Los Figaros : un « Roméo & Juliette » jamais vu !
Après « La Mégère à peu près apprivoisée » et « Hiver », la compagnie Los Figaros reprend Shakespeare pour un « Roméo & Juliette » ultra-contemporain. Mise en scène ingénieuse d'Alexis Michalik, décors poétiques, humour inattendu et comédiens rares: l’adaptation relève de la magie. Déroutant.
L’esquisse…
Nul besoin de « pitch » cette fois, pour planter le décor, il suffit juste de dire que, pièce la plus jouée au monde ou pas, Capulet et Montaigu n’ont jamais été joués comme ça. Ou pas de mon vivant ! Vous vous attendez à une reprise moderne, le genre Roméo Léonardo tellement… non, ça c’était le cinéma de papa. Los Figaros donnent dans le… post-moderne ! Le genre qui ne laisse pas de place à l’erreur quoi. A croire qu’ils ont eu beaucoup de bon sens, comme par exemple de se dire qu’adapter une pièce, c’est d’abord la faire entendre à tous les publics d’aujourd’hui, donc forcément un peu la transformer. Surtout si l’on a envie de vous faire marrer avec un tel drame (« et ne le dites à personne mais à la fin, ils meurent… »). Du coup, pour que le Vérone du XVIème soit crédible, parachuté dans nos temps de crises ultramodernes, il fallait parler autrement : mélanger la gravité classique au vocabulaire combattif d’aujourd’hui (« vazy j’le démonte le Capulet »). Je vous vois d’ici vous indigner, vous énerver, vous… tromper ! Alexis Michalik, Anna Mihalcea et Régis Vallée sont si brillants qu’ils ont su rendre à César ce que d’autres lui ont parfois volé faute de culot, de talent, de… goût !
Verdict : ça déchire. Grave.
« Une compagnie déjantée, des gens jeunes, beaux et fous » : oui, c’est assez fidèle à ce que nous avons découvert. Le truc, c’est qu’ils ne sont que trois, sur scène, pour jouer un sacré paquet de personnages – vingt deux exactement, si si. Première performance des « Figaros », autant dire un tour de force, et dont ils ont su tirer tous les avantages.
Inutile de dire que pour revisiter un tel classique à trois, Alexis Michalik, Anna Mihalcea et Régis Vallée ont de quoi entrer au Panthéon des comédiens du XXIème. D’autant que ça aurait été beaucoup trop simple d’attribuer les personnages en fonction des sexes… alors en deux temps la petite blonde au visage d’ange se transforme en petit voyou de Mercutio, Roméo se métamorphose en dure maman de Juliette et le bon vieux cousin de celle-ci est bon pour faire la nounou, quand il ne joue pas le frère Jean. Et on change de registre comme de chemise évidemment, passant de la « méga-teuf » aux déclarations d’amour du balcon en un clin d’œil. Aisance pour chacun, fluidité pour tous, on reste coi et on se rappelle, amusés, qu’à l’époque de Shakespeare les hommes jouaient des rôles de femmes… quel malin hommage rendu à la tradition.
Pour suivre un tel rythme, il fallait donc être ingénieux… alors plutôt que d’essayer de planquer les tours de magie, nos comédiens se déshabillent parfois devant nous, entrant de plein fouet dans l’humour décalé qui les caractérise. Ça, c’est quand leur décor à roulettes, véritable boîte de pandore aux secrets de Polichinelle, ne fait pas office de loge. A l’image des textes, les décors et les costumes alternent entre la poésie pure et le kitsch le plus fantasque en passant par la banalité des rues d’aujourd’hui. Mélange des genres jusqu’au bout des ongles donc, le tout finement orchestré par « une bande son originale (de spleen) » qui joue entre la BO de cinéma et la comédie musicale de Broadway.
Shakespeare est tout entier réinventé, repris avec finesse, malmené avec amour et avec une sacrée dose d’intelligence. On sort du Ciné 13 théâtre comme si on revenait du paradis, trépignant d’impatience en pensant à ce que Los Figaros pourront bien nous concocter la prochaine fois.
A noter…
« Roméo & Juliette »
D'après William Shakespeare et sérieusement revisité par Los Figaros
Mise en scène : Alexis Michalik
Avec : Anna Mihalcea, Alexis Michalik, Régis Vallée
Musique : Spleen
Décor : Rachel Marcus
Costumes : Sarah Dupont
Lumières : Nicolas Lamartine
www.losfigaros.com
A Avignon
Du 8 juillet au 1er août
Tous les jours, sans relâche à 18h45 au théâtre des Béliers
53 rue du portail Magnanen
www.theatredesbeliers.com
A Montbéliard le samedi 22 août, à 17h15, en clôture du "festival des mômes"
www.festivaldesmomes.fr
Précédemment...
Jusqu’au 16 mai 2009
Du mercredi au samedi à 21h30
Le samedi à 17h & le dimanche à 17h30
De 12 à 33€ - placement libre
Ciné 13 Théâtre
1 avenue Junot 75018 Paris
Métro Abesses ou Lamarck (ligne 12)
Réservations : 01 42 54 15 12 ou Fnac Spectacles