« Casanova chez Silvia » : les regrets d’un séducteur
En s’inspirant de la correspondance de Casanova, Romaric Maucoeur a élaboré une passionnante intrigue amoureuse où le séducteur le plus célèbre de tous les temps, loin des clichés qui ont fait sa réputation, redevient un homme avec ses faiblesses, ses remords, ses regrets. Le texte est éblouissant, la mise en scène d’une infinie élégance. Coup de cœur !
Casanova n’est plus l’adolescent à Venise de chez Comencini. Vieillissant, seul, enfoncé dans un fauteuil avec pour tout interlocuteur véritable le spectre de celle qu’il a vraiment aimée, il se présente à nous avec tout le dépouillement inhérent à son âge, subissant les vocalises germanisantes de sa femme de chambre qui annone in extenso « Bruder Jacques » (« Frères Jacques » en allemand). Il n’a plus que le souvenir d’un passé mort pour compagnon de survie. Il se revoit jeune homme à peine évadé de la prison des Plombs de Venise et arrivant chez les Balleti à Paris où, amoureux de la maîtresse de maison, il s’éprend aussi de la fille, la perfide Marion promise au compositeur de ladite comptine.
Toute la puissance dramatique du texte admirable de Romaric Maucoeur tient dans le double degré du récit. L’essentiel de l’intrigue a beau se dérouler durant les jeunes années du séducteur, son double au crépuscule de l’existence se maintient présent tout le long de la pièce, narrateur omniscient tapi dans l’ombre, scrutateur intraitable de son propre devenir fait de noirceurs, de désillusions, d’amertumes, de morts. Les effets de mise en scène appuient avec une élégance infinie cette superposition des deux personnages qui se font écho, s’emboitent parfois la voix pour mieux ne faire qu’un.
Mais cette noirceur ne doit pas éclipser toutefois le rire car ce « Casanova chez Sylvia » est également très drôle. Romaric Maucoeur a tissé en effet une intrigue dans le plus pur style des auteurs des 17ème et 18ème siècles avec des joutes verbales au phrasé brillant et pétillant, empruntant à Molière son humour vachard et à Marivaux l’élégance et le rythme du dialogue, deux auteurs qu’il connaît parfaitement et dont il a su, au détour de deux apartés, capter l’éminente modernité. Ainsi, personne ne s’étonnera de deux laïus sur la crise du logement et la peine de mort délicatement glissés au milieu des imparfaits du subjonctif d’un autre temps.
Au bonheur d’écouter ces échanges qu’on n’imaginerait pas sortis de la plume d’un auteur âgé aujourd’hui de 33 ans, au plaisir visuel qu’offrent des costumes flamboyants et des éclairages traduisant pleinement les parts d’ombre et de lumière que suggère le texte et incarnent les personnages vient s’ajouter la chance de voir jouer une équipe de comédiens magnifiquement unis autour de cette noble et belle cause : nous livrer du très bel ouvrage. Avec l’intelligence et le talent qui, à l’unisson, hissent le théâtre aux sommets de ce qu’il devrait toujours incarner : qualité, générosité, témérité.
A noter absolument…
« Casanova chez Silvia »
De Romaric Maucoeur
Mise en scène : Anne Barthel assistée de Romaric Maucoeur
Costumes et décor : Frédéric Morel
Arrangement musical : Christophe Barthel
Avec Sylvestre Bourdeau, Michel Feder, Marine Gandibleu, Maryse Santini, Annah Schaeffer, Bernard Sender
Théâtre du Nord-Ouest
13 rue du faubourg Montmartre, 75009 Paris (M° Grands Boulevards)
Réservations : 01 47 70 32 75
www.theatredunordouest.com
Jusqu’au 26 septembre 2009 - Dates des représentations :
Dimanche 26 avril à 14h30, vendredi 1er mai à 20h45, dimanche 3 mai à 14h30, samedi 9 mai à 20h45, mercredi 20 mai à 20h4, samedi 23 mai à 17h00, dimanche 24 mai à 14h30, mercredi 27 mai à 20h45, samedi 6 juin à 14h30, mardi 9 juin à 20h45, samedi 13 juin à 14h30, jeudi 9 juillet à 20h45, dimanche 12 juillet à 14h30, mercredi 15 juillet à 17h, samedi 18 juillet à 20h45, mardi 21 juillet à 19h, mercredi 22 juillet à 17h, jeudi 23 juillet à 20h45, samedi 25 juillet à 17h, dimanche 26 juillet à 17h, mardi 28 juillet à 20h45, mercredi 29 juillet à 17h, jeudi 30 juillet à 20h45, vendredi 31 juillet à 20h45, mardi 18 août à 20h45, mercredi 19 août à 14h30, samedi 22 août à 14h30, dimanche 23 août à 17h, mercredi 26 août à 14h30, jeudi 27 août à 19h, mercredi 2 septembre à 14h30, samedi 5 septembre 20h45, dimanche 6 septembre à 17h, samedi 26 septembre à 19h.
Photos : © Patrick Bosc