



« Grasse matinée » : grâce au Théâtre des Mathurins
Disons-le d’emblée : voilà une pièce à ne pas manquer dans le magma de cette saison théâtrale. De Obaldia est joué au Théâtre des Mathurins jusqu’à la fin décembre : un régal dans lequel Cyrielle Clair en Artémise s’avère, comme d’habitude, délicieuse.
Par Harold Cobert
Artémise et Babeth sont voisines de cercueil. Mortes toutes les deux, elles occupent leurs journées à discuter et à regarder passer les trains sur la voie ferrée jouxtant le cimetière, attendant celui qui les emmènera enfin loin de leur état transitoire de squelette, dans le repos et la paix de l’éternité. Artémise est enterrée dans un spacieux cercueil en chêne qui attise la jalousie et la convoitise de Babeth, trop à l’étroit dans le sien en simple sapin. Leurs conversations quotidiennes virent souvent à la confrontation de deux caractères, de deux classes sociales, de deux vies et de deux interrogations métaphysiques radicalement antagoniques.
C’est un peu « En attendant Godot » réécrit par Ionesco…
Artémise, interprétée à merveille par Cyrielle Clair, est une bourgeoise racée, cultivée, sensible et un rien donneuse de leçon. Babeth, énergiquement incarnée par Marie Le Cam, lui oppose les déconvenues de sa vie passée et ses préoccupations plus prosaïques. Les répliques fusent de part et d’autre, tantôt cinglantes, tantôt drôles, tantôt profondes, tantôt légères. Un régal.
La force du texte, signé Obaldia, est d’aborder sur le ton de la comédie légère et grinçante un sujet et une question aussi graves que la mort et l’au-delà. C’est un peu « En attendant Godot » réécrit par Ionesco. La mise en scène de Thomas Le Douarec éclaire parfaitement les nuances de cette partition tout en clair-obscur, en ramenant le grandiloquent au rang de grand guignol et élevant le trivial à un niveau métaphysique.
 On rit, mais d’un rire intelligent, d’un rire qui ouvre des abîmes de réflexion une fois le rideau retombé. Servie par deux comédiennes au mieux de leur art, cette « Grasse matinée » est une vraie matinée de la grâce, dans les deux sens du terme.
A noter…
« Grasse matinée » de René de Obaldia Mise en scène de Thomas Le Douarec Avec Cyrielle Clair et Marie Le Cam.
Théâtre des Mathurins, petite salle 36 rue des Mathurins 75008 Paris
Jusqu’au 31 décembre 2009 Du mardi au samedi à 20h45, en matinée le dimanche à 15h 30/35€ Tél et résas : 01 42 65 90 00 / Fnac Spectacles
Photo © Klaus Roesthlisberger
Auteur : Harold Cobert pour CultureCie.com


AudéYoann : du talent, mais…
Le matraquage publicitaire dont bénéficie ce spectacle avec florilèges de critiques de tous bords confondus (public et professionnel) a de quoi éveiller la circonspection. Le nom de Paul Lederman (producteur de Coluche, Le Luron et des Inconnus entre autres) rassure. Le sentiment en sortant de ce show navigue entre deux eaux. On se prend à lui reprocher un abus de talent mal dosé et qui finit par agacer dès qu’il ne fait plus rire.




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