« Les Caprices de Marianne » selon Maréchal : renversant de platitude
Confondant ravissement bucolique et romantisme, agitation et emportement : cette laborieuse adaptation du chef d’œuvre de Musset que propose Marcel Maréchal s’échoue dans le convenu, avec effets de manche tentant de palier une originalité en berne dans la mise en scène et l’interprétation. Décevant !
L’esquisse…
Célio aime la belle Marianne, mariée à Claudio, notable napolitain et jaloux. Las des vaines sérénades qu’il chante sous son balcon, il accepte l’aide de son ami Octave, épicurien notoire et cousin de Marianne…
La critique de Franck Bortelle…
Ah, la lumineuse idée de ce paravent en accordéon recouvert de lierre grimpant et dont les plis abritent indiscrétions et intrigues les plus folles ! Et puis, cette couleur, ce printemps, cette sève, toute cette veine bucolique si souvent avancée comme l’unique apanage de tous ces auteurs du XIXème estampillés « romantiques » ! Comme si le romantisme s’arrêtait à la contemplation des petits oiseaux dans les arbres et des couchers de soleil devant lesquels, tristement, le poète s’assied. Rabaisser le plus révolutionnaire des courants artistiques à un épisode d’ « Heidi, reine des pâturages » pour adapter « Les Caprices de Marianne », c’est le bouillon assuré.
Bien joli, ce décorum à flatter le regard de la ménagère aux petits soins pour les géraniums de son balcon.
Originale la manip’ qui transforme cette verdoyante treille en tombeau près duquel se lamente Octave, après avoir laissé mourir à sa place son ami Célio.
Et la quintessence romantique de Musset, dans tout cela ?
Si les accessoires s’en mêlent !
Que d’erreurs, que d’horreurs dans ces 90 minutes de supplice ! Les costumes se veulent festifs, ils sont tristes, académiques. Et même grotesque pour ce pauvre Octave, jeans blanc même pas masqué par un accoutrement prétendu carnavalesque car outrancièrement bigarré. Les comédiens ne sont guère aidés ainsi attifés mais, soyons honnêtes, ils n’y mettent guère du leur non plus. Même si leur jeu n’est pas mauvais, ils subissent leur rôle au lieu de le vivre. Célio et Octave ont le charisme d’un pot de fleurs (sans fleur) et Marianne réussit même à rater le seul effet scénique de la pièce. Ainsi, emportée dans son ire et sensée envoyer valdinguer toutes les chaises scrupuleusement apportées par les machinos en pleine lumière (ouh la magie du spectacle !), elle en laisse une debout. Mais « the show must go on » et dix secondes plus tard, notre Octave déboule sur scène et lance un tonitruant « Où voulez-vous que je m’assoie ? Toutes les chaises sont les quatre fers en l’air». Si les accessoires s’y mettent, où va-t-on ?
Allez, n’en jetons plus ! Relisons Musset confortablement lovés dans un fauteuil ou sur les ruines d’un temple grec que frôle une brise vespérale, mais fuyons cette imposture. Ou bien courons vers un autre temple, de la culture celui-là, le Lucernaire, pour y applaudir la version flamboyante de Sébastien Azzopardi. Maréchal, péremptoire, prétend dans le dossier de presse qu’il n’y a que deux manières d’envisager la mise en théâtre des « Caprices ». Azzopardi prouve que non. Maréchal aussi. Mais chacun aux deux extrémités de l’échelle de qualité.
A noter ?
« Les Caprices de Marianne »
D’Alfred de Musset
Mise en scène : Marcel Maréchal - Michel Demiautte
Décor : Thierry Good
Costumes : Bruno Fatalot
Musique : François Fayt
Lumières : Jean-Luc Chanonat
Avec Marcel Maréchal, Flore Grimaud, Mathias Maréchal, Yannick Debain, Philippe Escande, Hélène Arié, Michel Demiautte, Jacques Angéniol, Antony Cochin
Théâtre 14
20 avenue Marc Sangnier, 75014 Paris (Métro : Porte de Vanves)
Du 26 mai au 11 juillet 2009
Mardi, mercredi, vendredi, samedi à 20h 30, jeudi à 19 heures, matinée samedi à 16 heures
Relâche dimanche et lundi
Renseignements et réservations sur Fnac Spectacles, au théâtre ou par téléphone au 01 45 45 49 77
Photos Lot