« Harvey Milk » : Tout seul, Sean peine
Gus Van Sant laisse tomber l’esthétique poétique de ses derniers films pour livrer un biopic de facture très classique et parfois brouillon. Même si Sean Penn est bluffant de mimétisme dans le rôle titre, il ne sauve pas l’ensemble d’un académisme empesé, et d’une pudibonderie dommageable.
Le pitch…
L’ascension du premier conseiller municipal américain à avoir ouvertement affiché son homosexualité, de son arrivée à San Francisco à son assassinat.
La critique [mitigée] de Franck Bortelle…
Gus Van Sant nous avait habitués depuis ses derniers films à une virtuosité confondante dans le maniement de sa caméra. Son dernier opus, « Paranoid Park » était à ce titre un modèle. Le cinéaste y proposait des prises de vue d’une éblouissante beauté, chaloupées jusqu’au vertige, parfaitement intégrées dans le propos de ces skaters désoeuvrés de Portland.
La perspective d’un biopic sur le leader emblématique de la communauté gay Harvey Milk de la part du cinéaste, ouvertement affiché homosexuel, semblait résonner comme un pléonasme.
L’attente n’est pourtant pas récompensée à la hauteur de cette évidence. Sans remettre en question la performance de Sean Penn, bluffant de mimétisme, ni celle de tous ses partenaires (Van Sant a toujours été un excellent directeur d’acteurs et Robin Williams lui doit le seul oscar de sa carrière à ce jour pour « Will Hunting »), on ne peut que déplorer en revanche la facture archi classique de cette mise en scène. Le traditionnel flashback utilisé dans des dizaines de biopics n’est pas plus épargné qu’une linéarité totale du récit, qui ne laisse place à aucune surprise. Il est vrai que le genre se trouve très souvent confronté à ses propres limites, sauf lorsqu’un metteur en scène ose le « sacrilège » de l’anachronisme et du brouillage des axes temporels (ce que réussit magistralement Olivier Dahan avec « La Môme ») ou choisit d’évoquer une partie seulement de la biographie de son personnage.
Sur plus de deux heures, Gus Van Sant cherche à trop en montrer d’un côté et pas assez de l’autre. En effet, un trop plein de données dans l’ascension du personnage finit par saturer le spectateur d’informations pas forcément intéressantes, sans pour autant décortiquer avec précision les rouages de cette réussite. Des ellipses assez peu pertinentes conduisent la narration vers son final, laissant sur le bas côté des éléments qui auraient pu tirer l’ensemble du film vers le plaidoyer et le manifeste qu’il se veut être.
Et, pour ce qui n’est pas assez montré, une bien lourde pudibonderie constitue le dommageable pendant de cette propension à trop en dire. On ne demande pas de la pornographie, bien sûr, mais la liberté sexuelle des personnages, leur provocante tendance à s’afficher restent très en deçà de ce que laissent supposer de tels comportements. L’ensemble demeure très politiquement correct et ne constitue jamais le brûlot sur la libération à la fois sexuelle et morale qu’aurait pu tirer par exemple Larry Clark d’un tel sujet.
La presse écrite en parle…
« (...) Huit années qui ont tout changé pour une communauté qui avant Harvey Milk n'en était pas vraiment une, les images d'archives montées sur le générique de début rendant compte de manière saisissante du traitement insensé qui lui était imposé au nom de ce qui était alors la loi. » Le Nouvel Observateur - Pascal Mérigeau
« (...) Le sujet n'est pas tant, d'hier à aujourd'hui, la lutte des gays légitimement en pétard, mais la lutte tout court. Ce pour quoi il faut se battre et continuer de résister. (...) » Libération - Gérard Lefort
« Gus Van Sant utilise avec une assurance stupéfiante les acquis d'Elephant (2003) et Last Days, filmant à nouveau une tragédie américaine, avec ce mélange de détachement ultralucide et de colère qui est devenu sa marque. Le Monde - Thomas Sotinel
« (...) Montrer sans rien asséner, expliquer sans rien résoudre, c'est tout l'art d'un cinéaste majeur qui signe ici l'un de ses films les plus accessibles et l'un des plus accomplis. » Télérama - Aurélien Ferenczi

A noter…
« Harvey Milk »
Réalisé par Gus Van Sant
Avec Sean Penn, Josh Brolin, Emile Hirsch, James Franco, Victor Garber, Douglas Smith…
Film américain.
Genre : Biopic, Drame
Durée : 2h07
En DVD le 16 septembre 2009
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Date de sortie en salles : 04 mars 2009
Première publication : mars 2009
« Le bruit des glaçons » : sous le tropisme du cancer
Cinq ans que Bertrand Blier n’avait pas montré le bout de sa plume acerbe au style reconnaissable dès la première réplique. Cinq ans d’absence qui se soldent par une double actualité. Il sera au théâtre à la rentrée mais rien de mieux pour attendre ce rendez-vous des planches que d’aller se rafraîchir dans les salles au « Bruit des glaçons ». Un bon cru, de nouveaux comédiens et, surprise, beaucoup de tendresse. Blier s’assagirait-il ? N’exagérons rien…