



« Partir » : la belle Anglaise et le continent
Catherine Corsini exploite avec autant d’audace que de maestria le potentiel inattendu de Kristin Scott-Thomas, qu’on a rarement vue aussi convaincante, face à un Yvan Attal aussi impeccable que Sergi Lopez. Un tourbillon amoureux que ce « Partir », qui rend un vibrant hommage au meilleur cinéma français des années 70, celui de Granier-Deferre, Truffaut ou Sautet.
Par Franck Bortelle
Le pitch…
Un coup de feu dans la nuit… Six mois plus tôt, Suzanne tombe amoureuse d’Yvan, l’ouvrier qui vient faire des travaux dans la magnifique villa où elle habite avec Samuel son mari, éminent médecin et leurs deux enfants. Elle affronte la réalité en avouant tout à son mari : commence alors une descente aux enfers…
La critique…
Le film commence par la fin avant d’effectuer un très long flash back. Faisons pareil : lisons le générique de fin. La quasi totalité des musiques utilisées sont signées Georges Delerue, le compositeur qui aimait les femmes. Extraits de « La Passante du Sans-Souci » mais surtout des films de Truffaut. « La Sirène du Mississippi », « Vivement Dimanche », « La Femme d’à côté ». L’hommage est clair mais sans volonté de « faire comme ». Et pour causes…
Si l’écriture du scénario révèle une admirable maîtrise dans la tension dramatique et le sens du détail, que la mise en scène ne cesse de rehausser plus encore (pas un plan n’est de trop et semble ne pas avoir été travaillé, millimétré), nous n’en sommes pas pour autant dans l’univers de Truffaut. Truffaut est mort il y a un quart de siècle. Corsini nous livre un film totalement en phase avec son époque, rejoignant ainsi les autres femmes de notre cinéma, Breillat et consœurs. Car ce « Partir » dresse en tout premier lieu le portrait d’une femme d’aujourd’hui, avec l’émancipation érigée en étendard. Plus féminin que féministe pourtant, mais avec cette revendication, qui peut déstabiliser plus d’un homme, de vivre pleinement sa vie, sa sexualité, ses orgasmes. Cet objet du désir qu’incarne magnifiquement la belle Anglaise Kristin Scott-Thomas, presque sans maquillage et avec une rage sexuelle totalement assumée, n’est plus la bourgeoise sophistiquée de « Vivement Dimanche ».
C’est dans l’air, les femmes veulent l’égalité. Ici, la cinéaste de « La Nouvelle Eve » hisse plus haut encore ce credo. Suzanne arrive avec des fleurs chez son amant (Sergi Lopez, impeccable), prend les décisions les plus folles. Samuel (Yvan Attal, excellent) s’effondre comme une loque face à la réalité inacceptable. Renversement des tendances ? Assurément. La femme quitte le domicile conjugal, vit ses amours en fuite. Jusqu’au bout et la tête haute. De toute évidence, cette femme-là en a et le montre. Claude Sautet avait ouvert la brèche avec « Une Histoire simple ». Wargnier malgré sa propension au romanesque avait filmé une Emmanuelle Béart plus sensuelle que jamais dans « Une Femme française ». Corsini va encore plus loin, quitte à prendre la voie du thriller pour nous dire : « Attention, les mecs, les choses changent ». En ce sens, son nouveau film (et assurément le meilleur de toute sa filmo), sans tomber ni dans le pathos ni dans le drame psycho lourdingue (on réussit à se marrer à plusieurs reprises) est une petite révolution dans le cinéma féminin.
Dossier Césars 2010
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A noter absolument…
« Partir » Ecrit et réalisé par Catherine Corsini Avec Kristin Scott-Thomas, Sergi López, Yvan Attal… Durée : 1h30 Sortie en salles le 12 août 2009
En DVD le 03 février 2010.
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Première publication de cet article : le 11 août 2009
Auteur : Franck Bortelle pour CultureCie.com

« Le bruit des glaçons » : sous le tropisme du cancer
Cinq ans que Bertrand Blier n’avait pas montré le bout de sa plume acerbe au style reconnaissable dès la première réplique. Cinq ans d’absence qui se soldent par une double actualité. Il sera au théâtre à la rentrée mais rien de mieux pour attendre ce rendez-vous des planches que d’aller se rafraîchir dans les salles au « Bruit des glaçons ». Un bon cru, de nouveaux comédiens et, surprise, beaucoup de tendresse. Blier s’assagirait-il ? N’exagérons rien…




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