



« L’Illusion conjugale » au Théâtre Tristan Bernard
Isabelle Gélinas, José Paul et Jean-Luc Moreau défendent avec ardeur un texte subtil et drôle d’Eric Assous, nouvelle déclinaison des rapports hommes/femmes et des triangles amoureux. Un sujet classique traité pourtant avec beaucoup d’originalité. Brillant !
Par Franck Bortelle
L’esquisse…
Histoire de remettre « les compteurs à zéro », Maxime demande à Jeanne que soient avoués les coups de canifs plantés dans le contrat de mariage – les infidélités s’entend. Le résultat semble sans appel lorsque Maxime en annonce douze et Jeanne un seul. Sauf que Maxime considère douze passades comme anecdotiques là où l’unique liaison adultérine de sa femme ne peut avoir été que sérieuse. Arrive au milieu de ce déballage le meilleur ami du couple. Ami ou amant ?
On ne fait pas d’omelette...*
S’il est vrai, comme le disait Guitry, que « les chaînes du mariage sont si lourdes qu’il faut être deux pour les porter, parfois trois », celles de ce couple doivent peser un troupeau d’ânes morts. Car nous voilà face, non plus au classique triangle amoureux mari-femme-amant/maîtresse, mais à une figure géométrique à quinze sommets (voire seize si l’ami est l’amant…).
Mais les sommets que l’on retiendra de ce spectacle sont surtout ceux de la drôlerie et de l’intelligence. Le texte d’Eric Assous, tout en chausse-trappes verbales où chacun espère voir tomber l’autre pour éviter d’y sombrer soi-même, a la vivacité du vaudeville sans se départir pourtant d’une réelle profondeur. Car si le rire au départ domine très largement, le propos va glisser lentement vers un constat plus désabusé, plus sombre sur le couple et son inévitable usure, sur la confiance et sa faillibilité, sur la fragilité de l’amitié, le tout avec en toile de fond le spectre de la jalousie.

Le décor est clair, éclairage pastel, presque doux au regard. Mais totalement impersonnel. Rien n’y évoque les personnalités des protagonistes. Ils sont comme sur un radeau avec rien pour se rattacher. Aucun appui personnel, sentimental, intime sinon celui assez incertain de leurs interlocuteurs, dont aucun ne sort vraiment du lot pour incarner un parangon de vertu, matrimoniale ou autre. Le ridicule et l’évidente mauvaise foi qu’incarne au départ Maxime (Jean-Luc Moreau, délicieusement moralisateur et…masculin !) ne peuvent que faire sourire tant leur outrance désamorce même toute velléité de colère (le comique de situation atteint alors son plein rendement). Mais rapidement ce ridicule et cette mauvaise foi se parent d’un ton bien plus ambivalent, où s’immiscent empathie et pitié à son égard. Car l’épouse est loin d’être parfaite. Et le jeu d’Isabelle Gélinas sert admirablement cette ambiguïté. Son regard pétillant qui semble haranguer son partenaire au nom d’une probité sans faille va virer au sombre dès que son socle de respectabilité se fissure. Mais elle saura y faire pour s’y maintenir…
De toute évidence, l’adultère n’est guère soluble -pour reprendre un terme souvent utilisé- dans le pardon. C’est en tout cas ce que nous laisse entendre ce spectacle brillant, énergique dont la mise en scène très resserrée sur les personnages nous permet de prendre à notre compte bien des remarques.
* référence à l’affiche, bien sûr qui mériterait un prix… Aussi intrigante à qui n’a pas vu le spectacle que drôle une fois qu’on connaît le propos de la pièce…
A noter…
« L’Illusion conjugale » D’Eric Assous Metteur en scène : Jean-Luc Moreau Avec Isabelle Gélinas, Jean-Luc Moreau, José Paul
Reprise du 15 janvier au 29 mai 2010 Théâtre Tristan Bernard 64 rue du Rocher 75008 Paris Locations : Fnac Spectacles, partenaire de CultureCie
Précédemment...
Théâtre de l'Œuvre Du 22 septembre 2009 et jusqu’au 20 décembre 2009 55 rue de Clichy, 75009 Paris Tel : 01 44 53 88 88
Auteur : Franck Bortelle pour CultureCie.com

« La Cuisine d’Elvis » : une tambouille trop peu relevée
Malgré des comédiens inspirés, le texte de Lee Hall, dont a été conservée la composante tragique au détriment de la verve cynique et drolatique, ne parvient pas à hisser ce spectacle vers des sommets. Ce huis clos familial tourne en rond malgré ses personnages attachants. Manque un piment dans cette cuisine jouée au Lucernaire : celui de la férocité…




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