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« PSYcause(s) » : la psy n'est pas une sur-femme !
C’est l’un des meilleurs spectacles que nous ayons vu cette saison, c’est aussi l’un des meilleurs « produits culturels » sur le sujet, toutes catégories confondues. Une comédienne hors pair, Josiane Pinson, magnifique quadra et auteur de ce texte, se met dans la peau d’une psychanalyste, de ses patientes et de son unique patient pour « PSYcause(s) », au Théâtre du Marais. Quelques clichés en trop, et c’est dommage, mais pour le reste c’est un sans faute.
Par Axelle Emden
Un fauteuil qui se transforme régulièrement en divan pour tout décor, et un thème qui n’est plus l’apanage du seul Woody Allen pour tout horizon. Une psy, des causes, des simili de psychoses. C’est sur l’immense Barbara que s’ouvre la pièce : « J’ai peur mais j’avance » entonne la grande dame brune dont le souffle fait résonner d’invisibles souffrances. Elles ont toutes peur, et tentent toutes d’avancer. La psy la première, qui est aussi mère, qui a son lot d’emmerdements, à commencer par le souci de sa puissance séductrice…
« Partant du principe qu'il vaut mieux parler de ce que l'on connaît, je me suis attachée, depuis « La Quarantaine Rugissante », à dépeindre la femme au plus près de ce qu'elle est : ni parfaite, ni débile, ni caricaturale. Entre trouilles, devoirs, fêlures, carcans, angoisses... et tentatives d'épanouissement personnel. »
On s’attendait à ce que « PSYcause(s) » s’attaque peut-être d’avantage aux causes, aux liens qui soudent une patiente à son rendez-vous, aux « pourquoi » d’une consultation, d’une thérapie, d’une analyse. En fait il s’agira surtout des causes qui mènent l’analyste à son métier, mais évidemment, à travers une belle poignée de séances. « "Elle" est psy. Symbole d'équilibre. Seule. Mère. » Et c’est pour ça que Josiane Pinson a décidé de s’intéresser à « elle » : elle est comme les autres, mais elle est un « symbole d’équilibre », et elle va déraper…
Défenses, défiances, déviances
C’est très subtilement, que Josiane Pinson épingle l’éternel mur de la psychanalyse : et oui, la « science des rêves » ne propose pas de vision du monde. Pas étonnant donc que la psy soit psy pour les raisons pour lesquelles elle le devient - et qu’on ne dévoilera pas ! Quant aux patientes, de la petite fille aux dessins qui brouillent les pistes à la vieille hystérique dont les douleurs sont admirablement mimées, en passant par la lesbienne intéressée, elles reflètent bien des maux… humains, contemporains, et certes féminins, bien qu’il s’agisse plus particulièrement de quadras et de quinquas en proie aux questionnements « de leur âge » face aux diktats et aux réalités de nos sociétés . Quant aux hommes… Ah, les hommes ! Leur absence est éloquente : il faut s’en poser, des questions, pour décrocher ce genre de rendez-vous ! Etre tourmenté, accepter de l’être, avoir le courage de le dire, vouloir… Vouloir plus, vouloir comprendre, vouloir changer, aimer mieux ou être mieux aimé… Il y en aura bien un pourtant, d’homme, un jeune d’ailleurs, et qui aura écumé bien des collègues…
« Fidèle à mon ton de prédilection, la dérision, j'ai donc choisi, au travers de cette psy et de ses patientes, de vous parler de vous et de moi. Sans complaisance. Avec humour. Mais aussi et surtout avec compassion. »
Mise en scène minimaliste, usage judicieux de la voix-off (avant d’évoquer le silence), jeux de lumière et des scènes qui se suivent dans un ordre subtil… Rien n’est laissé au hasard, mais tout tient dans l’immense comédienne qu’est Josiane Pinson, seule en scène au service de son texte qui fait cohabiter drôleries et sujets graves. Une fois, il s’éloignera du réalisme et de ses tensions pour verser dans la blague plus franchement drôle, valsant avec le grotesque, mais c’est inutile : « PSYcause(s) » est une bonne pièce parce que, avec sa dérision, elle ne verse pas dans la caricature pseudo-comique.
C’est souvent bien vu, très féminin et plutôt intelligent et c’est surtout magistralement joué. Alors c’est bien dommage que cette subtilité soit un brin entachée par les clichés. Celui de Madame Gras d’abord, sorte de boulet qui réunit toutes les tares et qui semble destinée au rejet éternel ; celui de la psy qui tombe amoureuse de son unique patient ensuite, et qui « consulte » son psy ami amoureux d’elle (elle aurait pu « déraper » autrement) ; enfin ici et là d’autres détails inutiles, comme cette patiente à la mère pute et au père pompier. Des détails qui ont leur importance, sans doute parce que c’est déjà tellement bien qu’on en attendrait encore plus, mais des détails qui ne nous empêchent pas de passer un excellent moment.
 A noter…
« PsyCause(s) » De et avec Josiane Pinson Metteur en scène : Daniel Berlioux Au Théâtre du Marais 37 rue du Volta 75003 Paris. Métro Arts & Métiers ou Temple Depuis le 14 janvier 2010 Les jeudis, vendredis, samedis à 19h00 Réservations : 01 45 35 75 87 (entre 14h et 18h) www.theatre-du-marais.com
Photos : 1. © Ghislain Gabriel / CultureCie. 2. © Aïda Diagne
Auteur : Axelle Emden pour CultureCie.com

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