« Le Code a changé » : le dîner de cons
Pour son quatrième film, Danièle Thompson persiste dans le genre choral, qui lui va bien même si on sent une légère baisse de régime par rapport à l’excellent « Fauteuils d’orchestre ». Une distribution de haut vol gomme toutefois ce léger bémol.
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D’abord, y’a ML, la siglée de service. C’est l’invitante. Avocate brillante, portable constamment collé à l’oreille « au cas où ce serait un magistrat ». Et surtout… ce n’est pas la salope qu’on imagine (dit-elle…).
Et puis y’a son mari. Piotr. Polonais, en congé sabbatique, cuisinier à ses heures pour ceux qui ont le courage d’avaler son « bigos » peu ragoûtant, genre de ragoût de rats d’égouts, tous les ans à la même heure (le jour de la fête de la musique : idoine plat de saison, donc).
Enfin y’a les invités. Les couples d’enfer. Le cancérologue et la gynéco catho, de chaque côté de la ligne de vie donc. Le ténor du barreau et la cruche de service dont les talents potentiels sont écrasés par l’aura de son mari. Le baba cool végétarien sur le retour d’âge et sa femme, également sœur de ML. Ajoutons la prof de danse de ML, le cuisiniste et ex-amant en plein chagrin d’amour de ML et le père de ML et donc de la sœur de ML, laquelle ne veut plus le voir. Achevons le tableau jusqu’à son exhaustivité avec un mort (patient du cancérologue) et un bébé en devenir (que porte ML sans être sûre que Piotr en soit le géniteur) : le parfait équilibre.
Tout ce beau monde se retrouve chez le couple vedette. Tout le monde part déguster le « bigos » mais avant cela, tout le monde va dégueuler sur tout le monde pour bien faire sentir qu’on a autant envie d’y aller que de se taper un barbecue sur la banquise en tongue et short « A fond la forme ». Et pourtant, les sourires de convenance vont se crisper sur les faciès et vont s’animer baise-paluche et rond de guibolle (alors que les paluches sur certaines guibolles…).
La critique [gourmande] de Franck Bortelle…
Quatrième film de Danièle Thompson. Même si elle n’atteint pas la pertinence de mise en scène du précédent « Fauteuils d’orchestre » ni la profondeur de propos d’un Claude Sautet auquel bien maladroitement certains veulent absolument la comparer, la cinéaste-scénariste-dialoguiste maîtrise ses comédiens à la perfection et évite de sombrer dans le règlement de compte qu’assez mesquinement nous attendons tous. En brouillant l’axe de la temporalité pour faire ressortir l’incessante platitude de nos vies et de nos travers, elle propose une approche des rapports humains pertinente, percutante et pétillante, même si ce parti pris de mise en scène n’est pas toujours très habilement maîtrisé et se révèle un tantinet brouillon.
En revanche, la dialoguiste nous réserve de belles saillies qui prennent dans la bouche de tous (Marina Foïs en tête, à qui échoient les meilleurs morceaux), toute leur force comique et leur jouissive sagacité. Au-delà de la simple qualité de ces beaux mots qui peuvent faire mal à ses gentils bobos et bobo à ces mâles et femelles-là, Thompson les gère et les filme sans jamais les laisser s’évader de notre perception (ce qui serait dommage) grâce à un montage énergique et d’une totale précision. Nicola Piovani fait un sans faute pour la musique (mais ça, ce n’est pas nouveau et les amateurs de Benigni, Bigas Luna, Philippe Lioret le savent déjà), ce qui pour un film choral est de plutôt bon augure.
On navigue ainsi dans les univers les plus variés. Comment ne pas penser à Blier et son « Calmos » (Marielle en obstétricien désabusé) ou à la grande tradition des comédies italiennes ? Mais la référence s’avère vite inutile, car la cinéaste impose avant tout son style.
En regardant ces couples se meurtrir (par accident, par adultère, qu’importe), nous prenons grâce au beau miroir que nous tend la fille de monsieur « Corniaud » et « Grande Vadrouille », une bien cinglante rebuffade où l’amour et l’amitié sont renvoyés dos à dos comme frères ennemis, ce qui nous inciterait presque à revoir notre jugement sur nos chers proches, à trier le grain de l’ivraie et à réfléchir à deux fois avant d’organiser un tel dîner de cons. Certes, l’humour fait passer bien des pilules mais elles sont ici sévèrement cyanurées et le constat peut aussi s’avérer amer.
Recomptez donc les amis sur lesquels vous pouvez vraiment compter…

Le détail qui tue…
Marina Hands est dirigée comme Juliette Binoche. Elle est coiffée comme Juliette Binoche. Elle porte dans le film le prénom de Juliette Binoche. Danielle, Juliette n’était pas libre ou y’a encore quelque chose qui coince depuis « Décalage horaire » (film qui sombra bien vite dans l’oubli après un mini crash) ?
La réplique qui déchire…
« C’est pas les trompes qu’il faut lui ligaturer à elle : c’est les cordes vocales. » (Marina Foïs à propos de Karin Viard).
A noter…
« Le Code a changé »
Réalisé par Danièle Thompson
Avec Karin Viard, Dany Boon, Marina Foïs, Marina Hands, Patrick Chesnais, Patrick Bruel…
Film français
Genre : Comédie dramatique
Durée : 1h 40min
Année de production : 2008
Distribué par StudioCanal
Date de sortie : 18 février 2009
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Première publication de cet article : 19/02/2009
A Barbès, le Louxor renaît de ses cendres
Quelques peintures défraîchies de pharaons et autres morceaux de mosaïques… Voilà tout ce qu’il reste du Louxor, ancien « palais du cinéma » construit en 1921, et laissé à l’abandon pendant plus de vingt ans. Racheté par la Ville de Paris en 2003, ce joyau du 7ème art, emblème du style néo-égyptien, devrait (enfin) renaître de ses cendres d’ici 2013, grâce à un programme de réhabilitation qui tentera de conjuguer patrimoine et modernité. Un chantier ambitieux démarré début mai.