



« Talking Heads » à Marigny : Quand le train-train déraille
Trois femmes, trois histoires, tantôt d’une confondante banalité (le premier sketch et le plus réussi) tantôt digne d’un polar déjanté (le second et le plus ennuyeux) ou encore d’un libertinage frappadingue (le troisième et dernier, le plus applaudi). Un texte savoureux d’Alan Bennett, des décors renversants de Chantal Thomas mais hélas quelques longueurs et une certaine frustration de voir trois talents jouer séparément.
L’esquisse…
Premier tableau : Une employée modèle nous raconte son quotidien d’une banalité absolue jusqu’au jour où un truc avalé à la cantine lui provoque des douleurs… Deuxième tableau : Un mari assassiné. La voisine, pour mieux réussir à vendre sa maison, va s’occuper du jardin de la veuve (et meurtrière !) qui croupit en prison. Puis lui écrire jusqu’à lier une solide amitié épistolaire avec elle... Troisième tableau : Une femme qui vit avec son frère, victime d’un accident vasculaire cérébral, se rend très souvent chez son nouveau podologue. Un peu trop souvent même…
La critique de Franck Bortelle…
La construction même d’un tel spectacle lui fait courir bien des risques. Trois comédiennes qui ne jouent jamais ensemble puisque interprétant une histoire seule en scène. Risque de les comparer, risque surtout de frustrer un public qui aime les échanges, voire les affrontements entre interprètes. Un peu comme lorsque Coppola, Scorsese et Allen cosignent chacun un sketch de « New York stories ». Sauf qu’ici, un même auteur et une même décoratrice suivent l’intégralité du projet et assurent le lien entre chaque tableau. La traduction pétillante de Jean-Marie Besset, qui ponctue le propos du Britannique Alan Bennett de multiples aphorismes, homogénéise le spectacle là où la mise en scène s’avère parfois un peu répétitive.
Déjà présent il y a 16 ans dans une première version des monologues de Bennett, « La Femme sans importance » a été conservé avec la même comédienne (Christine Brücher, exceptionnelle). De loin le plus fort, le plus intéressant des trois, ce portrait d’une employée de bureau face à la maladie est une petite merveille d’humour et d’émotion. Le relief que donne l’auteur à cette histoire qui en est volontairement complètement dénuée insuffle toute sa force à ce tableau, qui se noircit en réduisant l’espace vital du personnage comme peau de chagrin, ainsi que le suggèrent habilement l’utilisation du décor, des lumières ainsi que le procédé du traveling.
On sera, du coup, moins attentif, après cette brillante démonstration de non-dits plus que parlants, pour le second sketch qui traîne en longueur et joue davantage sur les effets de narration, forcément moins originaux. Plus décousu dans sa mise en scène, il affadit le jeu de la comédienne pourtant impeccable et il fait relâcher l’attention qui peine à redémarrer avec le troisième volet, lumineux.
Mêlant noirceur et humour plus imbriqués encore que dans « Une femme sans importance », cette histoire de podologue où la polysémie de certains mots épouse à merveille le graveleux de certaines situations (mais avec le toujours très britannique phrasé de Bennett et Polly, on ne s’y noie jamais) offre à Charlotte Clamens un rôle à sa mesure. Féroce et cruel, il clôture ce triptyque certes inégal et un peu trop long mais non dépourvu de qualité.
A noter…
« Talking heads » De Alan Bennett Version française : Jean-Marie Besset Mise en scène : Laurent Pelly Avec Christine Brücher, Nathalie Krebs et Charlotte Clamens Décors : Chantal Thomas Lumières : Joël Adam Durée : 2h10
Au Théâtre Marigny Carré Marigny 75008 Paris A partir du 12 juin et jusqu’au 18 juillet pour 30 exceptionnelles Du mardi au vendredi à 20h30, samedi à 16 heures et 21 heures Relâches exceptionnelles les 30 juin, 14 juillet et le 18 juillet à 16 heures
Réservations sur Fnac Spectacles
Auteur : Franck Bortelle pour CultureCie.com

Les Frères Taloche
Sept nouveaux sketches et un ancien, incontournable : huit bonnes raisons d’aller applaudir les deux frangins, rois de la mimique et de l’humour bon enfant, qui convulsent de rire petits et grands grâce à un spectacle qui fait rimer dynamique et sympathique. Deux clowns de la meilleure trempe sont de retour à Paris, au Théâtre Trevise.




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