



« Clinic » : l’effet cortisone
Menée sur des chapeaux de roulettes de déambulateurs dont l’utilisateur aurait pris du Guronsan par tubes entiers, cet état des lieux frappé du milieu hospitalier fourmille de bonnes idées. Il est défendu par d’excellents comédiens dirigés par Eric Métayer. Seul hic : il oublie trop souvent d’être drôle.
L’esquisse…
Dans une clinique, des médecins frappadingues, des infirmières piquées à on ne sait trop quoi et des patients livrés à eux-mêmes. Un gigantesque capharnaüm.
La critique de Franck Bortelle…
Un avertissement avant le lever de rideau nous affranchit d’un détail : le texte est aussi incompréhensible qu’une ordonnance. Nous voilà prévenus ! Première question : le spectacle aura-t-il malgré tout la même vertu thérapeutique (disons : contre la morosité ambiante puisqu’il se veut drôle) que le papelard illisible que vous torchera votre généraliste ?
Pour répondre à cette question, filant plus loin la métaphore médicale, on sera bien obligé de constater que si le blues est une bactérie, ce spectacle n’en constitue pas le parfait antibiotique. Juste le médoc qui, s’il ne fait pas le bien attendu, ne peut pas faire de mal.
Pas de dialogue donc. Normal, c’est dans une clinque que tout se passe, pas chez le psy. La clinique, ce lieu de vie luttant au quotidien contre la mort mais où personne n’écoute grand monde et où les couloirs aseptisés résonnent d’un incessant brouhaha, duquel une oreille affûtée percevra sporadiquement un mot ou une fin de phrase rarement porteur d’une furieuse gaieté. Bonne idée donc d’avoir substitué à un dialogue écrit ce sabir tout en onomatopées ? Oui et non. A l’image d’ailleurs de l’ensemble. Car si nous partons du postulat que « Clinic » va constituer l’antidote à la grisaille morale ambiante, il conviendra d’émettre hélas quelques doutes à l’endroit de ces lieux communs, par tablettes de douze, qui annihilent les effets de certains morceaux, véritables électrochocs chics et trash à effet hilarant garanti (les trachéotomisés, l’aveugle obsédé ou encore les biberons musicaux).
Le médecin-chef s’appelle Eric Métayer. On s’en doute vite, sans avoir à reluquer l’ordonnance affichée à l’entrée des lieux. Son style, ses credo, son goût pour les accessoires en tous genres : rien ne manque. Ni son sens du rythme. La direction de son personnel ? Rien à dire, ils sont tous impeccables.
Et pourtant le traitement ne fonctionne pas vraiment ou si peu. Le protocole s’affaiblit et la quasi-totalité de ces médocs prend des airs de parfait placebo, cette médication dont on aurait pu se passer, quand elle ne provoque pas, ce qui est plus gênant, l’effet cortisone : au début ça fait du bien puis à la longue ça finit par gonfler.
A noter ?
« Clinic » De et avec Cathy Puech , Jean-Lou Chaffre , Sarah Gellé , Stéphane Joly , Jean-Lou de Tapia Mise en scène : Eric Métayer
Palais des Glaces 37 rue du Faubourg du Temple, 75010 Paris (Métro : République) Du lundi au samedi à 20 heures, matinée le samedi à 17h30 Jusqu’en mars 2010 puis en tournée Durée : 1h15 Réservations : Fnac Spectacles
Auteur : Franck Bortelle pour CultureCie.com


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