


 
"Le Pulle" : P… de déception !
Emma Dante, figure emblématique du théâtre sicilien, forte de sa réputation, présente un laborieux spectacle qui se veut aussi sulfureux qu’il est en réalité désincarné de toute connotation transgressive. Il y a 20 ans, Almodovar et Waters faisaient pire. Donc mieux.
Palerme, la ville de la mafia et des mafiosos. Y être homosexuel ne semble pas le meilleur moyen pour traverser l’existence comme un fleuve tranquille. Pire encore quand on y est trans, cet état mal défini, moitié Il, moitié Elle. C’est dans cette ville qu’elle connaît bien pour y avoir toujours vécu qu’Emma Dante a planté le décor de son nouveau spectacle, de cette « opérette amorale » ainsi qu’elle la définit. Sara, Ata, Stellina et les autres sont les fleurs de ce trottoir palermitain qui rêvent du prince charmant, ces « pulle » (« putes » dans le patois local) qui parlent de leur anorexie ou racontent leur passé douloureux d’enfant martyr de la prostitution maternelle. Le tout sur un ton plutôt enjoué fait de chants et de danses.
Les comédiens et comédiennes réalisent une très belle performance, très énergique, voire athlétique en explorant une scénographie très travaillée. Leurs déplacements sur scène en cloueront plus d’un. Les chorégraphies très travaillées conduisent le spectacle vers ce qu’il aurait pu être si…
Y’a tout qui cloche !
Si pour commencer l’auteur ne s’était pas contentée de nous dresser un état des lieux archi rebattu de la transsexualité dont les films d’Almodovar (« Tout sur ma mère ») ou de John Waters (avec « Divine ») se sont souvent fait les porte-drapeaux. Les situations n’évoquent rien de nouveau et sombrent dans le convenu là où elles se veulent sulfureuses et « amorales » comme le stipule le sous-titre du spectacle. Le seul élément qui met quelques grains de sable dans les rouages reste le lieu de l’action. Mais rien ne le suggère vraiment, l’autarcie dans laquelle se déroule le drame éradiquant toute forme de contact extérieur et même d’empathie avec le spectateur.
Si ensuite la metteur en scène avait resserré son dispositif pour éviter d’innombrables longueurs, des bavardages inutiles et s’était entourée de vrais compositeurs. La partie musicale, d’une assez affligeante niaiserie, finit d’enfoncer ce spectacle dans une franchouillardise où l’uniformité n’est bousculée que par d’immenses éléments de décors (des rideaux rouge vif) qui régulièrement tombent sur la scène dans un assourdissant vacarme, pour signifier des couperets s’abatant sur le droit à la différence que tentent de proclamer haut et fort les protagonistes. C’est peu et tout cela fait beaucoup de bruit pour rien.
A noter ?
"Le Pulle" Texte et mise en scène Emma Dante Sur une musique originale de Gianluca Porcu Avec Elena Borgogni, Sandro Maria Campagna, Sabino Civilleri, Emma Dante, Clio Gaudenzi, Ersilia Lombardo, Manuela Lo Sicco, Carmine Maringola, Antonio Puccia
En tournée...
Du 5 au 7 mai au Théâtre national de la Communauté Française / Bruxelles Les 12 et 13 mai : Théâtre de la Foudre / Petit-Quevilly Le 15 mai : La Comète / Châlons en Champagne Le 19 mai : Centre Dramatique National du Limousin - Théâtre de l’Union / Limoges Les 29 et 30 mai : Le Maillon / Strasbourg Du 3 au 5 juin : Théâtre national de Toulouse Midi - Pyrénées
Auteur : Franck Bortelle pour CultureCie.com


« La Cuisine d’Elvis » : une tambouille trop peu relevée
Malgré des comédiens inspirés, le texte de Lee Hall, dont a été conservée la composante tragique au détriment de la verve cynique et drolatique, ne parvient pas à hisser ce spectacle vers des sommets. Ce huis clos familial tourne en rond malgré ses personnages attachants. Manque un piment dans cette cuisine jouée au Lucernaire : celui de la férocité…




|