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Gran Torino : Eastwood dans le jardin du bien et du mal
1. Clint Eastwood sur le tournage de "Gran Torino"
2. Ahney Her sur le tournage de "Gran Torino"
Le dernier géant d’Hollywood signe un nouveau chef-d’œuvre qu’il faut décrypter en se faufilant bien au-delà des codes du mélo, du polar ou de la tragédie. Mais c’est aussi et surtout un film qui, tout en empruntant à tous ces genres, lorgne résolument sur l’autodérision, art dans lequel Clint Eastwood est passé maître depuis déjà belle lurette. Le film débarque en DVD le 3 juillet.

Le pitch : en voiture, Papy !

Un vieillard atrabilaire et cacochyme perd sa femme et se retrouve seul dans une baraque qu’il protège comme une forteresse, en faisant la loi dans son quartier où les populations asiatiques lui rappellent la Corée dont il est revenu plus meurtri qu’il ne veut bien le reconnaître. Il va pourtant se laisser dompter par ces « bridés » comme il les appelle, et s’attacher à un gamin qui au départ a tenté de lui voler la prunelle de ses yeux : une voiture Gran Torino qu’il bichonne comme la 8ème merveille du monde. 

La critique [et même le coup de foudre !] de Franck Bortelle...

« Je le fais c’est tout ». Cette phrase servait d’accroche à la Une des « Cahiers du Cinéma » à la sortie du multi oscarisé « Million dollar baby », flamboyant mélo humaniste d’Eastwood. Elle résume la totale liberté d’un cinéaste qui, certes, en a les moyens, mais surtout le talent. Eastwood jouit aujourd’hui de toutes les latitudes pour faire le cinéma dont il a envie, comme le prouve ce dernier opus.

Clint Eastwood sur le tournage de « Gran Torino »Liberté de rire de soi-même pour commencer. Rarement le cinéaste-comédien se sera autant auto-parodié. « Jugé coupable » (« True crime ») nous montrait un homme fatigué d’une vie trop remplie par les vides existentiels et les bouteilles de whisky, mais avec pour finalité une vie à sauver. Ce qui donnait un film admirable, violent réquisitoire contre la peine de mort mais aussi autoportrait à peine masqué. « Les Pleins pouvoirs » réservait d’hilarantes séquences (le cambriolage du début) où Eastwood comédien, gauche et flegmatique, se laissait mener par son double cinéaste goguenard à souhait. Avec « Gran Torino », il prend comme référant ses propres rôles. Crachant beaucoup moins virilement que dans « Le Bon, la brute et le truand » et toussant comme un tubard à force de tabagisme, ou braquant dans une posture ridicule son arme sur des gamins dont il ne toucherait pas un cheveu, le cinéaste nous renvoie à ses films controversés tels que les « Inspecteur Harry ». Et c’est immensément drôle d’entendre cet octogénaire bougonner (en V.O d’office !), de voir ce comédien qui a rarement été aussi bon.

Clint Eastwood & Bee Vang sur le tournage de « Gran Torino »Liberté d’émouvoir aussi. Sans s’embarrasser de subterfuges, Eastwood touche là où ça fait mal. Sans ambages. Sans circonlocutions. Et il livre un plaidoyer contre l’intolérance qui fera date. Il mène son film comme les précédents : de manière archi-classique, à la Douglas Sirk, à la John Ford. Avec cet humanisme qui habite l’intégralité de ses dernières œuvres, du pourtant moyen « Créances de sang » à l’éblouissant « Mystic River ». On en vient à se demander ce qui ne conduit pas ces films sur les pentes savonneuses du lacrymal à deux balles. Tout y est pourtant : la petite musique (qu’Eastwood compose lui-même parfois) avec un thème qu’on retient illico, la profondeur abyssale de la tragédie qui se joue sur l’écran, le final monstrueusement mélo (« Million dollar Baby »). Et pourtant on se laisse prendre, enlever, captiver comme chez Almodovar. Inexplicable ? Non, car la plus belle chose qu’Eastwood réussit dans tous ses films reste la pudeur. Cette retenue qui change tout. « Gran Torino » en ce sens est un modèle absolu. Non seulement il emprunte des chemins pas si balisés qu’ils en ont l’air, mais il parvient de surcroît à éviter ces boursouflures élégiaques insupportables dans lesquelles s’enfoncent ses collègues aux productions lacrymogènes et souvent ridicules (« Un automne à New York », « Krammer contre Krammer », « Patient anglais » et autres). Si l’on ajoute à cela l’excellent directeur d’acteurs qu’a toujours été Eastwood (Hillary Swank, Sean Penn et Morgan Freeman lui doivent un Oscar), une caméra virtuose et un montage serré et redoutablement efficace, force est de classer son dernier film, chant crépusculaire d’une carrière éblouissante, au panthéon des chefs-d’œuvre.

