« La Serva amorosa » : Robert Hirsch, évidemment !
« La Serva amorosa » de Goldoni est actuellement au Théâtre Hébertot dans une mise en scène de Christophe Lidon. Le crédo goldonien des femmes toujours là pour déverrouiller les situations que les hommes ont bêtement laissé se gripper est ici défendu par des comédiennes qui peinent à exister face à l’imposante présence de Robert Hirsch. Mais on vient surtout pour lui et on sort conquis, malgré un spectacle qui manque de cet apanage goldonien : la légèreté.
L’esquisse…
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La critique de Franck Bortelle…
Voilà un spectacle sur lequel la critique n’a aucune prise, qui désarme le journaliste. Même si cette pièce ne manque pas de défauts, qui osera affirmer qu’il faut l’éviter ? Qui aurait l’outrecuidance de conseiller à son lecteur de ne pas aller se délecter du jeu de cette légende du théâtre qu’est Robert Hirsch ? Qui serait assez cuistre pour faire la fine bouche devant cet homme toujours vert en dépit de ses quatre-vingts et quelques printemps et qui « découvre » le maître de la commedia dell’arte ? Rien que pour cette rencontre, il faut avoir vu « La Serva amorosa ».
On le sait, Hirsch a dû s’arrêter récemment pour souffler un peu et laisser son cœur tranquille. Un peu diminué, il habite pourtant la scène de ce beau théâtre de l’Hébertot. Ce n’est certes pas le gesticulant bonhomme qui volait la vedette à Fanny Ardant dans « Sarah » et livrait un numéro où la comédienne tournait la tête vers les coulisses pour masquer tant bien que mal d’incoercibles fous rires. Mais le jeu, la diction de ce vieux loup des planches sont intacts et sa seule présence sur la scène suffit.
Evidemment, le décor est très beau mais encombrant, ne laissant guère aux comédiens la pleine mesure de leurs déplacements. Clémentine Célarié, que l’on adore, est loin de donner le maximum d’elle-même dans un rôle où elle devrait avoir 20 ans de moins et où l’on attend qu’elle joue de sa verve, de ses charmes, qu’elle soit toute en minauderies félines, ce qu’elle sait si bien faire. Evidemment, Claire Nadeau, effacée, reste si loin de son récent numéro dans « La Divine Miss V. » alors que ce rôle de femme dominante et si goldonienne semblait lui coller parfaitement à la peau. Evidemment les costumes sont aussi somptueux qu’empesés, ce qui ne manque pas d’alourdir plus encore le jeu des comédiens. Quant à la mise en scène, elle souffre d’une certaine emphase si peu goldonienne, si loin de la version ultra moderne que proposèrent récemment Gloria Paris et ses comédiens avec « Les Amoureux ».
Mais il y a Robert Hirsch, cet homme qui a voué sa vie entière au théâtre dont il est l’un des plus dignes serviteurs encore vivants. Même si son rôle ne le maintient pas sur scène tout au long de la pièce, c’est lui que l’on vient voir, écouter et applaudir. Sa truculence fait mouche à tous les coups. Rompu à l’exercice, il appréhende tout des deux côtés du rideau. C’est grâce à lui que l’on sort moins déçu. Heureux même. Evidemment.
A noter…
« La Serva amorosa »
De Carlo Goldoni
Mise en scène de Christophe Lidon
Avec Robert Hirsch, Claire Nadeau, Clémentine Célarié, Benjamin Boyer, Guilhem Pellegrin, Manuel Durand, Thierry Monfray, Pierre Zaoui, Denis Berner, Emilie Chesnais
Décors : Catherine Bluwal
Musique : Michel Winogradoff
Lumières : Marie-Hélène Pinon
Costumes : Claire Belloc
Du 17 septembre 2009 au 28 mars 2010 (prolongations)
Du mardi au samedi à 21 heures, dimanche à 16 heures
Théâtre Hébertot
78 bis boulevard des Batignolles 75017 Paris
Renseignements & locations : 01.43.87.23.23 / Réservez aussi sur le web via Fnac Spectacles, partenaire de CultureCie
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