« La Vie va où ? » de Michèle GuiGon - Y’a toujours un accordéon…
La vie va où ? Vaste question sur laquelle Michèle GuiGon va avoir quelques mots à nous rire, en puisant dans son vécu. Cette route sinueuse de l’existence, entre le précipice de la maladie et la montagne au sommet de laquelle brille le soleil, prend les allures d’une formidable leçon de courage. Le texte est sublime et immensément drôle. Coup de cœur !
Par Franck Bortelle
On s’en pose des questions dans une vie ! Des plus futiles comme la valeur de la lettre K au scrabble finlandais à celles, plus existentielles, du pourquoi, du comment, du pour quoi de la vie. Mais à trop se questionner sur ce qu’est la vie, on finit par se rendre compte que c’est ce qui vient de passer sans qu’on s’en aperçoive… Et puis, les questions changent avec le temps. Tout change avec le temps, d’ailleurs. On perd des trucs qu’on ne maîtrise pas trop (ses dents, ses illusions, ses parents, ses amis), on en trouve d’autres qui plutôt s’invitent chez nous, voire en nous, sans y avoir été sommés. Les premières rides que le temps sculpte sur nos visages, l’hypermétropie, les trous de mémoire… La maladie aussi.
Avec sa bouille ronde qu’illumine un sourire quasi permanent, Michèle GuiGon va nous emmener dans le dédale de toutes ces choses. Son vécu va servir de socle à cette formidable leçon de vie mais le « je » prend très vite valeur universelle. Car sa vie, c’est aussi la nôtre.
Le texte est splendide, truffé de pépites d’une irrésistible drôlerie, parfait contrepoint d’humour à ce propos qui pourrait aisément sombrer dans le chant le plus désespéré. L’enfance en Alsace avec sa toute première lutte contre la mort (à hurler de rire !), la visite du Saint-Nicolas harnaché d’une inquiétante allitération en « tre » (pourpre, mitre, sceptre), le premier chagrin d’amour à l’âge de 7 ans, le théâtre, l’âge adulte : un parcours assez classique en somme. Et pourtant que de couleurs, que de sensations, que de jolies choses qui rendent la vie plus pétillante ! Il suffit pour cela de savoir les regarder, que ce soit les épluchures de légumes dans une poubelle (un véritable tableau impressionniste) ou les germes qui poussent sur des patates oubliées au fond d’un placard et symbolisent, non pas la flétrissure, mais le renouveau. Tout est dans l’optimisme, jusqu’au titre du spectacle inscrit sur le mur de cette salle du Paradis (sic) selon une ligne ascendante, vers la lumière…
Il faut avoir failli perdre la vie pour mieux se rendre compte qu’elle mérite d’être vécue. C’est assurément la grande leçon que nous offre Michèle, soutenue par Susy Firth dans une mise en scène fine et délicate. Et lorsque, au moment où elle se laisserait bien glisser sur la mauvaise pente pour en finir, un piano à bretelles vient lui tendre ses petits boutons de nacre pour qu’elle lui refile un coup d’air dans les poumons, on se dit qu’effectivement la beauté, les apparences ou les milliers de chaînes télé ne pèsent pas lourd face à cet appel. Elle embrasse alors l’instrument et de sa voix chaude et grave rend un hommage à son père, à ses amours, à la vie. Le souffle de la vie, le souffle de l’espoir que diffuse le bel objet qu’on pose sur son cœur… Y’a toujours un accordéon quelque part…
A noter absolument…
« La Vie va où ? »
De et avec Michèle GuiGon
Collaboration à l’écriture et mise en scène : Susy Firth
Collaboration artistique : Anne Artigau
Chansons, musique : Michèle GuiGon
Lumière : Marie Vincent
Durée : 1h30
Théâtre Le Lucernaire – Salle Le Paradis
53 rue Notre-Dame des Champs, 75006 Paris (Métro : Notre-Dame des Champs ou Vavin)
Du 24 juin au 17 octobre 2009 (prolongations) du mardi au samedi à 19 heures
17-24€
Réservations : Fnac Spectacles
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