinée à réanimer une juteuse franchise pour Paramount. Et alors ? Au final, le plaisir est là et pour la première fois, on peut dire à la fin d’un « Star Trek » que l’on trépigne déjà en attendant la suite. Longue vie et prospérité à JJ Abrams !

Le blog de John Plissken (from Mars): www.jpmars.com

Chris Pine dans Star Trek de JJ AbramsA noter…

« Star Trek »
Réalisé par J.J. Abrams

Avec Chris Pine, Zachary Quinto, Eric Bana, Zoë Saldana, Anton Yelchin, Simon Pegg...

Film américain.
Genre : Science fiction, Drame, Aventure, Action
Durée : 2h 8min.
Année de production : 2009
Distribué par Paramount Pictures France

Date de sortie :  06 mai 2009
En DVD le 27 octobre 2009

DVD, bandes originales, téléchargement de vidéos & de musique des « Star Trek » sur Fnac.com

Première publication de cet article : 14/4/2009

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Le 27-10-09 - 19:17

Auteur : John Plissken pour CultureCie.com

Voir: Architecture, Patrimoine & Design : Evénéements, Arts & ExpositionsVoir: Dans les salles
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