



« La Patience des buffles » : l’amour sans coup fait rire
Près d’une trentaine de saynètes comme autant de situations explorant les dessous de la vie conjugale. Quatre comédiens formidables défendent ce spectacle bourré d’humour à la mise en scène alerte et dynamique. Du très bon théâtre, comme c’est bien souvent le cas à la Manufacture des Abbesses.
Par Franck Bortelle
Le metteur en scène, Julien Sibre, avait co-créé, il y a deux ans, une flamboyante adaptation des « Exercices de style » de Queneau, qui fit de belles soirées au Lucernaire pendant plusieurs mois. La transition entre le surréaliste et David Thomas, l’auteur du recueil de nouvelles « La Patience des buffles sous la pluie » n’est pas si incongrue que ça, les deux œuvres étant dotées de ce rythme induit par le format court. Pour ce qui est du fond, la veine surréaliste s’efface ici pour ancrer les situations dans le vécu. Le phénomène d’identification ne sera donc pas compliqué. Il sera même inévitable…
Cet excellent spectacle qu’interprètent quatre excellents comédiens visiblement heureux de nous faire partager ce texte délirant propose donc de tisser un camaïeu de situations liées au couple. Vaste sujet mille fois rebattu ? Certes. Et pourtant ! Vingt-sept saynètes et autant d’occasions de s’étonner du caractère aussi inédit que déjà vu du sujet. Le déjà vu, pas besoin d’en faire des caisses, est directement lié à notre vécu. L’inédit, quant à lui, va naître de ce qu’on pourrait appeler l’air du temps. Arrosé d’un ingrédient qu’on adore : l’audace.
Il ne va donc pas s’agir de faire dans cette dichotomie hommes/femmes déclinée en oppositions systématiques comme foot et tricot, machisme et sensibilité, bagnole et cuisine, physique et cérébralité dans le sexe. Que nenni, les filles aujourd’hui collectionnent les mecs et l’assument ! « Cent mecs, ça en fait des bites ». Constat des plus objectifs. Fallait-il encore le faire, le dire haut et fort. Et quand ce sont les mecs qui se posent mille questions sur la belle plante qu’ils reluquent derrière un rideau, pourquoi faudrait-il que ne leur passe par l’esprit que l’irrésistible attrait de leur cul ou de leurs seins ? La grâce qu’accompagne la splendide chorégraphie sur ce passage va d’ailleurs totalement dans ce sens.
Lorsque le texte aborde des situations plus « conventionnelles », il ne le fait jamais en enfonçant des portes déjà béantes. Imaginez par exemple un passionné des champs de courses en train de tenter de convaincre sa dulcinée du bien fondé de sa marotte. Et si sa nana le trouvait « mignon quand il s’anime comme ça comme une mouche » et non un modèle de crétinisme ? Quand l’amour fait rimer épique avec hippique…
Une mise en scène millimétrée, très fantaisiste, récréative, un tantinet athlétique et bourrée de trouvailles assure à ce spectacle toute l’énergie dont regorge déjà le texte, et en fait ressortir toute la drôlerie. Car finalement même si les histoires d’amour finissent mal en général, qu’est-ce qui empêche de prendre le parti d’en rire ?
A noter absolument…
« La Patience des buffles »
D’après le recueil « La Patience des buffles sous la pluie » de David Thomas Adaptation et mise en scène : Julien Sibre Avec Raphaël Cohen, Sandra Valentin, Marc Bottiau, Stéphanie Hédin
Jusqu’au 1er avril 2010 à la Manufacture des Abbesses
7 rue Véron, 75018 Paris (Métro : Abbesses ou Blanche) Réservation : www.manufacturedesabbesses.com ou 01 42 33 42 33 / Fnac Spectacles, partenaire de CultureCie Du dimanche au mercredi à 21 heures Durée : 1h30
Auteur : Franck Bortelle pour CultureCie.com

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