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« Les Femmes savantes » : un pur moment de bonheur
Laissez tout tomber séance tenante et courrez au Petit théâtre de Paris, où cette grande pièce reprend ! Une démonstration de ce qui nous fait tant aimer le théâtre vous y attend. Comme quoi, les bons vieux classiques ont encore des choses à nous dire, à nous rire lorsqu’ils sont aussi magistralement menés. Après l’incroyable « Scapin » de Molière et le flamboyant « Ingénu » d’après Voltaire, la troupe des Compagnons de la Chimère continue d’émerveiller avec « Les Femmes savantes ». Un joyau !
Par Franck Bortelle
Toute vie de passionné de théâtre est semée d’œuvres qui font date autant que d’incontournables rendez-vous portant souvent le nom d’une légende de l’art de la scène (avoir vu Untel sur scène vous garantissant une respectable théâtrophilie bien mieux que d’enfiler comme perles en collier des dizaines de choses sans intérêt…). Assurément, la version que propose Arnaud Denis du chef-d’œuvre de Molière avec Jean-Laurent Cochet est à classer dans ces deux catégories.
Contrairement à l’entrée en scène de comédiens dont la popularité se mesure à l’applaudimètre que suscite leur arrivée, dans des spectacles qui souvent puent la fraude théâtrale, celle de Jean-Laurent Cochet, engoncé dans une Philaminte aussi outrancièrement matriarcale que volontairement caricaturale, suscite une réaction en trois temps : stupeur, rires, applaudissements. Il en est ainsi de ces génies qui vous hypnotisent un public de leur seule présence. Mais revenons aux instants qui précèdent cette fracassante entrée…
Quand un élève met en scène son professeur…
Le décor est composé de deux parois de bibliothèque, obliques, évasées vers le haut. La scène devient l’arène où vont se jouer les joutes verbales et où chacun s’observera, se toisera par l’effet du miroir suspendu, format allégé de celui du « Diable rouge » d’Antoine Rault. Des couleurs claires dominent. Elles n’en feront que mieux ressortir les costumes, somptueux. Deux sœurs se lancent les pires vacheries à la figure, l’une pour défendre la douceur de l’hymen, l’autre pour n’envisager de se marier qu’à la philosophie. Chacune (dés)obéissant donc à leur mère, femme docte frappée de « la passion choquante de se rendre savante afin d’être savante ».
La suite, tout le monde la connaît : le pédant Trissotin et son poème à deux balles (ou deux sous pour rester dans le ton), la folle Bélise persuadée que son corps flétri est encore désiré, le pleutre Orgon, soumis à son épouse comme un esclave à sa maîtresse… Et tous embarqués dans un imbroglio amoureux où un mariage forcé doit être évité pour faire triompher l’amour.
La fameuse maîtresse, Philaminte, c’est donc Jean-Laurent Cochet. Son imposante stature, sa voix de stentor, son regard inquisiteur, la position qu’il occupe sur la scène, tout lui permettrait d’accaparer l’attention. C’est là que la mise en scène d’Arnaud Denis (et notamment sa direction artistique) évite brillamment cet écueil. Si ceux qui ne connaissent pas encore ces Compagnons de la Chimère viennent pour Cochet, ils repartiront avec le bonheur d’avoir vu ce texte (en alexandrins pour ceux qui l’auraient oublié) défendu par une troupe, pas par un seul comédien. En une heure et demie, les vers de Molière chantent et dansent dans ces bouches qui les aiment et les jouent avec un plaisir visible, réel, palpable.
Un homme pour jouer une femme ? Outre le plaisir de diriger un tel comédien, Arnaud Denis parvient ainsi à gommer tout le potentiel misogyne qui pourrait aisément être mis en avant, pour ne s’intéresser au fond qu’à ces ridicules précieux au verbe sans sel et aux ronflantes déclamations. Les hommes sont des femmes comme les autres et inversement lorsqu’ils ne sont que cuistrerie et pédantisme. A ce parti pris de mise en scène, ajoutons ce dépoussiérage salvateur et cette folle énergie sur le plateau, qui font si souvent défaut dans les énièmes reprises des classiques. Ainsi, au milieu des costumes d’époque et du décor d’aujourd’hui, les mots du VXIIème siècle trouvent leur place tout naturellement.
Assurément, ce spectacle n’est pas juste une version de plus des « Femmes savantes »…
A noter...
« Les Femmes savantes » De Molière Mise en scène Arnaud Denis Avec Jean-Laurent Cochet, Anne-Marie Mailfer, Arnaud Denis, Jean-Pierre Leroux, Elisabeth Ventura, Marie-Julie Baup, Alexandre Guansé, Bernard Métraux, Jonathan Bizet, Stéphane Peyran, Nicole Dubois, Baptiste Belleudy Décor Edouard Laug Costumes Virginie Houdinière Lumière Laurent Béal
Reprise au Petit Théâtre de Paris jusqu'au 28 juin 2010 15 rue Blanche 75009 Paris Puis en tournée en France Toutes les dates & les réservations sur Fnac Spectacles, partenaire de CultureCie
Précédemment [CultureCie y était]...
Théâtre 14 Jean-Marie Serreau 20 avenue Marc Sangnier, 75014 Paris
Du 8 septembre au 24 octobre 2009 Mardi, vendredi, samedi à 20h30, mercredi et jeudi à 19 heures, matinée samedi à 16 heures Relâche dimanche et lundi Durée : 1h30 Location : 01 45 45 49 77 / Fnac Spectacles, partenaire de CultureCie
Photos : Lot
Auteur : Franck Bortelle pour CultureCie.com

 
Rencontre avec Manu Payet et Audrey Dana au Théâtre Edouard VII
Ils sont à l’affiche de l’un des spectacles les plus attendus de cette rentrée, qui marque le grand retour de Jean-Pierre Marielle sur les planches. Du beau monde au chevet d’un sujet théâtral comme le laisse supposer le titre, « Audition ». Outre l’immense comédien fétiche de Bertrand Blier (le fameux pot d’eau chaude dans « Les Acteurs », le gynéco mysogine dans « Calmos » ou le partouzeur dans « Tenue de soirée »), on retrouve sur l’affiche Jean-Claude Carrière pour le texte et Bernard Murat




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