Eastwood roi du box-office...

Avec plus de 800.000 entrées en première semaine, « Gran Torino » se place en tête du box-office français tout en étant le film d’Eastwood qui marche le mieux de toute sa carrière. Le précédent film du cinéaste « L’Echange » n’avait démarré qu’à 400.000 entrées en première semaine pour finir sa course à 1,3 millions de spectateurs sur toute la France. «  Mystic River » avait franchi péniblement le million. Le précédent « carton » de Clint Eastwood remonte à « Million dollar baby » qui avait dépassé les trois millions de spectateurs.

La presse en parle [unanimement en bien]…

Clint Eastwood sur le tournage de « Gran Torino »« (...) Quand Clint rencontre Harry, cela donne "Gran Torino", film dont chaque scène est un moment de plaisir, rire, sourire ou émotion (...). » Le Nouvel Observateur - Pascal Mérigeau 

« (...) la mise en scène d'Eastwood n'a probablement jamais paru si libre qu'ici, capable d'articuler sa puissance classique (...) à la mise en place d'un espace mental d'une extraordinaire complexité. (...) » Cahiers du Cinéma - Vincent Malausa

« (...) Ce qui transcende alors la mécanique d'un scénario un peu prévisible, c'est le soin émouvant avec lequel East wood peaufine sa statue, son legs. (...) » Télérama - Louis Guichard

« (...) Au bout de toute une vie (...), Clint se livre comme jamais, incarnant même son "ennemi", voire une image précédente de lui-même qu'il déteste (...) et c'est assez bouleversant. » Les Inrockuptibles - Serge Kaganski

« Gran Torino (...) confirme la sidérante fécondité de Clint Eastwood, qui aligne les œuvres majeures, depuis plusieurs années, avec une aisance confondante. » Positif - Franck Kaush 

« Ce grand tour, qui ramène Eastwood au plus près de lui-même tout en l'expulsant de sa propre légende via l'auto-dérision et la métamorphose de son corps en goule de marbre et de poussière, est un stupéfiant exercice d'amor fati, et sans conteste une pièce majeure dans l'œuvre du cinéaste. » Chronic'art.com - Jean-Philippe Tessé 

« (...) Gran Torino ce n'est pas qu'un film solide et profond, c'est aussi un film à plusieurs facettes où le rire et la tristesse se côtoient. (...) » Brazil - Eric Coubard 

« Clint Eastwood nous amuse en se moquant de lui-même, grognant comme un chien, mâchoires crispées, chiquant, figé dans ses ruminations misanthropes. Gran Torino est l'un des grands films de l'acteur comme du réalisateur. » Le Monde - Jean-Luc Douin 

« C'est un film exceptionnel, l'un des meilleurs de son auteur (...) Eastwood fait preuve d'une audace formelle et d'une incroyable liberté de ton, passant de la tragédie (...) à la cocasserie (...) avec la même élégance (...) Gran Torino relève tout simplement du miracle. » Charlie Hebdo - Jean-Baptiste Thoret

A noter…

« Gran Torino »
Réalisé par Clint Eastwood
Avec Clint Eastwood, Bee Vang, Ahney Her…
Drame américain.
Durée : 1h 55
En dvd & blu-ray dès le 3 juillet 2009
Edition simple : 16€ env / Commander le film sur Amazon
Edition blu ray : 22€ env. / Commander sur Amazon
Date de sortie en salles : 25 février 2009

Première publication le 11 mars 2009

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Le 25-06-09 - 00:57

Auteur : Franck Bortelle pour CultureCie.com

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Cinq ans de préparation, un travail colossal de recherche avec l’aide providentielle de Serge Klarsfeld pour reconstituer au plus près de la réalité historique la rafle du Vel d’Hiv de 1942. Au final un film certes très honnête, mais qui n’évite pas les écueils du pathos à bon marché en plus d’un Jean Reno insipide. Un outil pédagogique réussi mais pas un grand film.





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